Ramy Bensebaini, l’étoffe d’un leader

À 24 ans, l’ancien prodige du Paradou AC dégage de plus en plus d’assurance en tant que défenseur. Et sa prestation XXL avec le Stade Rennais en finale de la Coupe de France face au Paris SG en est la meilleure preuve. Zoom sur la carrière de Ramy Bensebaini avec les témoignages recueillis par La Gazette du Fennec de Christian Gourcuff, Rolland Courbis ou encore Tarek Lazizi.

Samedi 27 avril 2019, le long règne du PSG sur la Coupe de France a pris fin. Le puissant club de la capitale française a baissé pavillon face au Stade Rennais (2-2 a.p.t.b. 6-5) et parmi ceux qui ont le plus contribué à l’exploit de la formation bretonne il y avait un Fennec, Ramy Bensebaini. Alors qu’il vivait son plus grand rendez-vous sur la scène des clubs depuis ses débuts en pro en 2013, le natif de Constantine a impressionné. Tant par la qualité de la prestation qu’il a livrée, que par la maturité et la sérénité qu’il a dégagée tout au long des 120 minutes de jeu. Et ce sont là les principales qualités d’un défenseur de métier.

Peut-on pour autant cataloguer désormais Bensebaini comme un grand arrière ? L’exercice qui consiste à juger sur un seul match étant toujours farfelu, il convient bien sûr de ne pas abuser de superlatifs et surtout éviter toute forme d’excès dans les jugements établis. Ce préambule posé, comment cependant ne pas être séduit par ce que notre international a montré durant cette partie ? Face à l’armada francilienne, il a livré une copie propre, sans le moindre impair ou presque, tel un vieux briscard habitué à ce genre de grands rendez-vous.

Préposé au marquage d’Angel Di Maria, l’ancien Héraultais n’avait pourtant pas la tâche la plus aisée. Mais, il s’en est assez bien sorti, réduisant au maximum l’impact de l’Argentin. Dans les duels, il s’est montré à la hauteur, avec des interventions toujours bien senties, correctes et dans le bon timing. Il ne s’est jamais défilé, et a fait preuve de vigilance continue. Enfin, il ne s’est pas limité à son travail défensif, se permettant quelques montées et dont l’une a débouché sur une jolie frappe flottante (20e), passée tout près du cadre.

En somme, Bensebaini a été l’un des hommes forts de la finale. Et cette performance invite à mesurer tout le chemin qu’il a parcouru depuis son arrivée en Europe. L’ex-sociétaire du Paradou AC a clairement pris du galon et parmi les mieux placés pour juger son évolution il y a notamment Christian Gourcuff. Le technicien breton avait été le premier à le convoquer en sélection algérienne. Et, il l’a aussi eu sous ses ordres durant son passage en Ile-et-Vilaine. Pour La Gazette du Fennec, il s’est d’abord souvenu de ce qu’était l’arrière algérien quand il l’a découvert. “Yazid Mansouri (ndlr, son ex-adjoint) m’en avait parlé alors qu’il évoluait à Lierse en Belgique. Je le suivais de près en tant que sélectionneur. On l’a pris en sélection assez rapidement, il était jeune, mais on avait bien vu qu’il avait des qualités. Le fait qu’il était issu de l’académie de Guillou (ndlr, JMG Paradou), c’était une garantie sur sa formation. Il a acquis de la maturité de façon naturelle“.

Christian Gourcuff : “Il a gommé ses problèmes de concentration”

Le technicien breton constate avec une certaine fierté le chemin parcouru depuis par son ancien poulain. Et il y a un domaine en particulier où il est très content de déceler aujourd’hui une vraie progression. “Quand il était chez nous (à Rennes), il était un jeune joueur. Il n’était pas explosif, et il ne le sera peut-être jamais. Il n’avait pas cette vivacité alors il fallait qu’il compense par une bonne lecture du jeu. Le plus gros problème de Ramy, c’était un souci de personnalité. Il avait tendance à se relâcher et être trop facile. Pour un défenseur c’était très embêtant ces problèmes de concentration. Mais avec l’âge et la maturité, c’était évident qu’il allait progresser dans ce domaine. Et c’est ce qu’on constate”.

Un Bensebaini plus sobre, jouant sans fioriture et qui se met au service du collectif ; c’est aussi ce que perçoit un certain Tarek Lazizi. International algérien entre 1989 et 1998 (60 capes). Ce dernier estime que “par rapport à ce qu’il montrait au Paradou, je pense qu’il a beaucoup progressé”. “Le championnat français est très relevé, et je vois qu’il est devenu très calme, notamment quand il joue dans l’axe, poursuit l’ex-légende du MC Alger. Il a eu une bonne formation. Et puis, en Ligue 1, tout est réuni pour s’améliorer, avec les matches qu’il dispute et l’expérience qu’il acquiert. C’est un joueur qui a beaucoup de qualités”.

À ses débuts dans l’Hexagone, il arrivait à Bensebaini de commettre des fautes d’appréciation, de mauvaises relances ou des interventions mal maitrisées. Et cela se transposait aussi en sélection. Gourcuff se souvient d’ailleurs parfaitement du premier tournoi international du joueur, la CAN 2017 sous Georges Leekens, où il n’avait pas été très performant, même si c’est toute l’équipe qui a évolué en deçà de ses capacités. “Avec la sélection, il a quelques fois craqué. À la dernière CAN, j’ai vu que c’était un peu difficile pour lui, notamment dans le manque de sang-froid qu’il avait. Il y avait toujours ces sautes de concentration. Mais avec le temps, il a évolué”, insiste l’ancien sélectionneur de l’Algérie.

En ayant su travailler sur sur ses points faibles, le Fennec est devenu un élément sur lequel on peut compter en toutes circonstances. Et ce n’est pas Julien Stéphan, l’actuel coach de Rennes, qui dira le contraire, lui qui a aligné Bensebaini comme titulaire à quinze reprises depuis sa prise de fonction en décembre dernier (et seulement deux fois comme remplaçant). Cela en dit suffisamment sur la confiance qu’il lui témoigne, mais aussi les garanties que son numéro 15 offre dorénavant.

Tarek Lazizi : “Il est devenu imperturbable face à la pression”

Bensebaini n’aurait certainement pas réussi une telle mue s’il n’était pas doté de qualités mentales au-dessus de la moyenne. Et aujourd’hui, c’est peut-être le domaine où il se démarque le plus. Il ne se laisse pas perturber par les évènements contraires et parvient à gérer au mieux la pression. Lazizi l’a parfaitement remarqué et imagine déjà ce qu’un Bensebaini insubmersible peut apporter à la sélection : “oui, il a de bonnes qualités mentales. Il ne doute pas et cela se voit dans son jeu. Il joue calme, sans pression. C’est un vrai libéro à l’ancienne. Il a déjà un bon vécu, et apporte un vrai plus à notre sélection. Avec lui, je crois que l’avenir de la sélection à ce poste s’annonce radieux”.

Joint par nos soins, Rolland Courbis, premier coach du Constantinois en Ligue 1, met également ce point-là en avant : “Oui, il a une vraie force de caractère et il faut en avoir de toute façon pour s’avancer en tant que dernier tireur au but en finale d’une Coupe face au PSG, alors que j’ai vu que certains joueurs adverses n’avaient pas osé s’avancer”.

Quand on est exemplaire dans tous les domaines, alors on est inéluctablement un taulier, un patron. Bensebaini l’est-il déjà ? Ou alors peut-il le devenir à court ou moyen terme avec la sélection ? La réponse de Gourcuff : “je n’aime pas trop parler de leader juste par la parole. Mais oui (il peut l’être), parce que Ramy va avoir une longue carrière internationale. Il a débuté assez tôt en sélection. Son poste aussi favorise ce rôle-là. Il accumule de l’expérience. C’est intéressant pour la sélection”.

Rolland Courbis : “Axial ou latéral ? Pour moi c’est un défenseur central”

Reste une problématique, et pas des moindres. À quelle position Bensebaini doit-il être utilisé, si tant est qu’on se décide de le fixer à un poste ? En club, il évolue régulièrement comme latéral et avec de plus en plus de conviction. En, sélection il continue en revanche d’occuper l’axe, où il se montre à la hauteur depuis quelques temps. Courbis accepte de trancher : “pour moi, ça reste un défenseur central et non un latéral. Un joueur doit pouvoir exprimer au mieux ses qualités, et c’est là qu’il est le plus performant”.

Et pourtant, l’actuel coach de Caen est bien le premier entraineur à avoir fait glisser Ramy sur le côté, lors de la saison 2015/16 au MHSC. Gourcuff s’en souvient très bien : “À Montpellier, il avait en effet joué une demi-saison dans un poste inhabituel de latéral gauche que lui avait donné Courbis. Au départ, ce n’était pas gagné qu’il s’impose à ce poste-là, mais avec la maturité, il y est parvenu. Il s’est adapté à ce poste-là”. Lazizi abonde en ce sens : “moi, c’est dans l’axe que je le trouve très bon. Il dirige bien sa défense”.

S’il n’est pas un latéral, pourquoi alors avoir opté pour l’autre choix et s’y être même tenu sur la durée ? Gourcuff livre une réponse assez simple : “c’est avant tout un défenseur central, je le confirme. C’est juste qu’avec Courbis, ou même avec moi plus tard à Rennes, vu que c’était un jeune joueur, le temps de jeu, il le prenait là où c’était possible. Il y avait cette possibilité à gauche, c’est comme ça qu’il a découvert ce poste. Ça a mis du temps quand même parce qu’au départ ce n’était pas gagné sur le plan défensif. Après, avec l’expérience acquise… Mais, encore une fois, ça reste un défenseur central. Moi, j’irai même jusqu’à dire que c’est un joueur qui aurait pu jouer en milieu de terrain.” Des révélations intéressantes et qui ne seront pas inutiles à Djamel Belmadi s’il y avait des doutes dans l’esprit de ce dernier quant au rôle à accorder à son talentueux arrière.

Gourcuff : “Qu’il enchaine en gardant les pieds sur terre”

Qu’il joue dans l’axe ou sur le côté, Bensebaini fait actuellement l’unanimité. Et ce qu’il y a de plus excitant et prometteur en ce qui le concerne c’est qu’il est encore jeune, et donc perfectible. Sondé sur ce point, Gourcuff ne s’est permis qu’un seul conseil : “de toute manière, il a une aisance technique qu’il va conserver, il y a ce manque de vivacité qu’il peut compenser par davantage de lecture du jeu. Et c’est ce qu’il fait d’ailleurs. Après, il faut surtout qu’il garde la tête froide. C’était son handicap quand il était plus jeune. Il ne faut pas qu’il s’enflamme, mais avec l’âge et l’expérience ça vient naturellement. Après, de l’ambition, il en a. Il n’y a pas de problème de ce côté-là”.

Ramy Bensebaini (17 sélections, 2 buts) sait donc ce qu’il lui reste à faire pour être un défenseur de renommée. Gage à lui de continuer sur sa lancée, ne pas s’égarer du bon chemin et faire en sorte que sa belle soirée dionysienne en appelle d’autres, aussi séduisantes ou plus, à plus grande échelle.

Profil : Bensebaïni Ramy, né le 16 avril 1995 à Constantine, défenseur central ou latéral gauche, Parcours : Stade Rennais FC (depuis 2016), Montpellier HSC (2015/16), Lierse SK (2014/15), Paradou AC (2007/14), CS Constantine (2005/07 jeunes).

Naïm Beneddra pour La Gazette du Fennec


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