Bounedjah : « Je suis un attaquant qui sait jouer avec mes pieds »

Buteur prolifique avec Al Sadd et en passe de devenir un joueur incontournable en sélection algérienne où il bouscule de plus en plus le statut d’Islam Slimani, l’attaquant oranais Baghdad Bounedjah a fait le point sur sa saison, son mercato et ses ambitions. Dans cet excellent entretien accordé à notre confrère Zahir Oussadi de Onze Mondial, Bounedjah s’est exprimé à cœur ouvert.

Buteur prolifique au sein du championnat qatari, l’Algérien Baghdad Bounedjah vient de boucler sa troisième saison avec Al Sadd. Régulièrement convoqué avec les Fennecs, le natif d’Oran se sent aujourd’hui prêt à effectuer le grand saut en Europe. Interview.

Si tu devais faire un bilan de ta saison avec Al Sadd, quel serait-il ?

Il serait positif. On a réalisé une bonne année en commençant par remporter la Supercoupe du Qatar. Malheureusement, j’ai subi une blessure qui m’a éloigné des terrains durant un mois et demi. Ça m’a un peu cassé dans mon élan, mais Dieu merci, je me suis rétabli et je suis revenu plus fort. J’ai marqué beaucoup de buts et j’ai très bien terminé la phase retour (NDLR : 25 buts toutes compétitions confondues).

Les observateurs disent souvent que tu survoles le championnat qatari, car celui-ci est faible. Où se situe la vérité ?

La première chose, c’est qu’il ne faut jamais mépriser un championnat ou une équipe. On ne va pas se mentir, il y a des équipes moyennes au Qatar, mais il y a aussi des équipes avec un bon niveau. Je pense à Al-Duhail, Al Rayyan, Al Arabi. Ce sont des clubs avec de bonnes infrastructures et des moyens financiers importants. Ces différences entre les top teams et les autres, ça existe dans tous les pays, dans tous les championnats.

Lorsqu’on évoque ton club, on parle immédiatement de Xavi. Quelle relation entretiens-tu avec lui ?

Depuis que j’ai signé à Al Sadd, Xavi s’est toujours montré hyper sympathique et disponible avec moi. Il me donne beaucoup de bons conseils, j’essaie systématiquement de travailler avec lui à l’entraînement et de m’inspirer de ce qu’il fait. Xavi est un grand nom, un footballeur simple qui travaille très sérieusement lors des séances. Si tu ne bosses pas bien, tu as honte à côté d’un garçon comme lui (rires). Il suit les consignes de l’entraîneur ou du préparateur physique à la lettre, mais il n’en rajoute pas. Il ne s’invente pas une vie avant ou après, mais il s’entraîne toujours à 100%.

Comment s’adapte-t-on aux terribles conditions climatiques du Qatar ?

Déjà, il faut savoir que le championnat débute en septembre, or, à cette période, il fait plus frais. Les grosses chaleurs ont lieu avant et à cette période, nous ne jouons pas, nous sommes souvent en préparation à l’étranger. Et puis, on évolue dans un stade climatisé, on n’a aucun problème pour s’adapter au climat.

Et par rapport à la vie quotidienne, comment ça se passe à Doha ?

Ça n’a rien à voir avec l’Algérie ! Ils ont leurs traditions, leurs habitudes. Le Qatar se trouve au Moyen-Orient, l’Algérie en Afrique, ce sont deux continents différents. Mais, personnellement, j’ai pris l’habitude. Je me suis adapté à la vie là-bas. J’ai tous mes amis algériens avec moi à Doha, je ne ressens pas la distance.

« Je joue tous les jours avec Xavi, pourquoi aurais-je peur ? »

Je joue tous les jours avec Xavi, pourquoi aurais-je peur ?
Credit Photo – Icon Sport

Beaucoup ont critiqué ton choix de rejoindre le Qatar. Tu as compris ça ?

Pour te dire la vérité, j’ai eu d’autres offres, mais elles n’étaient pas comparables avec celle d’Al Sadd. C’était intéressant financièrement, sportivement. Bref, dans tous les aspects. Je me sens à l’aise. Imagine, toi, tu es journaliste et tu reçois une offre intéressante du Qatar qui te propose de doubler ton salaire. Automatiquement, tu vas partir. J’ai opté pour l’argent et pour le sportif. Je n’ai pas choisi un club moyen, j’ai opté pour un club qui joue le titre chaque année et qui participe régulièrement à la Ligue des Champions d’Asie. En plus, Al Sadd peut me servir de tremplin pour aller en Europe.

C’est quoi ton objectif immédiat ? Rejoindre un championnat européen ?

J’ai l’envie et l’ambition d’aller en Europe un jour, c’est clair. Si je reçois des offres intéressantes, cet été, je les étudierai. Pour l’instant, je reste calme. Il y a déjà des possibilités qui s’offrent à moi, mais je préfère prendre mon temps et faire le bon choix.

Tu dégages une grande confiance en toi. C’est juste une impression de façade ?

Non, c’est la réalité. J’ai confiance en moi, en mon football, en mes qualités. Je suis très serein. Je sais jouer, je connais ma valeur. À 20 ans, je jouais déjà avec l’Algérie. C’était l’époque Belhadj, Bougherra, juste après la Coupe du Monde 2010. Je m’entraînais avec eux et je n’avais aucun complexe. Je joue tous les jours avec Xavi, pourquoi aurais-je peur (sourire) ? Demandez-lui son avis. Je ne me sens inférieur à personne.

Il te dit quoi ?

Il me dit : « Je vais t’amener en Espagne, je vais t’amener en Espagne ». Bon, Al Sadd n’a jamais voulu me lâcher. Maintenant, ça fait trois ans que je suis installé au Qatar, ils vont sûrement accepter de me libérer.

« Depuis 2014, les coachs se succèdent, les joueurs subissent un peu cette situation »

"Depuis 2014, les coachs se succèdent, les joueurs subissent un peu cette situation"
Credit Photo – Icon Sport

Parlons de la sélection algérienne. Qu’est-ce qui explique les mauvais résultats actuels ?

Franchement, on traverse une période compliquée qui ne date pas d’aujourd’hui. Ça fait plusieurs années qu’on répète les contre-performances. Je crois que c’est un tout. On a des difficultés à trouver un bon collectif, un contexte instable, chacun a du mal à poser sa patte sur l’équipe. Depuis 2014, les coachs se succèdent, les joueurs subissent un peu cette situation.

Les joueurs n’ont-ils pas une part de responsabilité ?

Non, les joueurs sont responsables lorsqu’ils sont mis dans les meilleures conditions. Là, c’est trop compliqué. Il n’y a pas de stabilité. J’espère qu’on va retrouver de la patience, retravailler dans la sérénité et revenir aux fondamentaux. J’ai confiance en la FAF pour faire les choses correctement.

On dit souvent que l’Algérie tient une génération dorée, la meilleure depuis 1982. Qu’en penses-tu ?

On a des joueurs de qualité, aucun doute là-dessus. Il manque seulement de la stabilité, de la consistance et un staff qui s’installe dans la durée. Les joueurs ont besoin d’être encadrés, orientés et dirigés pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Pourquoi l’Algérie a-t-elle autant de mal à l’extérieur, sur les terrains africains ?

L’Afrique, c’est spécial. J’ai joué pas mal de fois en Afrique, c’est très compliqué, surtout pour les joueurs évoluant en Europe et habitués aux conditions de jeu là-bas. Les stades sont souvent vétustes, les pelouses sont dégradées et l’humidité y est importante. Tout est différent, ce n’est pas un contexte propice pour jouer en Afrique. Même si tu ramènes le Barça en Afrique, il perdra. Pour gagner à l’extérieur, il n’y a pas de secret. Il faut fermer tactiquement derrière, rester compact et solide, puis procéder en contre-attaque. Il faut oublier le beau football, ça ne fonctionne pas en Afrique.

Malgré tes nombreux buts en club, tu as du mal à t’imposer comme l’avant-centre indéboulonnable de la sélection. Pourquoi ?

Si Dieu le veut, ça arrivera. Ce sont des choix d’entraîneur. Moi, quand je rentre sur le terrain, je donne le maximum, je suis toujours à 100%. Le reste n’est pas de mon ressort.

Autre facette de ton jeu : tu te procures beaucoup d’occasions. 

Je ne veux pas paraître prétentieux, mais les attaquants techniciens sont très rares. Et moi, j’estime faire partie des avant-centres techniques, capables de jouer avec mes coéquipiers et de combiner. Moi, je sais jouer avec mes pieds contrairement à d’autres. J’aime décrocher, remiser, servir des relais, échanger les passes. Après, chacun son style. Certains aiment rester statiques, ne pas bouger et attendre la balle dans la surface de réparation. Je ne suis pas dans ce profil.

Comment imagines-tu ton futur ?

Avec beaucoup de bonheur et de réussite. Mon ambition, c’est l’Europe. Je veux me mesurer aux autres, être fixé sur ma valeur. Ensuite, j’aspire à participer à la Coupe du Monde 2022 avec l’Algérie. Je n’ai pas encore eu la chance de disputer un Mondial et c’est un rêve pour tout footballeur. On possède un bon groupe, d’excellents joueurs.

Quels championnats et quels clubs te plaisent en Europe ?

Je ne vais pas être original en te citant le Barça et le Real Madrid (rires). J’espère trouver un club qui correspondra à mon style. Moi, j’apprécie particulièrement la Liga et la Ligue 1, mais je ne veux me fermer aucune porte.

Entretien réalisé par Zahir Oussadi,

pour Onze Mondial

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