Algérie : la problématique de « l’africanisation » de l’EN

L’Algérie n’est pas vraiment dans sa meilleure forme actuellement. C’est le moins que l’on puisse dire. Depuis la CAN 2015 et mis à part le sursaut Gourcuff, discutable pour certains, véritable projet mort-né pour d’autres, l’EN est en manque de résultats et de certitudes. Aujourd’hui, un terme revient avec insistance, celui « d’africanisation ». Un bien grand mot pour simplement dire adapter son équipe au contexte africain. Un environnement difficile dans lequel il ne faut négliger aucune composante du climat en passant par les pelouses catastrophiques et les joueurs tout terrain complètement dans leur élément. Comment aborder ce défi ? Début de réponse…

On ne change rien (ou presque) 

Cette solution va un peu à l’encontre des problèmes évoqués plus tôt mais pas totalement. Dans ce cas de figure on privilégie simplement le groupe et les cadres déjà installés. On estimera que la cohérence du groupe passe avant tout et qu’il faudra d’abord garder un semblant d’équilibre, apporté par les joueurs d’expérience qui ont déjà disputé une Coupe du Monde et 2 CAN ensemble. Autour de ces joueurs, qui constitueront la colonne vertébrale de l’équipe, s’imposeront des joueurs plus jeunes mais dotés d’un vrai potentiel footballistique avant tout et physique ensuite. L’objectif étant de continuer à vouloir produire du jeu et créer un fonds de jeu propre à l’équipe. Le gros problème avec cette solution est qu’elle ne garantit en aucun cas une équipe forte en Afrique. L’équipe sera tributaire du jeu proposé et si elle est dans l’incapacité de le développer elle se retrouvera automatiquement en difficulté, faute de repère. Autre couac, cette solution impose de fait un noyau restreint de joueurs. D’abord parce que la capacité de faire le jeu demande quelques matchs ensuite parce que tous les joueurs ne peuvent pas forcément s’intégrer dans cette logique faute de sens tactique, de technique…

De toutes les façons, il est peu probable de voir Rabah Madjer appliquer cette solution à son équipe. Sans se demander s’il est techniquement capable de l’imposer, elle demande du temps, beaucoup trop. Elle n’est pas une garantie en Afrique et elle ne propose pas une concurrence assez développée.

Favorisation totale du joueur africain 

Quoi de plus simple pour africaniser le jeu de l’équipe que d’intégrer des joueurs ayant l’habitude du contexte africain ? L’Algérie dispose de suffisamment de joueurs connaissant parfaitement les rouages du continent et qui n’ont pas peur de jouer sur des terrains pourris dans des stades hostiles et sous une chaleur de plomb. L’avantage du joueur « Afrique compatible » est avant tout physique. Il évolue à l’année dans des conditions difficiles et se prépare psychologiquement et physiquement à aller au combat. S’il a la chance de disputer la Ligue des Champions africaine, il connaît les codes propres à l’Afrique : l’arbitrage bancale, l’engagement physique à la limite de l’agression, la malice pour faire craquer l’adversaire…

Sur le papier le joueur «  africain » présente des avantages certains mais d’un autre côté des faiblesses impossible à ignorer. En effet, le joueur africain évolue dans un environnement globalement médiocre. Il est donc difficile de jauger son niveau. Le seul révélateur concret est l’équipe nationale et rien d’autre. Les stages des joueurs locaux sont une bonne manière d’étudier de plus près leurs profils mais seule les performances immédiates en sélection A seront retenues. Car oui, le joueur africain n’a pas le droit à l’erreur, l’exemple de Belkhiter en est la preuve. On estimera simplement que s’il n’arrive pas à saisir sa chance immédiatement alors il n’est pas au niveau. C’est là le gros problème du joueur africain qui a logiquement besoin de temps pour s’adapter au niveau international. S’il est généralement physiquement au point, tactiquement ce n’est pas le cas. Il faut être patient avec ce genre de joueur pour lui permettre d’acquérir certains repères en gardant en tête que les plus talentueux d’entre eux auront l’occasion de s’aguerrir en Europe.

Toutefois, l’intégration des joueurs « africains » doit se faire progressivement et à petite dose. D’abord parce qu’en intégrant trop de nouveaux joueurs d’un coup, on risque de créer un groupe déséquilibré, sans repère, qui aura besoin de temps pour se mettre en route. On perdra ainsi l’avantage même du joueur  « africain » dont le but est de créer un électrochoc. Ensuite, parce que l’Algérie perdrait certainement un avantage technique qui pourrait faire la différence à tout moment. Pour se donner les moyens de prendre le jeu à son compte l’EN devra trouver le juste équilibre entre les deux parties. Il est donc impossible d’imaginer une sélection viable avec une favorisation totale du joueur africain.

Le système en bloc

Cette solution est assez simple, le système passe avant tout. Beaucoup d’équipe africaine joue avec un bloc bas serré avec des ailiers rapides de manière à contre attaquer rapidement. Simple mais efficace. Dans les faits il faut quand même des joueurs avec un sens du placement et un sens du jeu au dessus de la moyenne. Car dans ce cas de figure, les déplacements sont la clés de voûte de l’équipe. Une seule erreur individuelle peut faire sauter le verrou. Pour l’Algérie, évoluer de cette façon avec une défense plus dense pourrait aider à gommer les lacunes dans ce secteur. Les Verts ont de plus, l’avantage d’avoir des centraux techniques, capables d’assurer une première relance propre, pour déclencher une phase offensive juste derrière.  Évidemment, jouer en bloc pour jouer en bloc, ça ne sert à rien. Sans idée, sans jeu, sans plan de relance, le bloc est voué à craquer à un moment ou à un autre.  L’animation offensive est donc très importante dans une formule classique. Prenons le 3-5-2, un système parfaitement adapté au jeu en bloc. Si l’on joue avec 3 centraux et 2 latéraux de métier mais qu’en plus on ajoute 2 milieux de terrain défensifs (essentiels à l’étanchéité de l’axe), il reste la place pour seulement 3 joueurs offensifs.  Pour tirer le maximum de ce schéma tactique très flexible, il faut savoir faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. La véritable solution d’un jeu efficace en Afrique ?

L’adaptabilité

Ne cherchons pas plus loin. C’est la solution pour réussir en Afrique et partout ailleurs. Toutes les solutions évoquées précédemment peuvent entrer dans ce cas de figure à des degrés différents. La capacité d’adaptation est primordiale pour espérer faire des résultats significatifs. Les plus grands coachs et les plus grandes équipes sont capables d’évoluer dans plusieurs schémas différents et de développer un jeu adapté à l’adversaire. C’est une notion qui n’a pas été évoquée jusqu’à présent mais c’est grâce aux spécificités de l’adversaire que l’on met une tactique en place. Sans prendre en compte les forces et faiblesses de l’autre et en se focalisant simplement sur son équipe il est peu probable d’arriver à avoir des résultats.

Madjer doit faire de l’EN une équipe tout terrain. Il ne doit rien laisser au hasard, l’environnement, le climat, le terrain, les adversaires, l’état de forme des joueurs. Tout doit être minutieusement étudié pour préparer au mieux la sélection. L’équipe nationale doit être capable d’évoluer dans des systèmes différents, pendant un match ou d’un match à l’autre sans aucune difficulté. Elle doit être capable de faire le jeu et maîtriser complètement son sujet en infligeant des scores importants pour affirmer sa supériorité face à des équipes plus faibles. Elle doit savoir aussi, lorsque ce n’est pas possible, adopter un jeu plus direct notamment sur des terrains compliqués. Elle doit savoir batailler et jouer de son physique, subir sans craquer pour mieux rebondir. Elle doit savoir faire preuve d’expérience et être inflexible face aux décisions douteuses ou aux adversaires trop rugueux. Elle doit savoir faire de chaque coup de pied arrêté une occasion de but et de transformer chaque occasion en but. Elle doit savoir faire preuve de solidarité pour ne pas fléchir face à l’adversité. Bref toute cette tirade pour dire que l’Algérie doit être une sélection tueuse au réalisme redoutable grâce à une capacité d’adaptation hors normes. Si des coachs comme Hervé Renard ont réussi en Afrique c’est grâce à cette capacité d’adaptation. Maîtriser son environnement c’est se donner toutes les chances de remporter un match. Il faut évidemment du temps et beaucoup de travail pour réussir à monter une équipe capable de surmonter n’importe quelle difficulté. Ça tombe bien Madjer a le luxe d’avoir du temps, ce que n’avait pas ses prédécesseurs. Au travail maintenant.

Yahia Saouthi, La Gazette du Fennec

« Retrouvez le podcast de la dernière émission dans lequel ce sujet est évoqué ci-dessous ! » 

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