La tension ne retombe pas. Elle s’épaissit. Au lendemain du verdict rendu par la justice marocaine, l’affaire des dix-huit supporters sénégalais condamnés à des peines de prison ferme prend une tournure diplomatique et émotionnelle inattendue. Jugés à Rabat pour « participation à des actes de violence » en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, ces supporters, détenus depuis la mi-janvier, ont écopé de peines allant de trois mois à un an d’emprisonnement, assorties d’amendes.
Neuf d’entre eux ont été condamnés à un an ferme et à 460 euros d’amende. Six autres purgeront six mois avec une amende de 180 euros. Les trois derniers ont été condamnés à trois mois de prison et à 90 euros d’amende. Un jugement que la Fédération sénégalaise de football a qualifié de « sévérité incompréhensible » et de « disproportion manifeste ».
Les faits remontent à la finale de la CAN, théâtre d’un chaos que nombre d’observateurs décrivent comme inédit dans l’histoire de la compétition. Des scènes de confusion, des échauffourées et des débordements en tribunes avaient marqué une soirée qui partait en sucette. La défaite du Maroc face au Sénégal avait laissé des traces, sportives d’abord, mais aussi symboliques. Depuis, l’affaire judiciaire a ravivé les susceptibilités. À Dakar, une partie de l’opinion publique voit dans ces condamnations la main d’un ressentiment mal digéré. Certains y lisent une volonté de « faire payer » la défaite, dans un contexte où le football dépasse largement le cadre du jeu.
Répartition des peines infligées aux supporters sénégalais détenus au Maroc, à la suite des incidents survenus lors de la finale de la CAN entre le Sénégal et le Maroc.
S : B.Cisse pic.twitter.com/x9cmpceRur— Babacar Kébé (@BabacarKebe_) February 19, 2026
Les dix-huit supporters ont entamé une grève de la faim pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’arrestation arbitraire. Leur détention prolongée, puis la sévérité des peines, ont provoqué une onde de choc au Sénégal. Le président de la commission communication de la fédération, Bakary Cissé, a exprimé « une profonde consternation et une colère légitime », estimant que des incidents similaires surviennent régulièrement dans de nombreux stades sans entraîner de telles sanctions.
Même tonalité chez leur avocat, Me Patrick Kabou, qui dénonce des clients transformés en « boucs émissaires ». « C’est incompréhensible », a-t-il déclaré, estimant que la réponse judiciaire ne correspond ni à la gravité des faits ni aux usages observés ailleurs. L’affaire dépasse désormais le strict cadre judiciaire. Le football africain, déjà fragilisé par des controverses organisationnelles récurrentes, voit resurgir une fracture diplomatique qui pendait au nez depuis le 18 janvier dernier.
Dans ce climat alourdi, l’escalade diplomatique est aujourd’hui inévitable, ce qui risque d’exacerber encore plus les tensions sur le continent après une CAN 2025 qui restera dans les annales comme la plus controversée.
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