Pour La Gazette du Fennec, Nassim Amessis (17 ans) se livre en exclusivité. Empêché d’intégrer le centre de formation de Bordeaux il y a quelques années à cause de la rétrogradation administrative du club, ce jeune milieu de terrain francilien de la JA Drancy n’a jamais rien lâché. Très attaché à l’Algérie, il vient tout juste de signer à Montpellier, et revient sur son parcours sans filtre !
Bonjour Nassim, félicitations pour ta signature à Montpellier. Comment cette décision a-t-elle été prise ?
C’était une proposition que je ne pouvais pas refuser. Quand on reçoit une proposition d’un club comme Montpellier, forcément, ça fait plaisir, surtout après toutes ces années de travail. Et avec ce qui s’est passé à Bordeaux, j’ai su rebondir.
Avant de rejoindre Montpellier, d’autres clubs étaient-ils sur les rangs pour te recruter ?
Honnêtement, je ne me suis pas vraiment penché sur la question. J’ai enchaîné quelques essais et il y a eu un ou deux clubs intéressés mais c’est ma famille qui s’occupait de ça.
Montpellier évolue actuellement en Ligue 2 française, c’est un club qui a une appétence pour lancer les jeunes, comment on t’a présenté les choses ?
C’est exactement ça. C’est un vrai projet de formation, on me l’a présenté comme ça dès le départ, donc maintenant il va falloir que je sois performant pour atteindre le niveau attendu. C’est à moi de mettre tous les ingrédients de mon côté pour y arriver.
Et en ce moment, qu’est-ce que tu fais de ce temps libre ? Comment se passent tes vacances ?
J’en profite pour souffler un peu, je suis en Algérie en ce moment avant de reprendre l’entraînement la semaine prochaine, dimanche prochain normalement (ndlr: interview réalisée le 11 juillet), avec les U19.
“Quitter sa famille n’est pas facile mais ça forge !”
Tu sais déjà avec quelle équipe tu commenceras la saison ?
Ça dépendra de mon niveau durant la préparation. Je pourrai commencer avec les U19 ou avec la réserve, on verra bien.
Partir dans le sud, loin de chez toi, est-ce que c’est quelque chose que tu appréhendes ?
Un peu, c’est vrai, quitter sa famille ce n’est jamais facile. Mais j’ai déjà un peu d’expérience avec mes deux ans au Pôle Espoirs de Reims, cela m’a forgé et c’est des épreuves que je suis obligé de surmonter pour arriver au bout.
On va évoquer maintenant ton parcours, tu commences à l’Espérance Paris 19e (anciennement l’Espérance arabe).
Oui, mon père est là-bas depuis très jeune plus de 20 ans, il y a été joueur, éducateur et entraîneur très longtemps. Donc c’était logique de commencer là-bas à 6 ans.

Jusqu’à quel âge à l’Espérance ?
Jusqu’à 12 ans.
Ensuite tu as rejoint quel club ?
Juste après l’Espérance, je suis parti au FC93, j’y ai fait une bonne saison, et derrière Bordeaux m’a proposé un contrat que j’ai signé.
Pourquoi Bordeaux à cet âge-là ?
C’était un club qui me convenait bien, et ils m’ont clairement montré que j’étais une priorité pour eux. Ça compte beaucoup à cet âge-là de se sentir voulu comme ça. Forcément, ça m’a plu, et j’ai accepté avec mes parents la proposition.

Et concernant le contrat, on te propose quoi ?
C’était un contrat de cinq ans, deux ans d’ANS et trois ans aspirant.
” J’étais très déçu de ne pas avoir pu rejoindre le centre de formation de Bordeaux mais j’ai su me relever !”
Finalement tu n’intègreras pas le centre de formation ?
Non, je ne suis jamais rentré dans la structure là-bas. Sur mes deux saisons d’ANS, je faisais les tournois auxquels le club était engagé, et à certains moments, pendant les stages, j’allais là-bas, j’ai même fait mon stage de troisième sur place. En réalité, c’était un suivi avant l’intégration au centre.
Après, on connaît tous l’histoire : le club est rétrogradé en quatrième division. Qu’est-ce que ça t’a fait à ce moment-là, toi qui étais très jeune ?
Un moment triste, je me voyais aller loin avec eux. Forcément, quitter un club où on avait un bon projet, c’était dur. Après, il a fallu garder le mental et savoir se relever.
Tu as aussi eu l’occasion de côtoyer l’ancien international français Rio Mavuba durant cette période. Raconte-nous, qu’est-ce qui t’a marqué chez lui ?
Pas forcément quelque chose de précis qui m’a marqué, mais c’est un très bon coach. Très gentil, il donnait de bons conseils, y compris sur l’hygiène de vie, il continue de s’entraîner lui-même donc on est forcément obligés de l’écouter. Il force le respect, autant par sa carrière que par son rapport humain avec les joueurs, il n’était jamais dans le jugement, toujours dans le conseil. À chaque fois qu’il discutait avec nous, on sentait vraiment le formateur en lui.

Et après, c’est quoi la suite ?
Pour resituer un peu mon parcours : j’étais en U13 au FC93, c’est là que j’ai signé mon ANS avec les Girondins de Bordeaux. L’ANS dure deux ans (U14-U15). Ensuite, j’ai rejoint l’US Villejuif lors de mon année U14, puis la JA Drancy en U15.
À la fin de cette saison, j’aurais dû intégrer le centre de formation de Bordeaux, mais à la suite de la fermeture du centre, je suis finalement resté à Drancy pour mes années U16 et U17.
En U16, j’étais surclassé avec les U17 Nationaux, avec lesquels j’ai participé à au moins la moitié des rencontres. J’ai ensuite réintégré le groupe U16, car l’équipe jouait la montée en U16 R1, une montée que nous avons finalement validée.
Cette saison avec les U17 Nationaux, je pense avoir réalisé de très bons matchs et une grosse saison. J’ai également été régulièrement surclassé avec les U18 R1, avec lesquels nous jouions la montée en U19 Nationaux. Malheureusement, il nous a manqué très peu de choses pour atteindre cet objectif.
J’aurais aimé quitter le club en ayant participé à cette montée en U19 Nationaux, mais je reste également très satisfait du parcours de notre équipe U17, qui a terminé à une troisième place historique pour le club dans ce championnat.
“A Reims, j’ai appris à être autonome et m’habituer au rythme d’un centre de formation”
Le Pôle Espoirs de Reims, comment ça s’est fait ?
Pendant les tours de Clairefontaine, je suis allé jusqu’au dernier tour. Le coach du pôle de Reims est venu observer pour voir s’il y avait des joueurs qui l’intéressaient, j’ai tapé dans l’œil, j’ai été pris.

Et tu les rejoins pour combien de temps ?
J’ai fait deux ans à Reims, en 4e et 3e.
C’est un autre contexte étant donné que c’est un pôle. Qu’est-ce que ça t’a apporté de différent dans ta compréhension du football ?
Lors des tours de détection de Clairefontaine, je suis allé très loin. Le directeur du Pôle Espoirs de Reims venait souvent observer des joueurs lors des derniers tours. J’ai alors été redirigé vers le Pôle Espoirs de Reims, où j’ai finalement été retenu. J’ai appris plus tard que je faisais partie des joueurs qui avaient particulièrement retenu l’attention du directeur, Monsieur Gilles Thieblemont. D’ailleurs, il m’a envoyé un message pour me féliciter lors de ma signature à Montpellier, preuve de l’attention qu’il porte aux joueurs qui passent entre ses mains.
Le niveau en U17 National, comment tu le voyais ?
Très bon niveau, ce sont les meilleures équipes de France, mais je m’y trouvais largement à ma place.
” Smail Belkhedra m’a énormément soutenu”
Tu étais surclassé, comment ça se passait physiquement face à des joueurs plus âgés ?
J’étais bien, pas si mal que ça, même s’il restait du travail, ce qui est normal, il y en a toujours. Et vu que c’était face à des joueurs plus âgés, il fallait que je me forme un peu plus vite que les autres. Mais globalement, ça se passait bien.
Avec tout ce parcours, Paris 19e, Villejuif, Drancy, Bordeaux, Reims, quel club t’a le plus appris ?
Forcément, c’est l’Espérance Paris 19e. C’est en école de foot que j’ai tout appris : les bases, les premiers pas en compétition. C’est la fondation de tout le reste.
Quand je fais des interviews avec de jeunes joueurs, il y a souvent un éducateur ou un formateur qui les a marqués. Pour toi, ce serait lequel ?
J’ai eu la chance de côtoyer et de connaître de très bons entraîneurs. Dire que l’un d’eux m’a plus marqué qu’un autre ne serait pas vrai. En revanche, je retiendrai particulièrement mes deux derniers coachs à Drancy. D’abord Smail, qui m’a fait confiance pendant plus de deux saisons en me faisant jouer avec les U17 Nationaux alors que je n’étais encore qu’U15. Ensuite, Gaoussou, entraîneur des U18 R1 cette saison à Drancy. Ancien joueur passé par un centre de formation, il m’a beaucoup conseillé grâce à son exigence, son côté strict, ainsi que sa vision du football. Il m’a notamment appris l’importance de l’engagement, de l’agressivité et de la rigueur sur le terrain.

Côté stats, c’est quoi ton bilan cette saison ?
Sur les matchs officiels, c’est un peu plus de dix buts et quasi pareil sur les passes décisives, et si on compte les matchs amicaux, je dois tourner autour d’une vingtaine de buts sur l’ensemble de la saison.
“Je suis ambidextre, j’ai un jeu imprévisible”
J’ai appris en préparant l’interview que tu poursuis des études en parallèle ?
Oui, c’est obligatoire. En cas de blessure, il faut toujours un plan B. Je suis en filière STMG, management, au lycée, et j’essaie de mener les deux de front sérieusement.
Comment tu te décrirais comme joueur ?
Un joueur très habile avec le ballon, avec des qualités techniques au-dessus de la moyenne. Il reste encore une marge de progression physique, mais je suis honnêtement assez prêt. Je pense être un joueur capable de répéter les efforts et d’aller loin. Au-delà de la technique, on me dit souvent que je suis un joueur imprévisible, capable de choses auxquelles on ne s’attend pas.
Une qualité qui te définit particulièrement ?
Ma prise de balle est souvent orientée vers l’avant, ainsi que ma qualité de passe, de frappe et ma capacité à conserver le ballon. Je suis quasiment ambidextre, ce qui m’aide énormément. D’ailleurs, sur mes onze ou douze buts cette saison, la moitié ont été marqués du pied gauche. Mon surnom dans l’équipe était « le gaucher », tant je marquais de ce pied. J’ai d’ailleurs inscrit mon plus beau but de la saison en U18 grâce à un enroulé du pied gauche, à l’entrée de la surface (18 mètres), qui a terminé dans la lucarne opposée.
Tu es franco-algérien, né en France. Comment tu décrirais ton lien avec l’Algérie ?
Un lien trop puissant, indescriptible, un lien d’amour et de fierté. Être algérien, comme le dit Slimani, ce n’est pas donné à tout le monde. (rires)
“Si tu hésites à choisir l’Algérie c’est qu’au fond tu n’es pas convaincu !”
Tu as l’occasion d’y aller souvent ?
Très souvent depuis petit, ma mère m’y emmenait, c’était presque une obligation. Et j’ai passé mes meilleures vacances en Algérie, notamment quand je suis parti à Alger, dans le désert.
Ta ville d’origine ?
Seddouk, wilaya de Béjaïa. Je suis de Kabylie
Tu as grandi en regardant les Verts. C’est quoi ton premier souvenir d’un match des Fennecs ?
Algérie-Allemagne 2014. J’ai fini le match en pleurs, on a perdu. Le lendemain, à l’école, j’avais quand même mis le maillot. J’étais content quand même, on est l’équipe qui leur a posé le plus de problèmes.
Récemment, avec les Verts, il y a eu quelques joueurs dont certains supporters n’ont pas apprécié le comportement, notamment leur manière de faire durer le suspense avant de trancher. Quel est ton regard sur ce genre d’attitude, quand un joueur tarde à choisir l’Algérie ?
Quand tu as deux choix, la France ou l’Algérie, si tu hésites, c’est que t’es pas convaincu. Et si tu pars de cet état d’esprit là, forcément, tu ne peux pas être très bon en jouant si tu n’as pas cette détermination. Je préfère qu’ils le disent directement.
“C’est mon père qui m’a appris le football”
Tu as le même avis qu’un certain Islam Slimani ..
Oui, exactement. Lors de son interview avec Smail Bouabdellah, il a parlé de Yacine Adli en disant que c’est un homme, car il a assumé pleinement son choix.
Concernant la Coupe du monde qui se joue actuellement, à titre personnel, comment tu voyais les chances de l’Algérie ?
Je ne voyais pas l’Algérie gagner la Coupe du monde, il y avait de très belles équipes, mais je pensais qu’on allait atteindre les quarts ou huitièmes de finale, car on avait les joueurs pour ça.
Ta vision pour intégrer un jour l’équipe A ?
Tout donner, travailler, faire mon maximum pour atteindre ce niveau. Inch’Allah.
Je pense à Thierry Henry, qui disait que son père était très dur avec lui quand il était jeune. Toi, ton père était comment avec toi ?
Il était vraiment bien, je vais pas mentir sur lui. Il était dur sans être dur, il me disait ce que je faisais mal, et ça m’aidait à être meilleur. Il m’a toujours laissé la liberté, il ne m’a jamais forcé !
Si tu devais adresser un message à ceux qui t’ont accompagné jusqu’ici, ta famille, tes proches, tes formateurs, tu dirais quoi ?
Un grand merci à ceux qui ont cru en moi du début à la fin, sans jamais abandonner. Et pour ma famille, merci aussi. Depuis tout bébé, ils m’ont toujours accompagné peu importe les trajets et un petit clin d’œil à mon père aussi, car au début, c’est lui qui m’a appris le football.
