Kader Rahim : “Nous devons tous redorer le blason du handball algérien”

Arrivé jeune en sélection algérienne, Kader Rahim (28 ans) a participé à l’écriture des dernières belles pages du handball algérien, avec notamment le titre de Champion d’Afrique obtenu à Alger en 2014. Depuis cette date, c’est la dégringolade pour l’Équipe Nationale. Le demi-centre de Dunkerque (D1 française) a continué sa progression en retrait des Verts. Il avait notamment fait l’impasse de la dernière CAN 2018 au Gabon avec fracas. L’arrivée du nouveau sélectionneur national, le Français Alain Portes, laisse présager un renouveau tant attendu qui se conjuguera forcément avec le retour de Kader Rahim. Il fait le point pour les lecteurs de La Gazette Du Fennec.

“A 17 ans, c’est moi qui ai tout fait pour aller en sélection algérienne”

LA GAZETTE DU FENNEC : Bonjour Kader, merci de te présenter à nos lecteurs : âge, lieu de naissance, origine en Algérie, club actuel, parcours, sélection (1er sélection, contre qui, à quel âge).

Kader RAHIM : Je suis né le 12 juillet 1990 (28 ans) à Saint-Dizier (région Grand Est, en France). Je suis originaire d’Oran, en Algérie, plus précisément Sid El Bachir. Je joue actuellement à l’US Dunkerque. Auparavant, j’avais joué 5 ans à Nancy où j’ai débuté ma carrière professionnelle, en L2 (j’avais 18 ans). Puis j’ai joué 2 saisons, en 1er division, à Nîmes ; 1 saison à Sélestat (Alsace). Je finis actuellement ma 2ème saison à l’US Dunkerque.

En sélection, j’ai commencé en 2009, les championnats du monde U19 en Tunisie. Quand je signé mon 1er contrat professionnel, c’est moi qui ai tout fait pour aller en sélection. A l’âge de 17-18 ans, j’ai effectué les démarches pour contacter la fédération. Je voulais absolument jouer pour l’Algérie. Après ces championnats en Tunisie, j’ai enchainé avec la CAN U21 au Gabon, puis la coupe du monde U21 en Grèce. Après ce championnat du monde, j’ai intégré l’équipe nationale A.

Nos lecteurs sont plutôt des footeux, peux-tu nous décrire la semaine type d’un handballeur de haut niveau ? Peut-on vivre du hand ?

La semaine d’un handballeur est très intense. Il y a beaucoup d’entrainements. En ce qui me concerne, on s’entraine deux fois par jour les lundi, mardi, vendredi et samedi. Le mercredi c’est le jour du match du championnat donc on s’entraine juste un peu le matin, et le jeudi est consacré à la récupération. Notre seul jour de repos est le dimanche. Il y a de la musculation, des séances vidéo, des déplacements, des voyages. Cela prend beaucoup de temps.

Je suis comme un salarié, lié à Dunkerque. Comme pour les footballeurs professionnels, c’est mon métier, je suis payé à faire du hand. Donc oui, on en vit.

“Je suis épanoui à Dunkerque. Je compte m’y installer durablement”

Comment ça se passe en club cette année (championnat, coupe, personnellement) ?

Cette année en championnat, c’est un peu difficile. C’est une année de transition où l’effectif a beaucoup changé : certains sont partis, des joueurs d’expériences ont pris leur retraite. Ces départs ont été remplacés par des jeunes ou des étrangers qui ne connaissent pas forcement le club ou le championnat. Il y a un manque d’expérience ou de cohésion qui a débouché sur des hauts et des bas en championnat. On va finir entre la 9ème et la 10ème place. A contrario, on se rattrape en coupe de France où nous avons atteint la finale (Défaite 31-21 face à Chambéry, NDLR).

Personnellement, je suis un joueur de métier. Je joue beaucoup, un peu à tous les postes. A la base, je suis demi-centre ou arrière, mais si l’entraineur a besoin de moi sur l’aile, j’y vais. Je suis là pour aider l’équipe, peu importe le poste. Je suis épanoui à Dunkerque où je finis ma 2ème saison.

Comptes-tu rester à Dunkerque l’année prochaine ?

Il me reste encore un an de contrat. On envisage de poursuivre l’aventure avec la direction du club. C’est un bon club, Je me sens bien ici et je compte m’y installer durablement.

Comment sens-tu la finale (interview réalisé avant le match) ?

Cette finale va être très difficile à jouer. On joue contre Chambéry qui est largement favori. C’est une grosse équipe du championnat, il le prouve en étant devant Nantes ou Montpellier, 2ème derrière le PSG. Ils font une grosse saison mais une finale reste une finale. On va la jouer avec toutes nos chances. On va se donner à 200%. On croit en nos chances, en nous. En tant que compétiteur, j’ai envie de gagner cette finale, tous les joueurs de Dunkerque ont envie de gagner. Ce match sera une belle finale.

Y a-t-il une préparation spéciale pour cette finale ?

Pas particulièrement, parce qu’on a un match mercredi (ndlr, le 22 mai – match remporté avec 3 buts de Kader) de championnat. Mais on analyse l’adversaire par de la vidéo, on étudie l’adversaire même si on connait leurs forces et qualités. On se prépare au mieux pour arriver frais et jouer une belle finale.

“Le sacre lors de la CAN 2014 à Alger, c’était fabuleux”

Revenons à l’Équipe Nationale, combien de CAN as-tu joué ? Ton meilleur souvenir ?

J’ai joué 1 CAN chez les jeunes et 3 CAN avec les A. On peut aussi ajouter les 2 championnats du monde chez les jeunes et 2 autres avec les A. Ce sont de merveilleux souvenirs, surtout quand on connait l’attachement du public algérien envers la CAN. Le meilleur souvenir est incontestablement la CAN 2014 et le sacre à Alger. C’était fabuleux.

C’est une histoire d’amour entre Rahim et la CAN, pourtant tu n’as pas participé à la dernière, pourquoi tu n’es pas parti au Gabon ?

Effectivement à chaque fois que j’étais disponible et frais, je suis venu en sélection. J’ai juste raté la coupe du monde 2015, l’année où j’ai été blessé. Cette année-là j’ai fait une année blanche.

Pour la CAN au Gabon, je ne me suis jamais caché. Je me suis exprimé plusieurs fois sur le sujet. C’était un désaccord sur le fonctionnement et le déroulement du stage, avec le staff et surtout le coach de l’époque. Ma conception du travail et de l’organisation de préparation d’une compétition internationale, qui se faisait en France et en Europe, était à l’opposé de la sienne. On était en désaccord donc j’ai préféré me retirer avant la CAN et laisser les gens qui étaient en accord avec lui, travailler sereinement. J’étais triste de quitter l’équipe, je n’ai jamais raté de telle façon une compétition. D’autant plus que la coupe d’Afrique me tient à cœur.

As-tu été surpris du résultat de l’Algérie (plus mauvais résultat de son histoire avec une 6ème place) ?

J’ai été surpris par rapport aux résultats. Quand j’ai vu qu’ils ont obtenu le pire résultat de l’histoire de l’Algérie en CAN (6ème) bien sûr que j’étais surpris. Mais quand on y réfléchit bien, au final non, je ne suis pas surpris. Cette équipe a longtemps été oubliée, laissée de côté. De plus quand j’ai vu que l’équipe a été reprise par le coach qui était en place, je me suis dit que l’avenir s’annonce difficile. Le travail, l’organisation, le fonctionnement n’étaient pas en adéquation avec les compétitions internationales. L’approche des compétitions, l’analyse des matchs ne sont pas de qualité. J’ai été déçu parce que les joueurs sont des amis, des frères. J’ai eu beaucoup de peine pour eux et pour le handball algérien en général.

“Les autres pays travaillent. En Algérie, on vit sur notre vécu…”

Depuis le sacre en 2014, l’Algérie ne fait que régresser, quels sont les causes pour toi ?

A partir du jour du sacre, il fallait redoubler d’efforts dans le travail, la formation, l’organisation de l’équipe A. Il n’y a pas eu de planification ou de continuité dans le travail. Il aurait fallu avoir un vrai projet de continuité entre 2014-2018. Mais il n’y a pas eu de suivi. C’est une vraie déception pour moi. Le mondial au Qatar est un vrai gâchis. J’étais blessé, on finit dernier du mondial et derrière c’est la dégringolade. Il n’y a pas de secret dans le sport de haut niveau : si on veut réussir c’est le travail. Les nations africaines, asiatiques ou d’Amérique du sud progressent fortement. On voit l’exemple du Brésil au dernier mondial. Tout ce monde progresse, mais nous, on vit sur notre vécu. Ce n’est pas parce qu’on s’appelle l’Algérie qu’on sera toujours sur le podium de la CAN ou qualifié en coupe du monde. Au bout d’un moment, nous sommes rattrapés parce que les autres travaillent, se perfectionnent dans les méthodes de travail ou de préparation. Ces pays, qui émergent, envoient tous leurs meilleurs joueurs dans les championnats européens. Ils progressent au contact du haut niveau puis font bénéficier leur sélection. Au moment de notre sacre, je pensais qu’on allait passer un cap grâce à de nouveaux moyens financiers ou infrastructurels, un peu comme l’équipe d’Algérie de football qui a eu son centre d’entrainement. Mais le handball algérien n’a pas su passer ce palier. Il ne faut pas se le cacher, l’équipe a été oubliée pendant plusieurs années.

Justement, un nouveau sélectionneur vient d’être nommé, le français Alain Portes, tu en penses quoi ?

Je le connais bien. Il a été longtemps coach à Nîmes, là où je suis passé. Je l’ai connu aussi quand il était sélectionneur de la Tunisie. Nous avons toujours eu de bons échanges. C’est une personne expérimentée, qui a travaillé avec succès dans le monde du handball (France, Tunisie, Qatar). En club ou en sélection, filles ou garçons, il a toujours effectué un travail de qualité.

Dans une interview récente, il dit vouloir remotiver beaucoup de joueurs, est ce qu’il t’a contacté ? Que lui dirais tu s’il te demande de revenir ?

Cela fait plusieurs mois qu’il est en discussion avec la fédération. Pendant ce temps-là, il m’avait contacté et on en a discuté. Il voulait savoir mes projets avec l’équipe nationale. J’ai envie de travailler avec de telle personne. S’il me convoque, c’est avec plaisir que je reviendrai en équipe d’Algérie.

“Bi-nationaux ou locaux, il faut juste prendre les meilleurs. Nous sommes des Algériens à 100%

Il veut aussi entrer en contact avec des binationaux pour renforcer l’équipe nationale. Notamment ton coéquipier en club, Samir Bellahcène, le gardien de but. Penses-tu que Samir va accepter (il est convoité par l’Équipe de France) ?

Par rapport à Samir, je ne sais pas. Il faudra qu’ils discutent entre eux. Pour l’instant, je m’occupe de moi-même. Mais au-delà de cette idée, il faudrait que les gens comprennent que ce n’est pas une question de binationaux ou locaux. Pour avoir la meilleure équipe possible, il faut juste prendre les meilleurs joueurs. Si les meilleurs sont des binationaux alors il faudra sélectionner des binationaux, mais si les meilleurs sont des locaux, alors il faudra sélectionner des locaux. Mais, pour moi, le meilleur compromis possible, il faut un mélange des meilleurs locaux et des meilleurs d’Europe. D’autant plus, quand nous sommes en sélection, on ne se voit pas binationaux ou locaux. Nous sommes des Algériens. Souvent la presse fait la distinction, ce qui est une erreur. Nous sommes des Algériens à 100%. Nous jouons tous pour le même drapeau, le même maillot. Après il ne faut pas non plus se  mentir, les championnats européens sont supérieurs à celui de l’Algérie. Mon rêve est que tous les meilleurs joueurs algériens viennent en Europe pour se perfectionner. Ainsi la sélection en profitera.

Abdelkader Rahim (Selestat) handball

Y a-t-il d’autres potentiels binationaux qui pourraient aider l’Équipe nationale ?

Oui il y en a beaucoup. S’il faut en citer quelques un : Hichem Daoud (Istres), Hichem Kâabache (Pontault-Combault, Nîmes), les 2 frères Bellahcène (Dunkerque et Massy), Mike Brasseleur (Nîmes, de mère algérienne), Walid Badi et Antonin Mohamed (Ivry), Khelifa Ghedbane (Vardar Skopje – qualifié pour le finale four de la ligue des champions), Ayoub Abdi (Grenoble). Le principal but est qu’Alain Portes puisse avoir un noyau de 20-25 joueurs de haut niveau. Ainsi il y aura une bonne concurrence qui permettra d’avoir une équipe compétitive.

“J’ai très envie de rejouer une Coupe du Monde avec l’Algérie”

Deux des principaux objectifs de Alain Portes sont la CAN 2020, en janvier prochain, en Tunisie, et la qualification au mondial 2021, en Égypte. Tu penses qu’on sera capable de le faire ?

Oui bien sûr. L’objectif est clair : effectuer le meilleur parcours possible en Tunisie pour se qualifier à la coupe du monde. J’ai très envie de rejouer une coupe du monde avec l’Algérie.

As-tu joué des coupes du monde ?

J’ai joué 2 coupes du monde : 2011 et 2013. Ma première, à 21 ans, en Suède, en 2011. C’était des souvenirs fabuleux. On avait battu la Roumanie, longtemps accroché des équipes comme la Croatie ou le Danemark. On avait perdu de 1 but, en fin de match contre la Serbie. Donc l’objectif est de rejouer de tels matchs  et donc de remettre l’Algérie au niveau des meilleures équipes au monde.

Notre dernière coupe du monde était en 2015, penses-tu que l’Algérie peut retrouver son lustre d’antan ?

Je l’espère du fond du cœur. J’ai hâte d’être au 1er regroupement d’Alain Portes. J’ai hâte de voir ce nouveau collectif. Par contre, il faudra une réelle motivation générale : des joueurs (on doit redorer notre blason), du staff et de la fédération. Il faut redonner du plaisir aux supporters. Je sais qu’ils continuent de nous suivre. Je reçois toujours des messages via les réseaux sociaux. J’ai envie de leur redonner plaisir et de leur faire revivre de belles émotions. A nous de nous rattraper.

Revenons à Kader Rahim, suis-tu le hand algérien voir africain ?

Oui bien sûr. J’ai des amis qui jouent dans ce championnat. Je suis leurs résultats. Je sais que le GSP gagne toujours autant de titre, je sais que Skikda ou Ain Touta sont de belles équipes. Derrière le GSP, le championnat est assez homogène avec de bonnes équipes. Je découvre à chaque fois de jeunes joueurs de 17-20 ans. Ces jeunes-là, j’ai envie de les aider afin qu’ils intègrent le milieu professionnel européen. En se frottant à ce haut niveau, ils pourront améliorer leurs talents et encore une fois, faire bénéficier l’équipe nationale.

“A 28 ans, je n’ai qu’une envie, c’est d’en profiter au maximum”

Combien de temps se donne encore Kader Rahim à haut niveau ?

J’ai 28 ans, je suis dans la force de l’âge. Je ne me donne pas de limite. Au handball, on peut jouer plus longtemps que le football, par exemple. J’ai qu’une envie, c’est d’en profiter au maximum, Inchallah.

Merci beaucoup pour cet entretien. Je te donne RDV le 25 mai prochain à l’Aréna de Bercy. Je serai présent pour te supporter avec un groupe de jeunes. Un dernier mot pour les lecteurs de lagazettedufennec.com ?

J’espère qu’on va revenir au plus vite au-devant de la scène, rendre fier les Algériens. En attendant le handball algérien, il y a une belle coupe d’Afrique de football qui arrive. Je suis un grand fan de football, je serai le 1er de leur supporter. Comme beaucoup d’Algériens, je serai derrière eux. Comme à chaque fois que les Verts jouent une grande compétition, on vibre, on a beaucoup de frissons. Un grand bonjour à tous les handballeurs algériens qui nous suivent. Merci de tous vos messages. Un grand bonjour aux gens d’Oran, au club de hand d’Oran, le MCO. Il y aura les Jeux Méditerranéens en 2021 à Oran, j’espère y venir et rencontrer les handballeurs d’Oran.

Interview réalisée par Fateh Le Coach pour La Gazette Du Fennec


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