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Détection chez les EN de jeunes : Task Force et faiblesses

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Essayer de chiper les jeunes talents à la source. Tel sera l’objectif principal de la « Task Force » mise en place par la Fédération algérienne de football (FAF). L’instance fédérale a opté pour un jeu en triangle pour passer à l’offensive dans ce registre : Idir Karim, Kada-Hounet Foued et Brahimi Lyes (non ce n’est pas juste un homonyme) seront chargés de la mission de détection. Dans cette structure, on peut déjà relever quelques incohérences et imperfections. L’initiative est bonne, l’approche l’est -peut-être- un peu moins. Explications.



Pour ne pas se retrouver à essayer de convaincre les binationaux de rejoindre l’Algérie au moment où leur carrière commence à décoller, la structure footballistique tente d’anticiper les choses. Pour ce faire, la DTN a chargé Idir Karim (manager), Kada-Hounet Foued (entraîneur) et Brahimi Lyes (conseiller sportif et frère de Yacine Brahimi) de dénicher les footballeurs potentiellement sélectionnables. Un trio, qui a la particularité d’être issue de la région parisienne (peut-il vraiment ratisser large au Vieux Continent?), présenté comme rodé au football circus, ses secrets et les différents aspects, notamment relationnels, qu’il renferme.

Le but de cette organisation est affiché d’emblée. « La Fédération algérienne de football (FAF) a décidé de s’appuyer sur une Task Force dédiée au déploiement de sa politique de détection des jeunes footballeurs binationaux à l’étranger. L’objectif de ce dispositif, initié il y a quelques mois, est de mettre en place une démarche structurante en s’appuyant sur les ressources locales, à travers une veille permanente et organisée », pouvait-on lire dans un article publié sur la structure footballistique. En outre, il s’agit de « Participer au développement de la formation et au rayonnement du football algérien à l’international par la mobilisation des compétences nationales à l’étranger et la mise en place d’une action dédiée » et « maximiser et maintenir dans la durée l’image positive de la FAF et des sélections algériennes en dehors de l’Algérie et en particulier à destination de la diaspora.»

De l’ordre pêle-mêle

Les CV des détectives ont été déclinés sur le site de la FAF. Celui d’Idir Karim semble être long comme un bras. Il est d’ailleurs présenté comme le chef de la Task Force. Cette dernière constitue un projet nouveau (ou presque) au niveau des sélections. Auparavant, lorsqu’il y a eu le « boom » des binationaux en 2009, c’était le père de Karim Ziani, l’ex vedette des Fennecs, et son compère Hocini Boulanouar alias « Boula » (ancien agent de Belmadi, Yahia ou Bougherra) qui servaient d’intermédiaires pour convaincre les joueurs évoluant à l’étranger d’opter pour l’EN. C’était après la loi des Bahamas qui permettait aux footballeurs ayant joué chez les sélections de jeunes d’un pays de changer de nationalité sportive s’ils n’ont jamais joué pour la sélection A.

Après cet amendement, beaucoup de fédérations, africaines notamment, avaient commencé à convoquer des footballeurs ayant la double-nationalité et formés en Europe majoritairement. A partir de là, des réseaux commençaient à s’étendre. Certaines instances se sont structurées formellement pour ratisser plus large et détecter des renforts éventuels de manière précoce. Sur ce volet, l’Algérie est restée en retard. Le Maroc et la Tunisie ont même chipé des Algéro-marocains ou des Algéro-tunisiens.

Bennacer, coup de poker rare

Malgré cette lacune, sous Mohamed Raouraoua, ancien patron de la FAF, les Verts ont pu enregistrer quelques venues de qualité. On pense ici aux Ghoulam, Bentaleb, Mahrez, Feghouli, Brahimi pour ne citer que ceux là. La dernière est celle du joyau Ismaël Bennacer qui aurait pu jouer pour les Lions de l’Atlas mais il a opté pour El-Khadra car les responsables (Yazid Mansouri alors Manager des Verts) n’ont pas hésité à l’appeler en équipe première alors que le Maroc lui proposait la sélection espoir seulement.

Sauter les classes était donc une manœuvre pour compenser la bonne structuration dans la détection. Bennacer s’est avéré être une bonne pioche même si offrir une place chez les « A » pour un réserviste chez Arsenal, qui avait 18 ans à l’époque. « Il n’y a pas eu d’hésitation ça a été un choix du cœur et surtout un choix sportif. Les Marocains m’ont proposé de jouer avec les Espoirs, l’Algérie m’a intégré avec les grands », avait révélé l’actuelle sociétaire de l’AC Milan. C’est pour dire que porter la tunique des Guerriers du Sahara n’a pas plombé sa carrière. Bien au contraire.

Aujourd’hui, l’Algérie a plus d’aura car elle a été fraîchement sacrée championne d’Afrique avec le Milanais qui a, d’ailleurs, eu un gros rôle dans le sacre en Égypte l’été dernier. Mais les histoires pareilles ne peuvent pas se répéter souvent. Ce n’est pas tout le temps que ces coups d’éclats managériaux se produisent. La « Task Force » devrait servir de base de données qui recense les footballeurs en herbe ayant l’envie de jouer pour l’Algérie. Prendre attache avec le joueur et sa famille et le convaincre d’un projet sportif pérenne chez la sélection de jeunes semble être une opération délicate. Surtout quand on analyse les résultats sportifs de nos équipes classes « biberon » rarement qualifiés aux tournois et moyenne quand il s’agit d’y prendre part.

Gare au clientélisme et l’affairisme !

Cette difficulté est accentuée pour les gros potentiels souvent convoqués chez les U17, U18, U19, U20 et U21 de l’équipe de France par exemple vers lesquels le Club Algérie est souvent tourné pour puiser de nouveaux profils. Pour preuve : les Aouchiche, Larouci, Aït Nouri et Aouar sont les nouvelles cibles pour garantir un futur de l’EN pas évident à assurer tant la formation n’est pas le fort du football local.

La Task Force sera, ainsi, mandatée pour mettre la main sur les futur Aouar et Aït Nouri pour les « Algérianiser » préalablement et assurer (toujours sous réserve parce qu’ils peuvent faire le chemin inverse de Mahrez et les autres) la relève pour les années à venir. D’où l’idée de créé le « FAF Radar ». Une cellule dédiée au « repérage, sensibilisation, veille et suivi des jeunes joueurs binationaux » et ce « jusqu’à leur passage en catégorie professionnelle et en attirant les joueurs à fort potentiel dans les équipes nationales.»

Néanmoins, le label européen ne devra pas primer sur le produit national que la FAF compte, à priori et comme son homme fort Kheireddine Zetchi le martèle, épurer en lançant les académies un peu partout. Les arrivées outrancières des binationaux restent un risque à considérer. Surtout si les agents véreux, desquels l’univers de la balle ronde regorge, s’y mêlent. Il faudra donc contrôler les « recrues » pour que les EN de jeunes ne deviennent pas juste une estampe qui « internationalise » un jeune au talent moyen. Le statut international reste une plus-value pour les clients. A partir de là, le conflit d’intérêts reste une menace majeure qui ferait de l’Algérie une terre de blanchiment footballistique.

Les anciens internationaux oubliés ?

Par ailleurs, on peut relever un fait important dans la composition de cette Task Force, les trois hommes désignés pour cette tâche ne semblent pas vraiment avoir le profil de scouts. A priori, il ne s’agit pas de dénicheurs de talent qui ont la réputation de sillonner personnellement les terrains tout le temps. Est-ce que la DTN s’est trompée de choix de profileurs d’emblée ? On ne peut rien affirmer mais il aurait été plus judicieux d’exploiter les connaissances de personnes du domaine à l’instar de Chérif Oudjani ou Yazid Mansouri. Des anciens internationaux qui travaillent quotidiennement dans la prospection pour deux écoles de football en France à savoir le RC Lens et le FC Nantes.

Aussi, il y a Karim Matmour qui a été enrôlé par le Bayer Leverkusen pour prospecter en France et Carl Medjani, récemment retraité, qui a montré sa disponibilité à travailler avec la FAF dans ce domaine justement : « Je suis très intéressé pour un être un relais de la FAF auprès des binationaux afin de prôner un bon discours », a proposé, lors de son passage dans notre émission « C’est vous l’Expert », celui qui compte 62 sélections avec l’Algérie et a été capitaine des U15 de l’Équipe de France plus jeune.

Les noms qu’on vient de citer sont beaucoup plus « inside football ». Ces Pedigrees là auraient été plus crédibles en tant qu’ambassadeurs, dans un premier temps, mais aussi d’intermédiaires qui savent véritablement comment un sportif pense et comment le persuader. Les zones d’ombre sont là. Le temps les dissipera. Ou pas…




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