Algérie : Le 3-4-3 la solution utopique ?

L’Algérie sort d’une période post-Rajevac compliquée, ponctuée par une défaite face au Nigéria pour le premier match de Leekens. Les Verts sont en quête de stabilité et pour bien repartir il faut faire table rase du passé et tenter quelque chose de nouveau. Ce changement passera sans doute par l’arrivée de nouveaux joueurs, une nouvelle façon de se préparer ou bien l’adoption d’un nouveau système. C’est cette dernière option qui va nous intéresser ici. Dans les montagnes de systèmes et compositions proposés par les fans et les différents spécialistes on en retrouve un qui revient de manière systématique, le 3-4-3. Alors simple utopie ou futur système de l’EN ?

 

Pourquoi le 3-4-3 ?

Parce que l’attaque pardi ! Il semble logique que le point fort de l’EN soit mis en avant. L’Algérie a une attaque de feu avec des joueurs comme Slimani, Mahrez, Brahimi , Soudani…

Le 3-4-3 est un système ultra offensif s’appuyant sur des ailiers ou plutôt des latéraux excentrés et trois joueurs en attaque.

La base de ce système repose sur un milieu de terrain solide et surtout deux pistons de chaque côtés avec un gros volume de jeu. Des pistons tout trouvé en les personnes de Ghoulam et Feghouli. Les deux algériens sont connus pour leur abatage physique ainsi que leur tranchant offensif. Leur positionnement est capital car il donne sa forme au 3-4-3, s’ils sont trop haut, le système devient illisible et le jeu offensif impraticable car trop peu d’espace. La défense se retrouve également totalement abandonnée et donc vulnérable aux offensives adversaires. Si Feghouli et Ghoulam sont au contraire trop bas alors le 3-4-3 s’apparentera beaucoup plus à un 5-2-3 voir à un 3-5-2 si le milieu est plus compact avec un joueur d’attaque descendu d’un cran.

En fonction du positionnement des trois « attaquants » on peut évoluer avec ou sans numéro 10, selon si l’on veut un jeu plus direct ou organisé. Dans tous les cas l’équipe qui joue dans ce système doit avoir la possession ce qui correspond bien à l’Algérie qui est depuis Gourcuff une équipe de possession.

Sur le papier, effectivement le 3-4-3 semble être un système qui pourrait tout à fait convenir aux points forts de l’EN, mais dans les faits les choses sont bien différentes…

Il ne faut pas rêver, le 3-4-3 n’est pas la solution miracle qui va combler les lacunes défensives de l’équipe. Bien au contraire. Dans l’imaginaire de beaucoup, aligner trois défenseurs centraux suffit pour régler les problèmes défensifs d’une équipe. Il est vrai que la défense à trois est plus compacte et offre moins d’espace aux attaquants adversaires. Toutefois, elle demande plus de rigueur et de sens tactique. Il faut que l’alignement soit parfait et que les défenseurs soient tous aptes à faire une première relance propre. Ce système repose sur une forte possession de balle, la circulation du ballon doit être fluide surtout dans l’arrière garde censée fournir le premier ballon d’attaque. Autre grosse interrogation, les latéraux et plus particulièrement Feghouli. Depuis que Mahrez s’est imposé à droite, le nom de Feghouli revient systématiquement pour boucher le trou d’air du côté droit à cause de l’abattage physique du joueur, sa générosité et sa capacité à centrer. Toutefois, Feghouli ne donne pas forcément les garanties défensives ni même physique, lui qui essaye de grappiller du temps de jeu pour revenir au niveau qui était le sien… en 2014 !

Dans un groupe l’important est que n’importe quel joueur puisse s’intégrer dans le système mis en place par son équipe. Hypothétiquement et en ne prenant pas en compte les remarques faites précédemment si l’Algérie venait à jouer en 3-4-3 sans Ghoulam et Feghouli tout le système serait compromis car on ne voit pas bien qui pourrait remplacer ces deux joueurs censés être des pistons décisifs. Si on ne peut pas voir d’autres joueurs que ceux qui composent le 11 type dans le système d’une équipe, ce système devient défaillant.

Leçon tactique avec Didier Roustan

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Pour mieux comprendre toutes les subtilités liées au 3-4-3 et les variantes qui existent dans ce système La Gazette du Fennec fait appel à Didier Roustan journaliste et éminent spécialiste du football, qui a accepté de nous donner une leçon de tactique en bon professeur qu’il est :

« Le 3-4-3 a deux variantes ou possibilités. D’abord l’option défensive dans laquelle les deux joueurs sur le côté sont assez bas. Dans ce système la défense à trois couvre parfaitement les attaques adverses avec deux attaquants car ils sont toujours pris au marquage par deux des trois défenseurs. Le troisième gardant une position de libéro à l’ancienne en couverture. La deuxième est plus offensive mais elle dépend de la qualité des latéraux. Par exemple, le Brésil 2002 a été champion du monde avec ce système mais le Brésil avait Roberto Carlos à gauche et Cafu à droite. Les deux se positionnaient sensiblement au niveau de Gilberto Silva le milieu de terrain. Le fait d’être assez haut permettait aux latéraux de prendre les couloirs de pouvoir centrer beaucoup plus rapidement. Dans cette tactique, il vaut mieux ne pas avoir de joueurs de couloir devant puisque ce sont les latéraux qui font la différence. C’était le cas du Brésil dont les attaquants étaient Ronaldinho, Rivaldo et Ronaldo. Même si Ronaldinho aimait bien le côté gauche ce n’était pas un joueur qui allait rester sur le côté pour déborder. Des deux variantes c’est celle à vocation défensive qui est la plus courante. En Italie elle est réputée depuis pas mal de temps puisque la Juve est championne depuis plusieurs années en jouant de cette façon. En France on peut voir ce système dans une moindre mesure lorsqu’une équipe veut fermer le jeu ou lorsqu’elle n’arrive pas à trouver son style de jeu. La difficulté du 3-4-3 sous toutes ses formes c’est qu’il demande beaucoup d’automatismes, parce que les défenseurs centraux doivent réfléchir à plusieurs questions, à savoir : Qui va marquer l’attaquant ? Qui va couvrir ? L’autre gros problème c’est qu’en adoptant ce système l’équipe risque d’être en infériorité dans le cœur du jeu, surtout en jouant à trois attaquants ce qui est suicidaire. Cela ne laisserait qu’un milieu à vocation offensive  pour faire le lien avec l’attaque et un autre à vocation défensive, obligeant alors un défenseur à monter pour renforcer le milieu, ce qu’ils font mal en général. Il vaut mieux que ça soit le milieu qui fasse l’effort inverse un peu comme Busquets au Barça qui descend parfois d’un cran sur certaines phases de jeu. Une chose est sûre si le système dans son ensemble est un peu improvisé l’équipe risque d’être totalement déséquilibrée. »

Partant de ce bilan, nous avons interrogé Didier Roustan sur l’application de ce système sur l’équipe algérienne de football et le bilan du spécialiste est sans appel :

« C’est vrai que par rapport à la philosophie du football algérien qui est quand même portée sur l’attaque et des joueurs plutôt technique, je ne vois pas ce qu’un système comme le 3-4-3 apporterait à l’Algérie. C’est un phénomène de mode, c’était quelque chose de très peu pratiqué à une époque qui s’est démocratisé. On le voit un peu plus en Ligue 1 notamment avec Nice. En 2000 contre la France, l’Italie jouait dans ce système avec deux attaquants et je pense que l’équilibre est là. Le Milan de Pirlo qui avait à sa gauche Seedorf et à droite Ambrosini jouait comme ça également, à cinq derrière, ou plutôt trois avec deux joueurs de côté. Mais ils ne jouaient qu’avec deux attaquants Shevchenko et Inzaghi. S’il faut mettre ce système je pense qu’il faut faire comme ça, c’est à dire avec deux attaquants et des attaquants de profondeur qui aiment les appels en diagonale. »

Notre spécialiste fait ici référence au 3-5-2, un système qui s’apparente sur quelques points au 3-4-3 mais qui se veut plus équilibré et solide.

« Pour en revenir à l’Algérie ça serait dommage de sacrifier un attaquant pour jouer dans ce système vu la qualité qu’il y a devant et jouer dans un 3-4-3 plus classique mettrait vraiment à mal le milieu de terrain et donc par extension la défense. »

Une histoire de coach

Avant d’être un système le 3-4-3 est une philosophie, celle du football total, du football offensif, du beau jeu. Démocratisé par Cruyff et utilisé par beaucoup de coaches aujourd’hui comme Guardiola ou Conte, il faut être convaincu de son apport et surtout avoir un brin de génie pour faire assimiler à ses joueurs tous les déplacements, les gestes à effectuer. Leekens ne semble pas vraiment faire partie de cette « lignée ». Il n’a pas cette aura internationale ni le sens tactique des hommes cités précédemment, pour faire simple : il ne joue pas dans la même cours. L’ancien sélectionneur des Diables Rouges et des Aigles de Carthage est un choix de circonstance néanmoins il connaît le contexte algérien et est censé offrir une certaine stabilité à l’Algérie après le fiasco Rajevac. Il est en phase de reconstruction et passe son temps à superviser ses joueurs à droite à gauche. En somme il apprend à connaître son effectif, un effectif qu’il sait offensif mais déséquilibré. L’entraineur belge de 67 ans a la réputation d’être un entraineur défensif pas spécialement adepte du jeu spectaculaire. Les chances de le voir adopté un tel système sont quasi inexistantes d’autant que le contexte ne s’y prête pas puisqu’il demande énormément de temps comme nous l’a souligné Nicolas Cougot spécialiste du football sud-américain

« Quand on voit jouer le Chelsea de Conte dans ce système on se dit que c’est sexy. Mais le 3-4-3 n’est pas simple à mettre en place il demande une grosse débauche d’énergie et une grande intelligence collective. Beccacece Sebastian, l’adjoint de Sampaoli avait tenté en vain de le mettre en place lorsqu’il était à la tête de l’Universidad de Chile. Même s’il a été baigné dans cette philosophie cela ne suffit pas pour maitriser ce système, il faut beaucoup de temps pour le mettre en place et surtout il faut que les joueurs adhérent et connaissent ce système.  Penser à l’adopter dans une sélection comme l’Algérie qui manque de temps et dont l’entraîneur ne maitrise pas forcément les subtilités, c’est suicidaire.« 

Entre contexte défavorable et manque de temps

Comme mentionné plus tôt, l’Algérie est en reconstruction ou plutôt en restructuration. A l’approche de la CAN 2017 tous ces changements doivent être opérés rapidement afin que l’équipe soit suffisamment compétitive le jour J. Les Verts vont devoir s’appuyer sur des valeurs sûres. Leekens n’a aucun intérêt à mettre en place un système qu’il ne maitrise pas et qui ne lui apportera sans doute pas les garanties escomptées à moins d’un mois de la CAN. A ce sujet Nicolas Cougot soulève un point très important.

« L’Algérie est sans doute la plus européenne des équipes africaines. En jouant dans ce système en Afrique elle s’expose totalement aux attaquants rapides des équipes adverses qui pourront facilement déborder dans le dos d’une défense mal organisée ».

Une analyse d’autant plus pertinente lorsque l’on sait que de manière générale l’Algérie peut se montrer fébrile dans un contexte africain.

Comme cela a été dit et répété, pour implémenter un tel système il faut du temps et surtout de la pratique en match pour que les joueurs puissent intégrer toutes les subtilités et les automatismes nécessaires. L’Algérie n’est pas un club même si elle est gérée comme tel. Les techniciens qui utilisent où ont utilisé ce système l’ont fait dans un club pas dans une sélection ou alors ils avaient du temps pour le faire. Évidemment un club bénéficie de plus de temps et de plus de matchs pour pouvoir adopter un nouveau système ou même travailler sur plusieurs systèmes en même temps. Leekens n’a pas ce luxe.

Il est ainsi peu probable de voir l’Algérie opter pour un 3-4-3 dans un futur proche, pour ne pas dire impossible. Leekens est un coach pragmatique qui ne cherche pas à réinventer le football et à quelques jours d’une compétition majeure, il ne peut pas se le permettre à moins de bricoler. L’objectif est avant tout de renforcer les bases d’une équipe en manque de confiance. Les joueurs ont besoin d’évoluer dans un système dans lequel ils sont à l’aise guidés par les consignes d’un coach qui en connait toutes les subtilités.

Yahia Saouthi, La Gazette du Fennec

Merci à Didier Roustan et Nicolas Cougot pour leur disponibilité !

Retrouvez Didier Roustan à cette adresse : https://twitter.com/DidierRoustan?lang=fr

Suivez l’excellent travail de Nicolas Cougot et son équipe sur Twitter ou bien sur leur site internet : http://lucarne-opposee.fr/

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