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11 juin 1995 : Le célèbre supporter du CRB Hocine « Yamaha » est assassiné

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A 25 jours d’une finale de coupe d’Algérie opposant le CR Belcourt, son équipe de quartier, à l’Olympique de Médéa, le jeune supporter, Hocine Dehimi, plus connu sous le sobriquet de « Yamaha » a été lâchement assassiné et plus précisément le 11 juin 1995. Cette finale a d’ailleurs été remportée par le CR Bélouizdad (2-1). C’était il y a 25 ans, dans un contexte épouvantable d’une Algérie meurtrie par cette « décennie noire ».

Dimanche 11 juin 1995, les quartiers de Bélouizdad (anciennement Belcourt) grouillent de jeunes en train de préparer la finale de la Coupe d’Algérie devant opposer leur équipe, le CR Bélouizdad à l’Olympique de Médèa. A Laâqiba, au marché « Tnach », au cœur de Belouizdad, banderoles, drapeaux, fanions et autres objets, vuvuzela et autres babioles sont étalés à la vente pour les jeunes supporters du Chabab.

L’ami de tous les footballeurs et supporters

Fervent supporter du CR Belouizdad et de la sélection nationale algérienne, Hocine « Yamaha » ne passait jamais inaperçu en tribune avec son visage toujours souriant même face à des inconnus. Enfant de Bélouizdad dont l’un des oncles a été un membre fondateur du CR Belcourt en 1962, Yamaha est né en 1961 et préfère bien évidement les couleurs de son quartier le Rouge et blanc. Fidèle, il ne rata plus aucune rencontre de son équipe du Chabab, de la sélection algérienne comme à Gijon en 1982 ou à Mexico en 1986 et tous les clubs algériens disputant une compétition régionale ou continentale… jusqu’à son assassinat.

yamaha danse dans son quartier belouizdad supporter

Visage cassé avec sa dentition à la Fio Maravilha, célèbre attaquant brésilien chanté par Jorge Ben, il était devenu, de par son caractère très « sociable » une icône du football en Algérie. Il est même devenu la « vedette » sur tous les stades où il faisait son show de supporter à la fois chauvin et drôle, attirant la sympathie avec sa bonhomie et surtout par le fait qu’il n’avait aucune animosité contre les clubs adverses, qui l’appréciaient d’ailleurs, faisant même la fête avec lui, même lorsque leur équipe est la perdante.

Abattu dans son quartier en plein jour

On était donc un dimanche de juin 1995, quand deux coups de feu sont entendus vers 13h00 du côté du quartier Nessira Nouredine, plus connu sous le nom de quartier « Nacira nounou ». Renseignement pris, Mohamed, ami et voisin, raconte en montrant l’emplacement où « Yamaha » est tombé : « Il venait de me saluer en passant devant mon magasin quand deux hommes lui ont demandé de s’approcher d’eux, se souvient cet autre homme, le dernier à avoir vu Hocine vivant. L’un d’eux lui a amicalement passé le bras autour de l’épaule en l’entraînant dans un coin de rue : ils lui ont tiré deux balles ». Hocine Dehimi, lui qui, selon son frère jumeau, Hacène, « a été surnommé Yamaha car quand il était petit, il s’amusait à imiter les motos dans la rue… », vient d’être assassiné à l’âge de 35 ans. Cela s’est passé là où fut érigée une stèle, peu de temps après sa mort, dans la rue Nessira Nourredine où il a été lâchement abattu à l’angle de son ancien appartement. Le jour de son enterrement, une foule immense l’accompagna au cimetière. Tout le quartier de Belcourt lui rendit un vibrant hommage. Sur les devantures des magasins étaient accrochés les banderoles aux couleurs Rouge et Blanc du CRB alors que dans les balcons, les femmes lançaient des youyous participant ainsi à ce dernier hommage à l’enfant du quartier.

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D’après son frère jumeau, qui l’accompagnait parfois dans ses pitreries et qui perpétuera cette tradition en son hommage, c’est sa joie de vivre et sa capacité à parler avec tout le monde, y compris les policiers, qui a décidé les islamistes à le tuer pour en faire un exemple. Quartier chaud de la capitale, qui accueillait notamment la mosquée surnommée « Kaboul », la commune de Belouizdad avait fortement voté pour le Front islamique du salut (FIS) au premier tour des législatives de 1991. « C’était Kandahar ici », se remémore un voisin, qui voit dans Yamaha un avant-gardiste qui se servait de son humour pour casser le couvre-feu nocturne. « C’était difficile de le faire à Alger, mais il faut se rappeler que les islamistes interdisaient le foot dans les communes isolées autour de la capitale. Et même si Yamaha était populaire, ils ne craignaient pas de le tuer, pas plus qu’une étudiante. Ils disaient :On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs”… ».

A jamais dans les mémoires du Chabab

25 jours après son assassinat, son club de toujours le CR Bélouizdad disputait donc la finale de la Coupe d’Algérie au stade du 5 juillet. Les 90 000 spectateurs, principalement les supporters du CRB, lui ont naturellement rendu un vibrant hommage. Durant cette finale, la partie avait même été interrompue par l’arbitre afin de lui rendre cet ultime hommage dans le stade où les supporters ont entonné « Koulou l’CRB matebkich, Yamaha rah ou ma iouellich » (dites au CRB de ne pas pleurer, Yamaha est parti et ne reviendra pas). A la fin du match gagné par le CRB (2-1) les supporters ont fêté le Trophée en bravant le couvre-feu qui a d’ailleurs été levé quelques jours après, à Alger. Quelques années plus tard, un roman lui sera consacré « Yamaha d’Alger » de Colonna Vincent (Tristram, 1999). Le 26 juillet 2014, et à l’occasion de l’occasion de la célébration du 52e anniversaire de la création du Chabab Riadhi de Belouizdad, des supporters ont organisé, au niveau de la piscine du stade 20-Août d’Alger, une cérémonie pour célébrer cet anniversaire au court de laquelle « Yamaha » a été honoré à titre posthume avec d’autres anciens joueurs et dirigeants de ce club de la Capitale.

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