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Hichem Daoud : « Remettre l’équipe d’Algérie à la place qu’elle mérite »

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International depuis ses 19 ans, Hichem Daoud, du haut des ses 28 ans et son 1m92, entame sa 5ème saison dans l’élite française. De Tissemsilt à Istres, l’arrière gauche de formation revient pour nous sur sa carrière et nous raconte ses déceptions et ses joies avec Les Verts. Il nous dévoile ses grandes ambitions pour le prochain mondial 2021. Entretien sans langue de bois pour un pilier du « Sept » national.

LGDF : Merci Hichem de nous accueillir. Comment ça va depuis le confinement avec cette pandémie du Covid 19 ?

Hichem Daoud : Pour ma famille et moi ça va Hamdoulillah. Nous faisons attention aussi bien dans notre vie de tous les jours que dans notre vie professionnelle. On garde le positif dans tout ça. Il ne faut pas que l’on soit contaminé, c’est comme si on avait été blessé et donc on doit mettre notre carrière entre parenthèses pendant au moins 15 jours. Donc je prends mes précautions au maximum.

Peux-tu te présenter pour les lecteurs de La Gazette du Fennec ?

Je suis Hichem Daoud, 28 ans et handballeur professionnel algérien. Cela fait cinq ans que je joue à Istres, en fait depuis mon arrivée en France. Je suis papa d’une petite fille d’un an. Je suis natif de Tissemsilt, en Algérie. J’ai passé mon enfance là-bas avant de partir à Alger pour poursuivre ma carrière. Lorsqu’on a fait appel à moi en sélection de jeunes, dans un premier temps, à 15/16 ans, j’ai incorporé le lycée sportif de Draria.  Pendant 7 ans, je jouais avec l’équipe d’El Biar. On a joué les premiers rôles en Championnat mais aussi une finale de coupe d’Algérie. Après cela, j’ai rejoins le club de Baraki. J’ai y joué pendant deux ans. Avec cette équipe, j’ai gagné la coupe d’Algérie. En parallèle, j’ai continué mes études où en 2015, j’ai réussi à avoir mon diplôme d’ingénieur d’état QHSE (qualité, hygiène, sécurité et environnement) à L’école polytechnique d’El Harrach. Après cette aventure à Baraki, je suis arrivé à Istres en 2016. J’ai commencé avec eux en deuxième division. En 2018, on a été sacré champion de la pro D2 et donc nous sommes montés en première division. Depuis, nous réussissons à nous maintenir dans le haut du palier. J’ai aussi entamé des études par correspondance pour devenir manager.

« Je suis bien à Istres, aussi bien dans la ville que dans le club »

Le jour où tu auras ton diplôme, il faudra contacter ton coéquipier en équipe nationale, Kader Rahim, parce qu’il est aussi manager.

(Rire), on ouvrira Inch’Allah une entreprise de manager rien que lui et moi !

Cela fait cinq ans que tu es à Istres, c’est comme une deuxième famille pour toi.

Oui effectivement ! Istres n’est pas une très grande ville. Je connais tout le monde ici et tout le monde me connaît. Ce sont des parfums qui ne me sont pas inconnus. Je me suis pris d’amitié avec beaucoup de personnes. J’ai trouvé mes repères, je suis bien ici aussi bien dans la ville que dans le club. On a joué deux ans ensemble en Pro D2. Cela a forgé notre amitié. Depuis 2018, on joue en Lidl Starligue. On entame cette année notre troisième saison au plus haut niveau.

Hichem Daoud istres balle

Peux-tu nous dire comment vous faites avec le protocole sanitaire ?

À la fin du confinement, on avait surtout des prises de température au front, notre fréquence cardiaque, ou bien des questions relatives à notre santé. Si des personnes avaient des doutes sur leur santé, elles devaient prévenir le médecin du club. Aujourd’hui, nous sommes testés tous les 2-3 jours, suivant la fréquence des matchs. Si un joueur est positif, il est mis en isolement durant 7 jours, puis ce sont 7 autres jours de reprise progressive à l’entraînement. Depuis quelques temps c’est directement 14 jours d’isolement. De plus, on essaye de pratiquer au maximum les gestes barrières. On essaye de porter le masque jusqu’au bord du terrain, on se désinfecte aussi bien les mains que les ballons avec la solution hydroalcoolique. Étant donné que le handball est un sport de contact, il est difficile d’empêcher tout contact. Par contre, tout ce qui est protocolaire (saluer l’adversaire et l’arbitre), actuellement c’est interdit. Avec tout cela, il faut aussi continuer à vivre, faire vivre nos clubs. Si on arrête tout, nos clubs, et tout ce qui les entourent, disparaîtraient. Il ne faut pas arriver à ce point.

« On a un budget qui fait partie des plus faibles dans le championnat, ce qui nous amène à jouer le maintien chaque saison »

La saison précédente vous avez fini 11ème, as-tu une explication concernant ce classement qu’on peut qualifier de médiocre ?

Déjà Il faut dire que la saison a été tronquée, puisqu’elle a été arrêtée prématurément au mois de mars ou avril à cause du Covid. Donc on n’a pas joué tous les matchs et on aurait pu se classer plus haut. D’autant plus que ces matchs étaient contre des concurrents directs. Si on avait gagné ces matchs-là, on serait mieux classé. Mais cela n’excuse pas non plus notre irrégularité dans le championnat. Il y avait des matchs à notre portée que nous avions perdue, à contrario, certains matchs où on nous donner perdant, on les avait gagnés. Après il faut être réaliste, on a un budget qui fait partie des plus faibles dans le championnat, ce qui nous amène à jouer le maintien chaque saison. Donc ce n’est pas non plus scandaleux de nous retrouver à cette place. Notre effectif, de qualité quand-même, n’a pas beaucoup évolué, on peut espérer être mieux classé cette saison.

2020 06 25 istres prolonge ses ailiers daoud hichem hand

Effectivement lors des deux premiers matchs du championnat, vous avez gagné contre Tremblay et fait match nul contre Dunkerque. C’est de bon augure pour la suite championnat.

Lors du premier match, on a battu Tremblay, ce qui est très important pour la suite de la saison car c’est un concurrent direct pour notre maintien. Il ne fallait pas perdre ce match. Cela faisait des mois qu’on n’avait pas eu de compétition, on avait hâte de reprendre. Cette victoire nous a permis de bien lancer notre saison. Un match qu’il fallait absolument gagner et ne pas se poser de questions concernant certaines retrouvailles avec cette compétition ou la découverte de nos nouveaux joueurs. Le match contre Dunkerque, c’était un autre niveau, un match à l’extérieur, cela n’avait rien à voir avec Tremblay. Il était très difficile pour nous. D’ailleurs on avait mal commencé la rencontre. Mais au fur et à mesure du match, on a pris nos aises, pris confiance et on a mené au score. Dunkerque a égalisé à la fin du match. On est déçu du match nul parce qu’on aurait pu gagner, mais le point ramené de l’extérieur nous satisfait quand même. Faire jeu égal contre Kader et ses coéquipiers est une vraie réussite. On a réussi à marquer beaucoup de buts contre l’une des meilleures défenses du championnat, est une réelle satisfaction.

« Aujourd’hui c’est surtout tactiquement que l’entraîneur fait appel à moi à d’autres postes et, Hamdoulillah, j’ai les moyens pour »

D’un point de vue individuel, tu as été le joueur le plus en vue contre Tremblay, en marquant 7 buts. Qu’est-ce qui est dû à ta bonne forme actuelle ?

Déjà je suis très content d’être à ce niveau de performance. Il faut continuer sur la durée. J’ai travaillé dur pendant le confinement pour être prêt aussi bien pour le début du championnat mais aussi être prêt à livrer bataille et donc à sortir de telles performances. Je continue à travailler dur pour poursuivre sur cette lancée.

Tu es un peu le couteau suisse de ton entraîneur, tu joues aussi bien en demi-centre, arrière ou ailier gauche. Mais quel est le véritable poste d’Hicham Daoud ?

De formation, je suis arrière gauche. Mais dans le handball d’aujourd’hui, on a tendance à oublier le poste de prédilection et on navigue un peu partout. Ce même handball, est basé sur le côté défensif. De nos jours, les meilleures équipes sont très solides défensivement. Pour ma part je suis très hargneux en défense donc souvent je me retrouve en arrière gauche lors des phases défensives. Dans les phases offensives, je joue de plus en plus à l’aile. Les années précédentes notre effectif n’était pas très étoffé donc, quand on avait des joueurs blessés, je dépannais à quelques autres postes. Aujourd’hui c’est surtout tactiquement que l’entraîneur fait appel à moi à d’autres postes et, Hamdoulillah, j’ai les moyens pour.

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Quel sentiment as-tu du fait de Jouer vos matchs sans public ?

Dans les Bouches-du-Rhône, nous sommes limités à 1000 personnes en tribune. De plus notre gymnase n’est pas très grand, il a une capacité de 1000 à 1200 personnes. Donc on a toujours l’impression qu’il y a du monde. Le souci est que les gens viennent de moins en moins par crainte du virus. C’est normal, on comprend. J’espère qu’avec le temps, les gens reviendront de plus en plus pour nous encourager.

Quel est ton point de vue sur le championnat français, la Lidl Starligue ?

C’est un championnat très relevé, il fait partie des meilleurs au monde. Il n’y a pas si longtemps, 3 équipes du championnat se sont retrouvées en demi-finale du final-four de la champion League (Paris, Montpellier, Nantes). Cela veut dire quelque chose dans l’histoire du hand européen. Si on regarde les équipes nationales, l’équipe de France, qui est composée de joueurs de la D1 française, a gagné toutes les compétitions mondiales. De plus, énormément de joueurs de classe mondiale jouent dans la Lidl Starligue. Un exemple la star danoise Mikkel Hansen. Quand les meilleurs joueurs mondiaux viennent dans un championnat, cela prouve son attraction mais aussi son niveau.

« Le handball en Algérie est encore amateur… en Europe, c’est un autre système basé sur le physique, le mental et le psychique »

Tu as joué dans les clubs  en Algérie, El Biar et Baraki, que retiens-tu de ton expérience de l’autre côté de la Méditerranée ?

Déjà à Tissemsilt, je commençais à me former physiquement et à quelques gestes techniques. C’est à El Biar, au contact de joueurs Internationaux, que j’ai appris la tactique et l’intelligence de jeu. À Baraki, j’ai côtoyé les meilleurs joueurs du championnat, j’ai donc appris l’exigence du haut niveau, être toujours au top, gagner le maximum de match et donc l’exigence du résultat et les gains de trophées comme but final.

Après Baraki, tu es venu en France. Quelle différence as-tu trouvé entre le championnat algérien et le championnat français ?

C’était un de mes challenges de découvrir un autre handball. On le voyait des fois quand on rencontrait les équipes européennes avec l’équipe nationale, mais je voulais découvrir ce qu’est la vie d’un club professionnel en Europe. Le handball algérien est encore amateur. Même si on n’a pas un autre travail que le handball, la méthodologie reste quand même amateure. En Europe c’est un autre système, la programmation est différente. On travaille à long terme. Quand j’étais en Algérie, on m’a parlé d’une période d’adaptation, je n’y croyais pas vraiment. Je me disais que le handball reste le handball. Mais arrivé ici, j’ai trouvé d’autres méthodes se basant sur le physique, le mental et le psychique. Il y a toute une mise en place dont on manque en Algérie.

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Quelles sont tes ambitions cette saison ?

D’un point de vue professionnel, avec mon équipe d’Istres, notre ambition est de s’améliorer au fur et à mesure des matchs et donc d’avoir un meilleur classement. Pour ce point-là, de mon côté j’essaye de soigner mes statistiques comme le nombre de buts. En défense, je vais essayer de combler mes lacunes et donc d’être plus efficace.

Pour l’équipe nationale, avec le renouvellement de génération, on a réussi à se qualifier pour la coupe du monde, une compétition qu’on n’a pas jouée depuis des années. Cette compétition nous permettra de repartir sur de bonnes bases et pour cela il faut bien la préparer et la jouer à fond. Il y a des jeunes joueurs avec des profils très intéressant, ils permettront de repartir vers l’avant. On va essayer d’exister dans cette coupe du monde et avoir les meilleurs résultats possibles.

Justement, l’équipe nationale, tu l’as intégré assez tôt, en 2011, à seulement 19 ans ? 

Oui c’est ça, ma première compétition avec l’équipe nationale c’était en 2011 lors de la coupe du monde en Suède. Mais j’avais déjà intégré les équipes nationales de jeunes où J’avais participé à plusieurs compétitions des différentes catégories comme la coupe d’Afrique des nations. Le sélectionneur de l’époque, Salah Bouchekriou, avait détecté en moi du talent. Alors il avait estimé bon de m’intégrer à l’équipe afin de le développer et de m’adapter aux exigences internationales pour être prêt le moment venu.

« Le premier match qui m’a vraiment impressionné était ce match de coupe du monde contre la Suède. On avait joué devant 25 000 personnes »

Te rappelles-tu de ton premier match avec l’équipe nationale ?

Mon premier match était en amical, contre la Hongrie. C’était un match de préparation pour la coupe du monde. Par la suite on a fait d’autres matchs amicaux, mais le premier match qui m’a vraiment impressionné était ce match de coupe du monde contre la Suède. On avait joué devant 25 000 personnes. J’avais l’impression qu’ils étaient au-dessus de ma tête et qui n’arrêtaient pas de chanter, de faire la fête, c’était vraiment impressionnant.

Quel est ton meilleur souvenir avec l’équipe nationale ?

Je pense que c’est le match contre l’Égypte, lors de la demi-finale de la CAN 2012, au Maroc. On était diminué, affaibli, fatigué, personne ne donnait cher de notre peau. De plus l’Égypte avait un très bon effectif comme Ahmed El-Ahmar ou le gardien de but Mohamed Bakir El-Nakib. On a réussi à les  déjouer, en gagnant 26-25. On avait marqué les deux derniers buts dans les 30 dernières secondes alors qu’on était mené 24-25. C’était euphorique !

hand berkous daoud mokrani

La CAN 2012 était une réussite car l’Algérie finie deuxième (finale perdue contre la Tunisie 23-20), mais celle d’après en 2014, à Alger, plus encore ! L’Algérie devint championne d’Afrique. Par contre tu n’y étais pas. Peut-on connaitre la raison ?

C’était une grande déception pour moi. Quand En 2010, L’Algérie a eu l’organisation de la  CAN 2014, c’était devenu un objectif pour moi.  Participer à une telle compétition, devant son public, sa famille ou ses amis, c’est grandiose. Mais à 15 jours du début de la compétition, je me suis blessé au genou. J’ai eu une rupture des ligaments croisés. C’est le Mektoub ! Cette blessure m’a permis d’avoir du recul sur ma carrière, d’y réfléchir plus sérieusement. C’est une expérience traumatisante, mais elle m’a permis de me renforcer mentalement et d’avoir des ambitions encore plus grandes. Je ne serai peut-être pas là aujourd’hui si je n’avais pas eu cette blessure. Un rêve qui ne s’est pas réalisé, par contre un autre rêve, celui de jouer en Europe, s’est concrétisé.

« L’Algérie est connue pour son 3-3, qui est aujourd’hui dépassé dans le handball moderne »

En restant sur le sujet de la coupe d’Afrique, la dernière s’est déroulée en janvier 2020, en Tunisie. Tu y as participé et vous avez fini troisième. Qu’a-t-il manqué à l’Algérie pour battre l’Égypte en demi-finale (défaite 27-30) ?

Tous les matchs, on les joue pour gagner. À chaque fois qu’on rentre sur le parquet, on se donne à fond pour gagner pour l’Algérie. Mais au début de chaque compétition, les objectives des différentes sélections ne sont pas les mêmes. Cela faisait 6 ans, que l’Algérie n’avait pas atteint le podium. Une catastrophe pour le handball algérien. Pour cette compétition nous étions une équipe en reconstruction. Avec l’apport de Tahar Labane, Boudrali ou Alain Portes, on essaye tous d’apporter notre pierre à l’édifice. Au contraire, L’équipe égyptienne est sur sa lancée. C’est une équipe qui travaille sur le long terme et elle est arrivée à cette CAN en pleine possession de ses moyens. C’est toujours la même équipe, cela fait un moment qu’ils sont ensemble. C’est une belle équipe avec des joueurs réguliers. Mais on a pu leur tenir tête, même à les contrarier par certains moments, grâce à nos jeunes et la qualité de nos joueurs expérimentés.

Hand daoud hichem en

Pour toi, que manque-t-il aujourd’hui à l’Algérie pour se hisser encore plus haut et être plus proche du haut niveau africain voir mondial ?

Nous avons de très bons joueurs, et de bons jeunes joueurs qui arrivent. Il nous manque une certaine cohésion qui s’acquiert au fil des années, avec de l’expérience. Malheureusement ça n’arrive pas du jour au lendemain. Il faut aussi que les équipes de jeunes puissent travailler sur un objectif commun et à long terme. Ainsi nous aurons un vivier de joueurs talentueux pour l’équipe A. Il y a aussi la défense qu’on essaye de retravailler. L’Algérie est connue pour son 3-3, qui est aujourd’hui dépassé dans le hand moderne. Il est épuisant physiquement. Aujourd’hui le handball se joue à 7, compact, tous ensemble. Il faut donc changer cela, aussi bien en équipe nationale que dans le championnat. Dans le championnat algérien, Il y a encore des équipes qui jouent toujours en 3-3. Le système de défense 6-0 est nouveau pour eux. Ce n’est pas le système défensif type en Algérie. Dans le secteur offensif, c’est plus l’aspect tactique qu’on travaille. On essaye de reproduire les schémas demandés par l’entraîneur. Par exemple, on essaye de jouer vers les extérieurs, de trouver plus souvent nos ailiers ou bien d’améliorer nos montées de balle, qu’il y ait un soutien plus intensif de la défense avec les attaquants. Tout cela ne pourra être que bénéfique pour notre équipe.

Si je te parle de l’efficacité devant les buts adverse. Qu’en penses-tu ?

Oui bien sûr. Il faut aussi travailler ce secteur, surtout qu’il y a de plus en plus de bons gardiens dans les équipes nationales. C’est vrai qu’on a du déchet sur des situations faciles, on n’arrive pas à être tueur pour creuser l’écart. Lorsqu’on se retrouve dans une bonne situation, aussi bien, sur les tirs à l’aile, qu’en pivot, il faut qu’on ait un pourcentage de réussite plus élevé. Cela se travaille aussi à l’entraînement.

« Alain Portes est un entraineur de haut niveau et de grande valeur qui peut faire évoluer les mentalités en Algérie »

Aujourd’hui c’est Alain Portes qui est le sélectionneur. Qu’apporte-t-il à la progression de notre équipe ?

C’est un entraîneur de haut niveau et de grande valeur. Là où il est passé, il a réussi à gagner des titres. Il apporte un nouveau vent de fraîcheur. C’est un entraîneur français, il apporte donc la culture du handball français, qu’on connaît tous comme performante aussi bien défensivement, offensivement que tactiquement. Il apporte aussi son expérience puisqu’il a été sélectionneur en Tunisie, en France et dans les pays du golfe. Il a beaucoup d’idées qu’il veut mettre en place pour notre équipe nationale. Il a aussi ce regard extérieur sur notre championnat, pour donner des conseils ou bien dénicher des talents que personne n’a encore vu. C’est tout un travail de conseils qu’il peut donner aux équipes du championnat et ainsi faire évoluer les mentalités.

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Justement l’équipe nationale est un regroupement actuellement. Alain Portes a convoqué les joueurs locaux. As-tu des échos des stages ?

Oui j’ai toujours des nouvelles. Cela se passe plutôt bien. Les joueurs avaient hâte de reprendre les entraînements. Comme vous savez, en Algérie, c’est toujours en confinement. Le championnat ou tout simplement les entraînements des clubs n’ont pas encore commencé. Donc il fallait absolument reprendre assez rapidement car le mondial arrive à grands pas. Ils adhèrent totalement au discours du sélectionneur. Ils sont contents de retoucher le ballon, de retrouver le terrain et de préparer sereinement le mondial.

« Contre l’Islande et le Maroc, on devrait avoir de meilleures chances de gagner »

Pour ce mondial, l’Algérie est dans le groupe F en compagnie du Portugal, de l’Islande et d’une vieille connaissance, le Maroc. Quelles sont pour toi les chances de l’Algérie au vu de ce groupe ?

Le Portugal est en pente ascendante. Il s’est beaucoup amélioré ces dernières années. Il vient de finir sixième au dernier championnat d’Europe, en battant notamment la France. Le match contre eux va être très compliqué. Ce qui ne veut pas dire qu’on va baisser les bras. Nous avons de très bons joueurs capables d’exploits. On va se surpasser pour donner la meilleure image possible de l’Algérie. Contre l’Islande et le Maroc, on devrait avoir de meilleures chances de gagner. On se donnera à fond pour avoir le meilleur classement possible. Après c’est à l’entraîneur de donner les objectifs contre les différentes équipes.

La dernière participation à un mondial de l’Algérie, c’était en 2015, au Qatar. Est-ce que tu y as participé?

Oui j’y étais et c’était un vrai cauchemar pour moi. On avait une bonne équipe, on sortait d’une victoire en coupe d’Afrique, qu’on n’avait pas gagné depuis 18 ans. On était encore dans l’euphorie, la tête dans les nuages, on a oublié l’humilité et le but de notre participation. Pendant que les autres progressent, nous, on reste la tête dans les étoiles à ressasser notre victoire. Je me rappelle du premier match contre l’Égypte où on avait perdu par 14 buts d’écart. Cela nous a fait comme un coup de massue et on ne s’est pas relevé par la suite, alors qu’on avait de très bons joueurs comme Mohamed Mokrani, Belgacem Filah ou Abdelmalek Salhdji. Dommage qu’on ait raté cette compétition, je pense que c’est le début de la descente en enfer pour le handball algérien. Aujourd’hui on essaye de remonter la pente et de réparer nos erreurs.

En parlant de compétition ratée, il y a eu la CAN 2018 au Gabon. L’Algérie finit sixième, son plus mauvais classement en coupe d’Afrique. Tu y étais aussi. Raconte-nous tes impressions. 

Le handball africain progresse d’année en année. Alors que nous, on est resté endormi. On faisait appel aux joueurs quelques semaines avant le début de la compétition. Il n’y avait pratiquement pas de préparation. Quand on arrive mal préparé, Il ne faut pas rêver. On ne risque pas de faire des matchs exceptionnels, on risque de perdre contre n’importe qui. C’est ce qui est arrivé lors de cette compétition. Pour ma part j’étais arrivé blessé au quadriceps. On n’arrivait pas à détecter la blessure exacte. Pour ne pas prendre de risques, le coach ne m’a pas fait jouer. Quand on a eu les résultats finaux, on a su que la blessure était anodine. Dommage j’aurais pu jouer. La compétition a été un gros échec dans la continuité du mondial qatari.

« On n’a pas le droit à l’erreur, dès le premier match, contre le Maroc, il faudra absolument gagner »

Penses-tu qu’il y a une relève du handball algérien ?

Oui j’en suis persuadé. Je pense que la génération de l’équipe U21 qui avait joué le mondial des espoirs à Alger est une bonne base de travail. Il y a beaucoup du talent dans cette équipe et il faut en tirer profit. Il y a Hadj-Sadok, Abdi, le gardien Ghedbane, ou encore Zouhir Naïm, le longiligne Kouri Mokhtar a un grand talent. En travaillant, il apportera un grand plus à l’équipe d’Algérie. Pratiquement tous ont intégré l’équipe A, ils leurs restent maintenant à progresser.

daoud handball en alg maroc 2020

On revient à la prochaine coupe du monde, qu’attends-tu, individuellement, de cette compétition ?

Mon attente personnelle ne se dissocie pas de l’intérêt collectif. En continuant à travailler, on ne pourra que s’améliorer et ainsi continuer à participer à toutes les coupes du monde. Il ne faut pas rater celle-ci pour créer un vide encore une fois dans la sélection. Le vide entre plusieurs compétitions ratées alourdit la contre-performance de notre équipe qui retombe dans un sommeil. Il faut réussir cette coupe du monde afin de pérenniser notre réussite à la dernière CAN et donc continuer sur notre lancée. D’autres part, il ne faut pas oublier que notre carrière est courte, si on rate celle-ci, il se pourrait qu’on ne soit pas qualifié pour la suivante et donc ne plus avoir la chance d’y participer. Il faut donc être prêt dès le premier match pour pouvoir faire un résultat bénéfique pour la suite de la compétition. On n’a pas le droit à l’erreur, dès le premier match, contre le Maroc, il faudra absolument gagner. Par la suite si on déjoue l’Islande, on prendra confiance et on n’aura pas à rougir devant le Portugal. Bien qu’on n’ait pas joué de mondial depuis six ans et que certains n’aient pas touché de ballon depuis plusieurs mois, il ne faut pas aller pour découvrir ce tournoi. Il faut y aller pour gagner les matchs. Donc Il faut se préparer sérieusement en jouant des matchs amicaux et ainsi on n’aura pas de surprises.

As-tu une date pour aller rejoindre tes coéquipiers de l’équipe nationale, sachant que normalement, le prochain stage devrait se dérouler en Tunisie ?

Avec la situation sanitaire mondiale, aujourd’hui, nous sommes dans le flou. Les frontières en Algérie sont toujours fermées. On ne sait pas encore si l’équipe pourra se déplacer. Ce qui est sûre, ce sont les dates IHF (fédération internationale de handball). Les prochaines sont au mois de novembre. Donc théoriquement, les professionnels devraient rejoindre l’équipe nationale durant ces dates. Nous sommes toujours dans le doute, mais nous continuons à nous préparer individuellement de notre côté, dans nos clubs. On espère une décantation rapide de la situation afin qu’on puisse se préparer du mieux possible, ensemble sous les couleurs nationales.

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En mars 2021, il y aura aussi une autre compétition pour l’équipe nationale, C’est le tournoi qualificatif aux JO de Tokyo (TQO). Au vu des adversaires, Considères-tu que ce tournoi n’est juste que du bonus pour toi ?

Oui et non. Tout tournoi doit se jouer pour être gagné, et il faut continuer sous cet état d’esprit. Un TQO, j’en ai joué il y a quelques années. On avait affronté entre autre l’Espagne et la Pologne. C’était une découverte pour moi et magique! On avait affronté les meilleurs joueurs du monde. Peut-être qu’on n’aurait pas eu cette chance même en amical. Il faut donc prendre du plaisir à jouer un tel tournoi contre les meilleures équipes du monde (L’Algérie jouera dans le groupe Berlin, contre l’Allemagne, la Suède et la Slovénie).

Revenons à ton quotidien du handball en France. Es-tu en contact avec les joueurs professionnels Algériens du championnat français ?

Oui bien sûr, nous sommes toujours en contact par téléphone ou par les réseaux sociaux. Par exemple dernièrement, j’ai affronté Kader Rahim, à Dunkerque. Nous nous sommes revus et on a discuté ensemble comme de vieux amis. C’était de belles retrouvailles.

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Que penses-tu de la progression d’Ayoub Abdi, à Toulouse ?

Je ne suis pas du tout étonné du niveau qu’il a atteint. On le voyait déjà quand il était plus jeune. Il jouait déjà contre les grands et on se disait que « ce petit » ira loin. Il avait commencé sa carrière professionnelle à Grenoble où ça marchait plutôt bien. Il a eu une mauvaise expérience à Aix-en-Provence. Aujourd’hui, à Toulouse, il sait où il va, il progresse d’année en année dans une équipe compétitive. D’ailleurs il va jouer la coupe d’Europe cette année. Il progressera encore plus au contact des meilleurs joueurs. C’est très bien pour lui.

Merci Daoud Hichem pour ce long entretien. As-tu un dernier mot pour les lecteurs de la Gazette du Fennec ?

Merci de suivre les joueurs professionnels ou amateurs algériens. C’est un réel coup de pouce pour nous. Merci pour vos nombreux encouragements afin que nous puissions réaliser notre but : remettre le handball algérien à la place qu’il mérite.

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