Au lendemain de l’annonce de la retraite de Rais Mbolhi, les hommages sont au rendez-vous. Parmi les témoignages les plus marquants figure celui de Nordine Kourichi, ancien international algérien et membre du staff technique des Verts lors de l’une des périodes les plus marquantes du football national.
Dans un entretien accordé en exclusivité à La Gazette du Fennec, l’ex-adjoint de Vahid Halilhodžić livre un témoignage empreint d’émotion et de respect, dressant le portrait d’un gardien qu’il considère comme l’un des professionnels les plus exemplaires ayant porté le maillot de la sélection algérienne.
Pour Kourichi, une chose est claire : la carrière de Mbolhi mérite une reconnaissance bien plus grande : « Rais était un gardien extrêmement professionnel, mais qui n’a jamais été apprécié à sa juste valeur. Quand on voit ses performances avec l’équipe nationale, il aurait largement pu avoir une carrière encore plus grande. »
L’ancien membre du staff insiste sur la constance du portier algérien, rarement mis en lumière malgré son rôle déterminant : « En sélection, il a toujours fait preuve d’un professionnalisme exemplaire. On savait qu’on pouvait compter sur lui dans toutes les situations. »
2014, l’apogée d’un gardien entré dans une autre dimension
Impossible d’évoquer Mbolhi sans revenir sur la mythique Coupe du Monde 2014, lorsque l’Algérie atteint les huitièmes de finale pour la première fois de son histoire. Face à l’Allemagne, le gardien algérien réalise une prestation devenue légendaire aux yeux du monde entier.
Kourichi n’hésite pas à replacer ce match parmi les sommets du tournoi : « Pour moi, il y avait deux grands gardiens dans cette Coupe du monde : Manuel Neuer et Rais Mbolhi. Ce match contre l’Allemagne était peut-être le plus beau du Mondial sur tous les plans. Rais a été monstrueux. »
“En 2014, s’il aurait fallu donner un Ballon d’Or à un gardien, ça aurait été Rais”
L’ancien défenseur va même plus loin dans son admiration : « S’il avait fallu donner un Ballon d’Or à un gardien cette année-là, je l’aurais donné à Rais. »
Au sein du staff, les performances du gardien ne surprenaient pourtant personne : « Michael Boully faisait toujours des rapports très positifs sur ses entraînements. Il travaillait énormément. Si l’Algérie a réussi une grande Coupe du monde en 2014, c’est aussi grâce à Mbolhi. »
Deux visages, un même leader
Kourichi garde surtout le souvenir d’un homme capable de changer radicalement d’attitude entre la vie de groupe et la compétition : « En dehors du terrain, c’était quelqu’un de jovial, toujours souriant, avec beaucoup d’humour. Mais dès qu’il entrait sur le terrain, il devenait un autre homme : sérieux, concentré, un vrai leader. »
Une image lui revient particulièrement, celle des veilles de match au Brésil : « Avant chaque rencontre, je faisais le tour des chambres pour sentir l’état d’esprit des joueurs. Rais était toujours détendu, très souriant. Mais une fois sur la pelouse, il se transformait complètement. »
Selon lui, cette capacité mentale révélait une intelligence rare : « Il était toujours fier de jouer pour l’Algérie. C’était un joueur d’une intelligence remarquable. »
Mbolhi et Cerbah, deux époques, une même exigence
Comparé régulièrement à Mehdi Cerbah, autre monument du poste en sélection, Rais Mbolhi n’entre pas, selon Nordine Kourichi, dans une logique de concurrence générationnelle, mais dans une continuité d’excellence : « Ce sont deux très grands gardiens de l’équipe nationale. Cerbah n’a peut-être pas bénéficié du même encadrement professionnel que Rais, ni des mêmes infrastructures. Chaque époque a ses réalités. Mais ce qui les rapproche, c’est leur immense professionnalisme. »
« Un leader inné »
Membre du staff de Vahid Halilhodžić lors de l’épopée brésilienne, Kourichi a vu Mbolhi évoluer au plus près, dans l’intimité du groupe.
Pour lui, le gardien n’a jamais triché : « S’il y a une chose que je retiens de Rais, c’est son professionnalisme extrême. Il avait une forte personnalité, une vraie présence. C’était un leader inné. » Une phrase qui en dit long sur l’influence silencieuse du portier dans le vestiaire. Avant de conclure avec un vibrant hommage : « Pour tout ce qu’il a apporté à l’Algérie, je lui tire mon chapeau. »
Gardien des grandes soirées, symbole de résilience et acteur central de l’épopée de 2014, il restera comme l’un des visages les plus marquants du football algérien moderne. Et peut-être, comme le suggère implicitement Nordine Kourichi, comme un héros dont la véritable reconnaissance continuera de grandir avec le temps.
