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Taoufik Makhloufi : “Je veux juste retourner dans mon pays”

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Alors que des mauvaises langues ont tenté de manipuler l’opinion public pour expliquer que Taoufik Makhloufi vivait son isolement en Afrique du Sud dans des conditions paradisiaques, le champion olympique algérien a livré sa version dans un excellent entretien accordé à nos confrères de Liberté. Comme à son habitude et avec son franc parlé, l’athlète de 32 ans a remis tout le monde à sa place ! Sacré Makhloufi ! 



Bloqué en Afrique du Sud depuis cinq mois, le champion olympique lance sans cesse des appels pour qu’on puisse le rapatrier dans son pays. Il se sent comme abandonné. À Liberté où il se confie en exclusivité, Makhloufi raconte son calvaire et s’en prend aux dirigeants sportifs. “Je veux juste une place dans un avion”, réclame-t-il.

Liberté : Tout d’abord, Taoufik comment allez-vous en Afrique du Sud, en pleine pandémie de coronavirus ? 

Taoufik Makhloufi : Je vais bien, elhamdoulillah. Dans les conditions que tout le monde connaît, c’est-à-dire loin de mon pays depuis bientôt cinq mois, loin de ma famille et en pleine pandémie de coronavirus. Au fait, je ne fais pas grand-chose mis à part entretenir ma forme physique à travers un footing quotidien. Je suis hébergé dans un hôtel pas loin de Johannesburg en attente d’un éventuel rapatriement que je souhaite le plus tôt possible. Je ne vous cache pas que sur le plan psychologique, je suis largement atteint, je vis très mal cette situation inédite. Du coup, j’ai du mal à me concentrer sur le travail. Ma famille me manque énormément. Je fais preuve grâce à Dieu de patience en espérant que le cauchemar prendra fin rapidement.

Justement, revenons si vous le voulez bien sur les conditions de votre blocage en Afrique du Sud. Comment cela s’est-il produit en fait ?

En vérité, début mars, je suis arrivé ici en Afrique du Sud précisément dans la ville Potchefstroom pour un stage de préparation en vue des Jeux olympiques de Tokyo qui ont été reportés un peu plus tard en raison de la pandémie de coronavirus.
Du jour au lendemain, en raison de cette maladie, les autorités sud-africaines ont fermé l’espace aérien et ordonné un confinement général. En compagnie de mon entraîneur Philippe Dupont et des athlètes qui étaient avec moi, nous avons eu juste le temps de rallier la ville de Johannesburg afin d’être le plus proches possible d’un aéroport dans l’espoir de trouver, tout de même, un vol.
Cependant, une fois à Johannesburg, les autorités m’ont obligé à rallier un hôpital de fortune où je suffoquais de chaleur, pour effectuer des tests habituels de la pandémie. Heureusement qu’au bout de 48 heures, le résultat s’est avéré négatif. J’ai été donc libéré. Suite à quoi, j’ai réservé une maison via l’application airbnb où je loge depuis la fin mars dernier.

« Je ne me plains de rien. Je ne suis pas abandonné, mais je suis seul à l’étranger et je souffre d’isolement et d’éloignement »

Pourtant, certains affirment ici que vous logez dans une villa luxueuse avec piscine et jacuzzi…

Je dénonce ce genre de propos et d’affirmations maladroites qui sortent de cercles bien connus, qui veulent aujourd’hui justifier leur incompétence. Comme je viens de vous l’expliquer, je suis seul dans un petit appartement, et franchement je ne m’en plains pas. Le problème ne réside pas dans les conditions d’hébergement que j’ai moi-même choisies, mais dans le fait d’être seul à l’étranger sans aucune information par rapport à la date de mon retour, alors que je suis parti en mission à l’extérieur du pays pour un stage de préparation en vue des jeux Olympiques. En fait, ces personnes-là, malintentionnées, ont également dit à travers certaines stations de radio et les réseaux sociaux que je suis accompagné d’un cuisinier et d’un kiné spécial. C’est faux ! Pendant tout le mois de Ramadhan, j’ai préparé les repas moi-même, et encore une fois je ne me plains de rien. J’ajoute une chose : je ne manque pas aussi d’argent, puisque le ministère de la Jeunesse et des Sports a signé ma dotation en devises avant mon départ pour l’Afrique du Sud. Je ne suis pas abandonné, mais je suis seul à l’étranger.

Vous dites que vous êtes seul. Pourtant, à votre arrivée, il y avait votre entraîneur et des athlètes avec vous… 

Ces athlètes et mon entraîneur qui sont des étrangers, grâce aux efforts de l’ambassade de France, ont trouvé des vols pour regagner leur pays. Même les athlètes tunisiens qui étaient bloqués avec moi ont réussi à rejoindre la Tunisie. Quant à moi, je continue à patienter afin de revoir mes amis et ma famille. C’est aussi simple que ça.

Avez-vous trouvé de l’assistance de la part de l’ambassade d’Algérie en Afrique du Sud ?

Oui. Lors de mon court séjour à l’hôpital, les responsables de l’ambassade ont demandé à un expatrié algérien établi ici à Johannesburg de m’aider. Il a mis à ma disposition de l’eau et de la nourriture. J’ai été aussi invité une fois à une collation au siège de l’ambassade, mais tout cela est pour moi secondaire. Ce que je veux, c’est quitter l’Afrique du Sud et revenir dans mon pays. Qu’on se le dise, qu’on se cache pas derrière ces marques de soutien.

« Je ne réclame aucune favoritisme, je me considère comme tout citoyen algérien bloqué à l’étranger en raison de la crise sanitaire »

Suite à votre message sur twitter où vous dénonciez votre situation d’abandon en Afrique du Sud, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid-Ali Khaldi, a réagi, affirmant qu’il est en contact permanent avec vous et que l’État fera tout pour vous rapatrier…

Effectivement, j’ai eu des communications téléphoniques avec M. Khaldi. La dernière en date remonte au 4 juillet. J’ai également parlé au téléphone avec Nouredine Morceli. Je les remercie pour leur soutien moral, mais cela ne m’avance en rien dans ma situation. Je suis toujours bloqué à Johannesburg, loin de ma famille. Vous pouvez m’appeler 100 fois par jour comme du reste vous le faites vous-même, mais dans ma tête je ne suis pas bien, je souffre de l’isolement et de l’éloignement. Celui qui prétend m’aider n’a qu’à me trouver un vol, c’est aussi simple que ça. Je veux aussi préciser une autre chose : je ne réclame aucune largesse, aucun favoritisme, je me considère comme tout citoyen algérien bloqué à l’étranger en raison de la crise sanitaire. Nous avons tous le droit d’être rapatriés le plus tôt possible. Ma mission est de me préparer dans les meilleures conditions, de travailler d’arrache-pied pour gagner des titres et des médailles pour mon pays, comme je l’ai fait auparavant, notamment lors des JO de 2012 et 2016. Le reste relève de la responsabilité de la fédération et du ministère de la Jeunesse et des Sports. Que chacun assume ses responsabilités.

Justement, avez-vous été contacté par le président de la fédération, M. Dib ?

Le président m’a contacté durant mon séjour à l’hôpital, mais en général, c’est le directeur technique de la fédération qui prend attache avec moi.

Et Mme Salima Souakri, nouvellement désignée ministre déléguée au Sport de haut niveau ?

Non, Mme Souakri ne m’a pas contacté.

« Je n’ai jamais réclamé un jet privé ! Les Algériens doivent savoir qu’il existe des énergumènes qui ne cherchent pas le bien de ce pays »

Est-il vrai que vous avez réclamé un avion spécial ou un jet privé pour vous rapatrier ?

Excusez-moi de l’expression mais c’est de la foutaise, c’est du n’importe quoi. J’ai juste réclamé une petite place dans un avion pour regagner mon pays, comme l’ont fait d’ailleurs les athlètes français, tunisiens et d’autres nationalités. Ceux qui colportent ce genre de ragots veulent en fait porter atteinte à mon image. Certains d’entre eux l’ont déjà fait avant les JO de 2012 et de 2016.
À chaque fois ils ont essayé de profiter de certaines situations pour dresser devant moi des entraves. Sans doute pour me décourager, mais Hamdoulah à chaque fois, c’est Taoufik Makhloufi qui revient seul en Algérie avec une médaille olympique. Lors de ces deux compétitions d’envergure mondiale, je suis le seul à avoir hissé haut les couleurs nationales.
Cela personne ne peut l’effacer. Makhloufi fait partie de l’histoire de l’athlétisme algérien. Je suis entré par la grande porte grâce à mes sacrifices mais aussi aux moyens mis à ma disposition par l’État algérien. Je ne renie rien du tout mais les Algériens doivent savoir qu’il existe des énergumènes qui ne cherchent pas le bien de ce pays.

Vous avez sans doute eu écho du coup de gueule de la tenniswoman Ines Ibbou et de Larbi Bouraada….

Je pars du principe que tout athlète algérien a le droit de revendiquer ses droits, de réclamer des conditions de préparation et de vie décentes. Je me réjouis aussi que l’État réagisse promptement et réponde à leurs doléances. Pour Bouraada, je suis effectivement triste qu’on en arrive là pour un athlète qui a honoré son pays et qui peut encore le faire. La fédération a le devoir d’offrir les meilleures conditions à ses athlètes.
Elle doit défendre les athlètes algériens notamment ceux qui préparent des échéances internationales. Elle doit le faire auprès des instances de l’État et non pas se faire l’écho des explications du MJS comme cela s’est fait pour moi avec les précisions du ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid Ali Khaldi, qui ont été publiées à mon sujet sur sa page Facebook et qui ont été répercutées sur la page de la Fédération d’athlétisme. J’aurais voulu que le président de la fédération monte au créneau pour défendre tous nos droits et ne pas faire profil bas. Quand on est président de la fédération et qu’on a tout fait pour accéder à ce poste, il faut savoir se montrer à la hauteur de la responsabilité. Je veux ajouter une chose.

Allez-y… 

Nous parlons là du sport de haut niveau qui nécessite de grands moyens. Ce n’est pas facile d’arracher une médaille olympique. À mon sens, les moyens mis à la disposition des sportifs de haut niveau ne doivent pas être les mêmes pour tout le monde. Chacun a un rang et des exigences définis par les résultats réalisés sur le plan mondial.
Je veux bien que l’État aide tous les athlètes, mais il faut aussi récompenser d’abord le mérite. Encore une fois, je ne cherche pas à faire parler de moi ou à me rendre hommage, mais certains tentent d’oublier que sur les 39 athlètes qualifiés aux jeux Olympiques de 2012 et les 60 (il y avait l’équipe du football) en 2016, il n’y a que Makhloufi qui est revenu avec une médaille dans ses bagages. À ce moment-là, tout le monde s’est caché derrière ma performance. Elle a servi d’alibi pour certains. Je ne veux plus cautionner ce genre de fuite en avant.

« Je reste toujours assoiffé de titres et de performances mais dans l’immédiat, je veux juste rentrer chez moi… « 

Pensez-vous être capable de tourner encore une fois la page et vous consacrer à la préparation des Jeux méditerranéens et des jeux Olympiques ?

Franchement, je ne vous cache pas que ma seule préoccupation dans l’immédiat est de rentrer chez moi pour revoir ma famille. J’ai besoin de cela pour me ressourcer. Il me faudra certainement une période de repos. Mais il est clair qu’il faudra établir, en concertation avec la fédération et le MJS, un nouveau plan de préparation pour ces deux compétitions internationales.
J’ai perdu trop de temps et on ne peut pas dire actuellement que j’effectue une préparation digne de ce nom. Mais Makhloufi reste toujours assoiffé de titres et de performances. Je sais que demain, j’oublierai tout pour tenter une nouvelle fois d’engranger le maximum de titres et de médailles pour l’Algérie. Dans l’immédiat , je veux juste rentrer chez moi…

Pas de nouvelles donc quant à votre rapatriement alors que les pouvoirs publics ont annoncé un plan de rapatriement des Algériens  qui a débuté lundi à travers le monde ?  

Non, rien, et je suis franchement inquiet. Je n’en peux plus.

Un dernier mot ?

Mon message est naturellement dédié à tous les Algériens en ces temps difficiles. Je leur dis que nous devons être solidaires et vigilants pour lutter contre cette pandémie. Nous devons observer toutes les mesures nécessaires de distanciation et d’hygiène contre ce virus. Ensemble, nous vaincrons.

Entretien réalisé par : SAMIR LAMARI  pour Liberté



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