Madjid Bougherra : « Je rêve de retrouver l’Équipe nationale en tant que sélectionneur »

Invité de la dernière émission « C’est vous l’Expert » ce vendredi, Madjid Bougherra s’est confié sur son après-carrière et son ambition de se convertir au métier d’entraineur. Nous révélant en exclusivité qu’il allait prochainement signer un contrat d’entraineur adjoint à Lekhwiya aux cotés de Djamel Belmadi, l’ancien capitaine des Verts nous a exposé son plan de carrière et son rêve de prendre un jour les commandes de l’Équipe nationale dans le futur. L’histoire d’amour entre Bougherra et l’Algérie est loin d’avoir livré son dernier chapitre !

Que devient Madjid Bougherra depuis la CAN ?

Jeune retraité ! Mais je ne chôme pas, entre mes diplômes d’entraîneur, ma fondation en Algérie et mon complexe sportif. Entre temps, je fais aussi des stages avec Belmadi pour apprendre comment fonctionne le métier d’entraîneur au quotidien.

C’est un métier qui t’intéresse ? 

Oui, c’est un métier qui m’intéresse beaucoup. D’ailleurs, si tout se passe bien, j’intègre son staff début juillet. Le but c’est d’apprendre avec Djamel. J’aurais aussi l’occasion de prendre les U23.

Qu’attends-tu de cette expérience auprès de Belmadi ?

Déjà, apprendre énormément parce que j’ai eu l’occasion de le connaître à Lekhwiya. Avec lui, je vais apprendre comment gérer un groupe, comment fonctionner en tant qu’entraîneur, essayer d’éviter les erreurs de débutant à travers son expérience. Puis mettre la main à la pâte aussi parce que prendre une équipe c’est différent qu’être adjoint. Ici, j’ai l’occasion de faire les deux en même temps. Mon but c’est d’être numéro 1 et de commencer dans le Golfe.  Il ne faut pas se voiler la face, ça va être très difficile d’entraîner un Europe (rires). On n’y est pas très côtés. Je me donne 10 ans mais mon rêve c’est de prendre l’EN.

« L’EN actuelle a besoin d’un maitre à bord, qui  ne se laisse pas faire et impose la concurrence »

Il y a certains fans qui auraient voulu te voir dès maintenant en équipe nationale (rires).

J’ai vécu cette CAN avec Leekens, je préfère revenir en numéro 1, le jour où je suis prêt à transmettre mes idées, faire le groupe dont j’ai envie. Tandis que adjoint, tu es un peu limité et à la fin tu n’as pas le dernier mot. Surtout que l’Algérie c’est chez moi. Je connais l’Afrique, la mentalité des joueurs, le potentiel…

Est-ce ce que l’idée d’entraîner en Écosse peut t’intéresser ? Tu as une belle côte là-bas.

Pour être honnête, l’Écosse c’est sans doute le seul pays en Europe où j’ai la possibilité d’entraîner. Pourquoi pas. Mais en réalité je pense débuter dans le Golfe parce qu’on a l’occasion de prendre une équipe A plus facilement qu’en Europe.

Comment est-ce que tu expliques la déroute de la CAN vu de l’intérieur ? Et comment s’en relever ?

Cette déroute était un peu prévisible puisque depuis le Cameroun, on a senti que l’équipe était atteinte mentalement avec le changement d’entraîneur. L’arrivée de Leekens, n’a pas changé grand-chose, j’étais là-bas et j’ai pu le constater. Je pense qu’aujourd’hui, il est important d’avoir un entraîneur charismatique avec une philosophie de jeu. Un entraîneur capable de s’imposer dans le groupe pour lui transmettre ses idées. Être le maître à bord, un peu à « la Vahid ». On a des joueurs de qualité qui ont envie mais ils ont besoin d’un leader. Un entraîneur qui ne se laisse pas faire, qui impose aux joueurs de faire des efforts en faisant jouer la concurrence.

Regrettes-tu ce choix de participer à la CAN dans ce rôle de coordinateur ou est-ce que cela t’as ouvert les yeux sur ce que tu voulais faire ?

Personnellement j’en suis fier. Échec ou succès. J’ai commencé en sélection dans l’échec et j’ai fini par le succès, el hamdoulilah. On ne choisi pas l’EN selon si elle va gagner ou pas. J’ai croisé à l’époque le président Raouraoua. Je lui ai annoncé que j’arrêtais ma carrière et il m’a proposé d’encadrer le groupe. C’était un petit stage pour moi afin de voir comment se déroule une CAN à travers un staff technique. C’est dans l’échec qu’on apprend, joueur comme staff alors je reste fier.

Est-ce que il n’y a pas une petite frustration du fait que ton expérience a tourné court alors que peut être tu aurais voulu poursuivre dans ton rôle de coordinateur ?

Ma venue en sélection pendant la CAN n’étais pas prévue. C’était une demande du président Raouraoua. J’ai accepté par amour pour l’EN et aussi vis-à-vis des joueurs avec lesquels j’ai joué et que j’aime également. Mon but était simplement d’aller à la CAN. Je n’avais pas l’intention de continuer ce rôle de coordinateur ou second adjoint. Ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse parce que je sais que je ne vais pas beaucoup apprendre. Être adjoint dans un club c’est une tâche au quotidien, c’est là que tu vas apprendre tandis qu’avec l’EN c’est un stage tous les 3 ou 4 mois. Ça ne m’intéresse pas.

« J’apprends le métier d’entraineur avec Belmadi ! Il est fait pour ça, il a un don… »

Ne penses-tu pas qu’être coach au Qatar offre peu de crédibilité à quelqu’un qui vise l’EN ? On le voit avec Belmadi qui réussi beaucoup là-bas mais qui n’est jamais contacté.

C’est vrai qu’entraîner dans le Golfe avec un coach lambda ça n’a aucun sens. J’ai choisi le Qatar et Lekhwiya parce que c’est mon ancien club. Je sais que c’est un club qui fonctionne à l’européenne. Djamel, même si, et le mot est peut être fort, beaucoup de personnes ne le respectent pas. Quand je vois au quotidien sa façon de voir les choses, sa philosophie du foot. Je me dis qu’il est fait pour ça, qu’il à un don. Est-ce que le fait d’entraîner au Qatar va me donner du crédit ? Ça je ne sais pas. Mais j’espère que ce que j’ai fais en équipe nationale pourra me permettre de prendre la sélection un jour. Il se peut que je ne sois pas fait pour ça. C’est la raison pour laquelle je dois essayer de voir ce je peux faire ici discrètement avant de me projeter et je voir si je peux apporter un plus à l’EN.

Tu parlais d’avoir un entraîneur charismatique capable d’imposer les choses de pousser le groupe. Les joueurs ne sont-ils pas suffisamment motivés pour se réveiller ? Faut-il les forcer à travailler ?

Non, je ne dirais pas qu’il faut les forcer. Vous savez, toutes les générations sont différentes. En 2010, on avait une certaine maturité et peu importe l’entraîneur on faisait les choses. Cette génération a besoin de quelqu’un pour encadrer le groupe, le fédérer, lui parler, lui donner des directives. C’est pour cette raison que le charisme est ultra important. Un peu comme avec Vahid. Pourquoi la méthode Vahid a fonctionné ? C’est simple. Il imposait sa vision. Par exemple si tu ne faisais pas les efforts, le prochain match tu n’étais pas titulaire. D’ailleurs à chaque fois il changeait 4/5 joueurs. Il y avait de la concurrence, il nous poussait à nous surpasser et si on ne faisait pas les efforts à l’entraînement comme en match, il nous le faisait savoir en nous mettant sur le banc.

Tu es très apprécié en Algérie. Pourquoi ne pas prendre un club local ? Tu serais comme Zidane au Real, tous les jeunes joueurs te regarderont avec des étoiles dans les yeux.

Merci pour le compliment ! Ça peut être une option. Aujourd’hui ce n’est pas mon objectif. Je vise l’EN, c’est quelque chose qui me tient à cœur. J’ai envie de toucher tout le pays à travers la sélection.
Pour moi, Zidane est un exemple. Il s’est fait discret, a pris les U23, puis la réserve tout en passant ses diplômes d’entraîneur. Il a été adjoint et a fini par prendre l’équipe A du Real Madrid. J’essaye de suivre son cursus et l’avenir nous dira où je serai après Lekhwiya inch’Allah.

Tu disais que tu allais gérer les U23. Appréhendes-tu un exercice comme annoncer les titulaires et les remplaçants dans un match ? On dit que c’est un exercice difficile.

Oui, c’est clair que ce n’est pas évident de mettre une équipe de titulaires et d’avoir des remplaçants. Aujourd’hui le métier d’entraîneur c’est beaucoup de management, savoir communiquer, parler aux joueurs, expliquer les choses. En passant par les U23 j’ai un peu moins de pression. Ça va me permettre de faire des erreurs et d’apprendre. Je sais que tout ce qui est communication/management c’est quelque chose que j’ai naturellement. Je pense qu’il faut être honnête et transparent. Il ne faut pas avoir peur de dire les choses. Pour moi, il faut partir du principe que personne n’est titulaire et se protéger derrière ce discours pour ne pas perdre les remplaçants. Certes, il y aura toujours un onze type qui sortira du lot, mais il faut constamment mettre la pression sur les joueurs pour éviter les relâchements.

« Si je suis sélectionneur je prépare la CAN en Afrique, et mon staff sera composé de Mesbah et Benhamou »

Comptes-tu t’appuyer sur certains joueurs avec lesquels tu as joué et dont tu étais proche pour travailler avec eux à l’avenir ?

Je suis proche de tout le monde (rires) ! Rafik Djebbour, Hassan Yebda, Karim Ziani, c’est des frères mais pour l’instant ils ne sont pas intéressés pour faire ce métier. Mais je sais que Djamel Mesbah est quelqu’un de passionné qui a envie de faire ce métier. D’ailleurs, ça fait 2 ans que j’y pense et il va être mon adjoint à l’avenir. On va travailler ensemble. J’ai déjà un peu choisi mon groupe. En tant qu’entraîneur des gardiens j’ai mon ami Mohamed Benhamou à qui je demande de se préparer depuis 5 ans. Il a passé tous ses diplômes d’entraîneur ((NDLR: l’ex-portier du PSG et des Verts a validé dernièrement ses diplômes à Clairefontaine). Ça fait plusieurs années que j’ai anticipé un futur groupe pour constituer un staff technique. Dans ma vie j’ai toujours anticipé que ça soit pour ma retraite ou mes futurs projet.

Le tacle contre Charles Kabore tu l’avais anticipé ?

(Rires) Par rapport au tacle, sur le coup, je ne me suis pas rendu compte. Pour moi c’était un tacle normal. Le soir après le match j’étais avec Belmadi qui m’a dit « T’as failli passé de héros à zéro ! T’as fais un tacle de fou ! ». Après ça j’ai regarde sur YouTube la vidéo et c’est vrai que…bon ça va je l’ai pas touché et l’intention n’était vraiment pas de le blesser.

Si tu étais dans la peau du sélectionneur. Que ferais-tu pour te préparer et gagner une CAN ?

Si j’étais sélectionneur, je préparerais mon équipe dans un pays africain pour l’acclimatation au climat. Je ferais des rencontres amicales avec des pays voisins du pays hôte pour avoir à peu près les mêmes conditions climatiques.

C’est aussi une question de communication avec tous les joueurs. Au début de stage tu parles avec eux et détermines ce que vous allez faire. Est-ce qu’on va là-bas pour gagner ou se présenter ? L’objectif c’est toujours de gagner. Tout est mental. Pour l’Afrique on prend le meilleur groupe avec un onze type constitué de ceux avec le meilleur état d’esprit. Ceux qui veulent se défoncer.
Aujourd’hui le problème de l’EN c’est le jeu sans ballon. On marque des buts à chaque match. On concède des buts parce que tactiquement on  ne fait plus les efforts qu’on faisait avant. On dit qu’on a une mauvaise défense. Si on défend ensemble, qu’on constitue un bloc à la perte du ballon ça va être dur de nous bouger. Il faut faire comprendre aux joueurs que s’ils acceptent de faire les efforts offensifs mais surtout défensifs, tout ira bien.

Tu disais que cette équipe avait besoin d’un maître à bord. N’a-t-elle pas aussi besoin d’un vrai capitaine sur le terrain ?

L’entraîneur doit avoir 2 ou 3 cadres sur lesquels s’appuyer sur le terrain. Chaque ligne doit avoir un joueur expérimenté. Depuis mon départ, celui de Halliche, de Djebbour, de Yebda, on n’a plus de leader sur le terrain. Je pense que Medjani aurait pu être utile sur la dernière CAN. Il nous faudrait aussi un milieu expérimenté qui a de la bouteille. Pour moi Halliche n’est pas fini, s’il trouve un bon club en Europe il peut venir faire du bien à l’EN. Les leaders sur le terrain sont vraiment très importants.

Crois-tu en la qualification pour la coupe du monde ?

Pour la qualification il ne faut pas se mentir ça être très dur mais c’est possible mathématiquement. Si on réussi ça peut être quelque chose de magnifique qui fera grandir la sélection. Les joueurs ne doivent plus avoir la pression puisque beaucoup de personnes pensent qu’on est éliminés.

Peux-tu nous dire ce que tu fais avec ta fondation en Algérie ?

J’ai créé ma fondation en 2013. J’essaye de médiatiser des actions chaque année, au moins une ou deux. Le reste nous le faisons discrètement. On touche à tout : orphelins, handicapés, personnes atteintes du cancer… J’essaye d’aider un maximum de monde à travers les sponsors pour financer certains projets. Il y a un mois, on a offert 200 chaises roulantes à l’association des myopathes pour les distribuer à travers tout le pays. Après tout se fait discrètement pour des familles dans le besoin…. On fait les choses fissabililah.

Quel geste retiens-tu de ta carrière ?

Déjà, je remercie tous les supporters pour leur soutien et leur amour. Ça m’a donné beaucoup de motivation durant toute ma carrière. El hamdoulilah quand tu donnes pour ton pays avec honnêteté et amour, à la fin les gens te respectent et te remercient. C’est magnifique surtout pour mes enfants à l’avenir ça sera que du bonheur pour eux et ça me touche.
Je retiens trois gestes de ma carrière. Ma première convocation avec les espoirs contre le Ghana. Premier match et première passe décisive pour Anthar pour sa première également. Tout un symbole. C’était une grande fierté.
Mon second, c’est contre la Côte d’Ivoire. Quand Keita marque à la 86ème je vois tous les Ivoiriens qui rentrent sur le terrain, qui font le cirque. Ça m’a mis un coup de « Za3af » pour parler à l’algérienne. J’ai dit à Nadir Belhadj de balancer devant. Je suis monté hamdoulilah la balle arrive sur ma tête, je ferme les yeux, je pique et toute la rage est sortie. Quand tu te replaces à ce moment là tu penses à la réaction des Algériens qui pensaient que c’était fini…
Le troisième c’est le but contre le Burkina. C’était un peu symbolique parce que j’essuyais des critiques parce que j’étais partie jouer au Qatar. J’étais un des derniers rescapés et je marque le but qui nous qualifie au mondial.

Merci pour cette entretien Madjid !

J’ai un dernier message. Cette génération de joueurs est spéciale. Je pense qu’elle peut être unique. Elle a de la qualité. C’est des joueurs que je connais qui aiment leur pays et il faut les soutenir. Ils sont sincères. Dès qu’on aura de bons entraîneurs ils montreront l’étendue de leur talent.

>> L’émission en intégralité :

entretien réalisé lors de l’émission « C’est vous l’Expert »,

Retranscription réalisée par Yahia Saouthi,

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