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Entretien Exclusif

Yassine Bezzaz : « Sans les blessures, j’aurais pu faire une meilleure carrière »

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bezzaz avant

Dans le cadre de la saga consacrée aux footballeurs d’Algérie qui ont joué au plus haut niveau en France, La Gazette du Fennec s’est rapprochée de l’ex-international Yassine Bezzaz (24 sélections, 4 buts). Le tout jeune retraité des terrains a connu une longue carrière de 9 saisons en France avec notamment des passages à Ajaccio, Valenciennes, Strasbourg et Troyes.

Lire le portrait : 

Top 10 : Yassine Bezzaz, les escales d’Ajaccio à Valenciennes

Le témoignage de Yassine Bezzaz :

LGDF : Salam aleikoum Yassine, Saha ftorek, merci d’avoir répondu favorablement à notre sollicitation, comment vas-tu ?

Yassine Bezzaz : Waalikoum salam, je t’en prie. Ça va très bien hamdoulilah merci ! Saha ftorkoum à tous.

Tu viens de prendre ta retraite professionnelle, ce n’est pas trop dur d’arrêter d’un coup ?

Oui j’ai effectué une dernière saison (2018-2019) avec le MC El Eulma et j’ai raccroché les crampons il y a de cela quelques mois. En effet, lorsque tu pratiques une activité depuis presque 30 ans, c’est toujours dur d’arrêter. Mais bon, Al Hamdoulilah c’est le destin, je suis très content.

Félicitations pour cette carrière. Dans le cadre d’une saga consacrée aux joueurs locaux algériens ayant évolué en D1 française, nous venons te solliciter car tu as fais partie de ces Algériens qui ont pu atteindre l’Hexagone à un moment où ce n’était pas aussi simple. Tout d’abord et pour commencer, peux-tu nous raconter ton début de carrière en Algérie ?

Merci beaucoup. J’ai commencé ma carrière de footballeur au sein du NRB Grarem, club de ma commune natale, dans lequel j’ai fais toutes mes catégories. La dernière année, à l’âge de 16-17ans, j’ai intégré l’équipe sénior. Ensuite, j’ai été repéré par le CSC (Club Sportif de Constantine) et le MOC (Mouloudia de Constantine).

Pourquoi avoir choisi d’aller au CS Constantine ?

Tout simplement car j’ai toujours supporté le CSC, j’allais souvent au stade les regarder, surtout la saison de leur titre (1996-1997). J’aimais ce club par rapport à son public, la ferveur.

« J’ai effectué un essai de 15 jours à Auxerre mais la JSK a demandé trop d’argent et Rolland Courbis m’a recruté à Ajaccio en me voyant sur des cassettes vidéos »

Comment s’est passé ton premier passage au CSC ?

J’ai fait trois saisons au club. Au début je ne jouais pas beaucoup surtout la première saison car j’étais jeune et j’avais mes études à côté, je passais mon bac. Lors de la dernière année, j’ai pu montré toutes mes qualités et faire une très belle saison. Cela m’a parmi d’attirer l’œil de nombreux clubs en Algérie. J’ai finalement choisi de rejoindre la JSK car c’était l’équipe phare de l’époque au début des années 2000.

Bezzaz JSK

Tu évolues une saison au sein de la JS Kabylie en remportant notamment la Coupe de la CAF et en terminant vice-champion d’Algérie, puis direction la France. Comment as-tu été repéré et quel club français t’as contacté?

Au départ, le premier club qui m’a contacté c’est l’AS Nancy Lorraine car Moussa Bezaz, mon cousin, était entraîneur de l’équipe première. À cette époque, le club était en Ligue 2 et Hannachi (président de la JS Kabylie de 1993 à 2017) ne voulait pas me laisser partir pour un club de deuxième division. Du coup, je suis parti en France faire un essai à l’AJ Auxerre après avoir reçu une invitation de leur part. Mon essai a duré quinze jours mais cela n’a malheureusement pas abouti.

Pour quelles raisons ?

On ne m’a jamais expliqué les raisons exactes mais d’après mon agent (NDLR : Hocini Boulanouar dit Boula), la JSK avait demandé trop d’argent. Le fait de rester quinze jours montre quand même que le club est intéressé par vous, mais bon, ça ne s’est pas fait. Le temps passait, et finalement, Rolland Courbis, coach de l’AC Ajaccio à l’époque, m’a contacté après avoir vu des vidéos de moi avec la JS Kabylie. Et j’ai signé quatre ans à Ajaccio.

Comment s’est passé ta première expérience en France ?

En toute honnêteté, ce fut une période difficile. Et pourtant, tout avait bien commencé. Après un temps d’adaptation, je jouais, je marquais, mais en plein mois de décembre je me suis blessé et j’ai dû subir deux opérations dans la foulée. À mon retour, j’ai eu une pubalgie et après quelques mois de souffrance, je me suis fait opéré une nouvelle fois. Ces deux premières années ont été très dures car les blessures m’ont empêché de montrer l’étendue de mes qualités. J’ai joué la troisième saison mais cela n’a pas été suffisant pour moi et le club a décidé que je devais partir donc j’ai signé à Valenciennes.

bezzaz ouadah aca ajaccio 2002

As-tu ressenti une grande différence avec ce que tu avais connu en Algérie ?

Je n’ai pas fait de grands clubs en France, seulement des clubs moyens on va dire. Mais même dans ces clubs-là, j’ai ressenti une nette différence par rapport à ce que j’avais vécu avant en Algérie. Déjà dans les installations, les moyens mis à notre disposition et puis dans la préparation des matchs aussi. En France, on y donne beaucoup plus d’importance, le match suivant n’est jamais pris à la légère. Sur le plan de la préparation physique aussi il y a une réelle différence, c’est beaucoup plus sérieux.

En tant que joueur, ça a forcément dû t’aguerrir ?

Oui bien-sûr, notamment sur le plan tactique aussi. J’ai beaucoup appris avec les entraîneurs. Quand j’étais en Algérie, on faisait de la tactique mais en France, c’est beaucoup plus poussé, on fait attention au moindre détail. C’était beaucoup plus pointilleux.

Penses-tu que ce sont ces fossés tactique et physique qui ont fait que nous n’ayons pas vu beaucoup de locaux venir en France au début des années 2000 ?

Oui à l’époque le joueur algérien n’était pas vraiment demandé. Le championnat n’attirait pas trop l’œil des clubs français malgré la présence de joueurs de qualité. Et puis, l’Équipe nationale n’avait pas la réussite d’aujourd’hui. Le football algérien n’avait pas une bonne vitrine dans sa globalité.

« Avec du recul, j’aurais dû signer à l’AS Nancy en L2 plutôt que de signer à l’AC Ajaccio en L1… c’était peut-être un mauvais choix de carrière »

Concernant ton passage à Ajaccio, Rolland Courbis nous a déclaré qu’il aurait aimé te voir dans un autre contexte, au sein d’un club un peu mieux classé car tu en avais les moyens..

Oui c’est vrai. Dès mon arrivée en Corse à 21 ans, Rolland Courbis m’a dit que je pouvais faire une grande carrière avec les qualités que j’avais. Problème, les blessures m’ont empêché d’enchaîner les bonnes prestations. Au plus haut niveau, la régularité est importante et lorsque tu te blesses souvent c’est difficile de gagner une place de titulaire indiscutable. Et puis c’est vrai que c’est toujours plus difficile de jouer dans un club qui joue constamment le maintien.

bezzaz avec valenciennes en L2

Oui, psychologiquement ce n’est pas la même approche que dans un club jouant le milieu ou le haut de tableau..

Oui psychologiquement mais aussi sportivement. À l’époque, l’AC Ajaccio n’était pas assez structuré pour la Ligue 1. Avec du recul, j’aurais dû partir pour l’AS Nancy-Lorraine qui, malgré le fait d’être en Ligue 2, était un club beaucoup plus structuré que l’ACA. Au niveau des installations, des terrains d’entraînements et des moyens de récupération, c’était pas le top pour un club jouant au sein de l’élite française. Un environnement assez difficile pour un jeune qui veut lancer sa carrière.

Au sortir de cette première expérience de trois saisons, tu arrives à signer à Valenciennes en Ligue 2. Comment as-tu atterri làbas ? Avais-tu d’autres choix ?

En toute honnêteté, je n’avais pas trop de contacts. Je suis resté presque trois saisons blessé donc quand l’opportunité de Valenciennes est arrivée, j’ai signé direct en sachant que le club était en Ligue 2. Un choix parfait pour moi car c’était un club ambitieux, qui jouait la montée en Ligue 1, cela m’a permis d’enchaîner les matchs.

Vous accédez à l’élite un an après ton arrivée et tu enchaînes deux bonnes saisons en Ligue 1 par la suite, quel est ton regard sur ces années dans le Nord ?

Au départ c’était un peu difficile car comme je t’ai dis, après trois saisons compliquées tu n’es pas opérationnel de suite. Mais dès le mois de décembre, j’ai commencé à jouer et j’ai fini fort et nous sommes montés. Ensuite, les deux saisons suivantes en Ligue 1, j’ai pas mal joué, j’avais la confiance du coach (Antoine Kombouaré), même si j’aurais pu joué un peu plus, je pense que c’était déjà bien. Ce sont mes deux meilleures saisons en France.

bezzaz avec strasbourg en L2

La troisième saison, tu joues très peu car tu te blesses c’est ça?

Oui exactement. Je me fais une fracture à la cheville puis en décembre 2008, le club décide de me transférer à Strasbourg.

« Mes blessures m’ont privé de la Coupe du Monde 2010 mais je n’ai aucun regret car j’ai tout donné sous le maillot pour la qualification »

En effet, tu finis ta carrière française avec Strasbourg puis Troyes en D2. Avec du recul, quel regard portes-tu sur ta carrière? Es-tu satisfait ?

Au regard de mes qualités et au vu du niveau du championnat français de l’époque, je pense que j’aurais pu faire une meilleure carrière et peut-être aller dans un championnat meilleur que la France. Malheureusement, j’ai enchaîné quatre opérations en France et à chaque fois ça te fait perdre une demi-saison, c’est assez préjudiciable lorsque tu veux t’imposer. Je l’ai dis tout à l’heure mais le choix d’aller à Ajaccio était peut-être un mauvais choix aussi. J’aurais dû opter pour un club un peu plus professionnel et un peu mieux structuré. Mais bon, j’ai fait de mon mieux et je suis content de ma carrière, al Hamdoulilah.

On va parlé un peu de l’Équipe nationale si tu le veux bien. Tu as  connu une belle aventure en EN, mais tu n’as malheureusement pas pu participé à une des Coupes du monde que l’Algérie a disputé et ce, malgré tes qualités indéniables et ta présence décisive lors des éliminatoires pour la Coupe du monde 2010. Es-ce un regret?

J’ai commencé la sélection assez tôt. Pour ma première sélection face à l’Égypte je marque mon premier but (match nul 1-1 pour le compte des qualifications à la Coupe du monde 2002). Ensuite, toujours le même problème, les blessures ne m’ont pas permis de confirmer en Équipe nationale. À mon retour en 2007, j’ai fait pas mal de bons matchs, notamment ce match face au Sénégal qui s’est super bien passé, individuellement et collectivement. Je n’ai pas participé à tous les matchs mais lorsque j’ai eu la chance de jouer, je pense avoir été décisif dans la qualification au mondial. J’ai disputé deux Coupes d’Afrique (NDLR : 2010 et 2013), malheureusement je me fais une rupture des ligaments croisés au tout début de la CAN 2010 face au Mali et c’est ce qui me fait rater la Coupe du monde ensuite. Mais bon, c’est le destin et il faut l’accepter. C’est dommage mais je n’ai aucun regret car durant ma carrière j’ai tout donné sur le terrain à chaque fois que j’ai eu l’occasion de jouer avec l’Équipe Nationale.

Bezzaz Algérie

Yassine Bezzaz marque le but égalisateur face à l’Égypte, le 21 juillet 2001 (1-1)

Après des passages à Strasbourg et Troyes en Ligue 2, tu reviens en Algérie d’abord à l’USM Alger puis au CS Constantine avec qui tu remportes le championnat en 2018, le plus beau titre de ta carrière ?

Honnêtement je n’ai pas eu beaucoup de titres dans ma carrière à part la Coupe de la CAF 2001 (avec la JS Kabylie) et le titre de champion de Ligue 2 avec Valenciennes. Mais oui le titre de champion d’Algérie avec le CS Constantine est pour moi au dessus car cela faisait longtemps que je rêvais de faire triompher mon club de cœur. J’y ai joué dans des moments très difficiles, lorsque tout n’allait pas bien et finir sur un titre de champion d’Algérie pour ma dernière saison au club, c’est un très beau cadeau.

Bezzaz CSC

LGDF : Tu es parti du club en 2018 pour une dernière pige au MC El Eulma, une volonté de ta part ?

J’avais encore un an de contrat avec le CS Constantine et je voulais rester et y terminer ma carrière mais le coach en place (Abdelkader Amrani) ne comptait pas sur moi pour la saison 2018-2019. J’ai accepté la décision et je me suis engagé par la suite avec le MCEE.

LGDF : La Gazette du Fennec te remercie, Yassine.

Avec grand plaisir ! À la prochaine inshaAllah.

Entretien réalisé par Abdelkader Zinou, pour La Gazette du Fennec

Bonus – Quelques vidéos de Yassine Bezzaz :




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