Jeudi, au lendemain du verdict du jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) dans l’affaire explosive de la finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc, Patrice Motsepe s’est avancé, solennel, pour louer l’indépendance des instances juridiques. Une posture presque désincarnée, comme s’il découvrait, au même titre que l’opinion publique, l’attribution sur tapis vert du titre aux Lions de l’Atlas.
Mais derrière cette mise en scène calibrée, une tout autre partition semble s’être jouée en coulisses. Car selon plusieurs éléments concordants, le président sud-africain n’ignorait rien des manœuvres en cours. Pire, il aurait assisté, en spectateur averti sinon en acteur discret, à un processus dont la régularité interroge. La fameuse réunion du jury d’appel, censée trancher un contentieux d’une portée historique, se serait tenue à huis clos, loin des standards procéduraux habituels. Une séance à laquelle ont pris part cinq membres du jury sur neuf, visiblement triés sur le volet, selon le procès-verbal. De quoi fragiliser la légitimité même du verdict.
Le trouble s’épaissit encore à la lecture d’un message attribué à Augustin Senghor, membre influent du comité exécutif. Dans ce SMS adressé à Patrice Motsepe avant l’officialisation de la décision, l’ancien premier vice-président de la CAF y évoque une réunion clandestine au Caire et une décision déjà actée de déchoir le Sénégal au profit du Maroc. Une fuite troublante, presque prophétique, qui suggère que le verdict circulait déjà dans certains cercles avant même d’être rendu public. « Cher Patrice. Je sais que vous êtes peut-être occupé, mais je ne peux pas attendre et je préfère vous envoyer ce texto à propos de ma profonde préoccupation concernant le cas de la finale de la CAN 2025 marocaine en instance devant la commission d’appel de la CAF. J’ai appris par hasard que la commission d’appel s’était réunie à huis clos au Caire et avait décidé de retirer au Sénégal sa victoire et son titre de champion d’Afrique au profit du Maroc. J’espère qu’il s’agit d’une fake news, mais si cette information s’avère exacte, ce sera un scandale énorme et inacceptable pour le football africain. »
Dès lors, la communication calibrée du patron de la CAF prend des airs de rideau de fumée. Elle alimente clairement les soupçons d’un scandale systémique, susceptible de secouer l’instance panafricaine dans ses fondements. En tout cas, si les accusations d’Augustin Senghor venaient à se confirmer, c’est un véritable séisme institutionnel qui guetterait la CAF, déjà fragilisée par des crises récurrentes.



