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Edito : Davide Morandi se croit-il tout permis avec l’Algérie ?

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morandi avant
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Dans la grande bible non écrite du football, il y a une règle absolue, la jurisprudence de la décence : quand tu viens de te vautrer dans les grandes largeurs lors d’une Coupe du Monde, tu rases les murs. Tu mets des lunettes noires, tu te commandes un Uber sous un faux nom, et surtout, tu évites les caméras comme la peste. L’objectif est clair : encaisser en silence, faire profil bas, et ne pas donner l’impression de t’en tamponner royalement. Manifestement, Davide Morandi était à la buvette quand ce chapitre a été lu.

Samedi soir, alors que la Suisse croisait le fer avec l’Argentine en quart de finale, le premier adjoint de Vladimir Petkovic a déboulé sur les écrans de la télévision suisse RSI. Où ça ? Dans un bunker pour disséquer les errements tactiques des Verts ? Raté. En plein milieu d’une fanzone de la Nati. Grand sourire, détendu, parfaitement dans son élément au milieu des chants de supporters suisses. Tout ça quelques jours seulement après que l’Algérie s’est fait renvoyer à la maison… par cette même équipe de Suisse.

Être Suisse n’excuse pas l’indécence

Qu’on s’entende bien, personne ne reproche à Morandi d’avoir un passeport à croix blanche. On peut aimer son pays d’origine et faire son boulot de professionnel. Le souci, c’est que depuis qu’il a émargé à la FAF, il n’est plus “Davide, le gentil supporter venu kiffer son samedi soir”. Il est le numéro 2 de l’équipe nationale d’Algérie. À ce niveau de responsabilité, tu ne tombes pas la veste pour aller festoyer à l’œil. Ton image n’est plus la tienne, elle est celle de l’institution que tu représentes.

Et c’est bien là que le bât blesse. Si l’Algérie sortait d’une épopée héroïque, on lui pardonnerait presque de décompresser. Sauf que les Fennecs viennent de proposer un contenu si famélique qu’il ferait passer un match de D2 sous la grêle pour du Joga Bonito. Le pays est meurtri, l’élimination a laissé un vide sidéral, les supporters réclament des têtes. Pendant ce temps-là, Morandi profite des good vibes sur le service public helvétique. Le devoir de réserve n’est pas dans son contrat ? Soit. Mais l’exigence morale vient de prendre un sacré tacle à la gorge.

« Dites qu’on n’a pas de cœur, dites-le ceux qui ont écrit de la merde »

Le cynisme de la séquence atteint des sommets quand on rembobine le film de quelques jours. Juste après la purge servie contre l’Argentine puis le match moyen contre la Jordanie (2-1), ce même Davide Morandi, soudain beaucoup moins jovial et détendu, avait balancé aux journalistes algériens présents en tribune avec un vocabulaire de bas étage : « dites-le ceux qui ont écrit de la merde. »

Sur le coup, les confrères présents avaient eu l’élégance de mettre un mouchoir sur l’incident. Pas de polémique, union sacrée pour ne pas torpiller un bateau qui prenait déjà l’eau de toutes parts en pleine compétition. Les journalistes ont protégé l’intérêt supérieur de la sélection. Avec le recul, Morandi, lui, s’est empressé de prendre cet intérêt supérieur pour s’essuyer les crampons dessus en direct sur la RSI. Au delà de manquer de classe, il a aussi manqué de tact et de professionnalisme.

Un décalage horaire mental

Une équipe nationale, ce n’est pas un club de milieu de tableau où l’on noie une déroute dans une soirée mousse. Représenter un pays comme l’Algérie, c’est endosser une ferveur, une pression, un maillot qui pèse une tonne. Les supporters ne demandent pas aux techniciens de renier leurs racines, ils leur demandent juste d’avoir la présence d’esprit de ne pas s’afficher à la fête du village quand la maison qu’ils sont censés garder est en train de brûler.

Samedi soir, Davide Morandi n’a pas enfreint de loi. Il n’est d’ailleurs pas la cause de la crise sportive qui secoue l’Algérie. Mais il en a offert le parfait révélateur : un encadrement technique totalement hors-sol, en décalage complet avec le climat pesant et les attentes qui entourent les Verts.

Parfois, une image de dix secondes vaut toutes les conférences de presse du monde. Celle du premier adjoint souriant dans une fanzone restera sans doute comme l’épitaphe du staff de Petkovic. L’image cruelle d’un technicien qui pensait gérer la communication d’un club de quartier, alors qu’on lui avait confié les clés d’une nation où le football est une religion. Et ça, à ce niveau, ça ne se pardonne pas.

Gageons simplement que Davide Morandi ne prendra pas ces quelques lignes pour de la « merde ». Pour reprendre son vocabulaire, face à la Jordanie. Qu’il saura y lire, au contraire, une indispensable leçon de décence et d’humilité. Le genre de papier avec lequel on lui déconseille vivement de s’essuyer, sous peine de salir définitivement le peu de crédit qu’il lui reste.

 

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Ecris par
Yanni Abdelli -

Journaliste La Gazette du Fennec

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