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Fathi Chebel : « À mon époque, il était inconcevable de jouer pour l’Équipe de France »

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International algérien des années 80, le milieu de terrain Fathi Chebel (3 sélections) fut l’un des premiers joueurs algériens né en France à rejoindre l’Équipe nationale d’Algérie. Le natif de Lyon, vainqueur de la Coupe de France 1978 avec Nancy et Michel Platini, nous raconte dans cet entretien son parcours avec les Verts entre les deux coupes du Monde 1982 et 1986 avec les nombreuses stars qu’il a côtoyé à l’image de Dahleb ou Belloumi. Dans le cadre de sa saga sur les premiers joueurs bi-nationaux, La Gazette du Fennec vous replonge dans le passé !



 

LGDF : Bonjour Fathi Chebel, pour commencer cet entretien on vous laisse le soin de vous présenter à nos lecteurs.

Fathi Chebel : Mes parents sont de Constantine, on est une famille de 8 enfants et à partir du 4ème, c’est à dire moi, on est né en France à Lyon et on a grandit dans la région lyonnaise.

Racontez-nous vos débuts dans le football et votre arrivée dans le monde professionnel ?

Fathi Chebel : Jusqu’à 12 ans je jouais dans un petit club de la banlieue lyonnaise puis j’ai rejoins Villefranche-sur-Saone où j’ai évolué en troisième division lors de ma première année junior. J’étais suivi par Saint-Étienne et Lyon. Je devais faire un choix entre ces deux clubs de ma région puis, entre-temps, j’ai reçu une sollicitation de Nancy. J’ai effectué un essai de 5 jours là-bas, c’est Aldo Platini, le père de Michel, qui s’occupait du recrutement des jeunes et dès le premier jour du stage il m’a dit qu’il me conservait. J’étais un peu le bec dans l’eau car que je devais signer à Saint-Étienne ou Lyon. Je suis parti à Nancy pour faire plaisir à des proches et finalement je suis resté là-bas. Je suis arrivé en juillet et dès septembre j’ai intégré le groupe professionnel. J’ai joué 4 ans à Nancy et j’ai notamment remporté la Coupe de France en 1978 avec Michel Platini. J’étais milieu de terrain, n°8 ou n°10. Je portais le n°11 et Platini le n°10 mais jouait devant moi en attaque avec Olivier Royer. Moi j’étais plus un milieu de terrain.

fathi chebel avec platini nancy Coupe France 1978

Vous êtes né en France, comment avez-vous atterri en équipe d’Algérie ?

Je suis né en France de parents algériens, donc j’avais une double nationalité. J’avais une dérogation pour jouer en France comme un joueur français car les clubs avaient droit à 2 étrangers par club. Après la finale de la Coupe de France j’ai été pré-sélectionné dans une liste de 40 joueurs pour la Coupe du Monde 1978 en Argentine avec l’Équipe de France. Ensuite j’ai eu contact avec Rachid Mekhloufi, l’entraineur de l’Équipe nationale d’Algérie, qui m’a signifié qu’il aimerait me faire venir en équipe d’Algérie et j’ai immédiatement répondu « pas de problème ». Je préférais autant jouer avec l’Équipe d’Algérie car je savais que je n’aurai jamais eu ma place dans les 22 avec la France et puis surtout parce que mes parents étaient algériens tout simplement. On était tous Algériens dans la famille. On avait la double nationalité mais on était profondément algériens.

Il n’y avait pas vraiment de débat alors à l’époque ?

Mon club Nancy m’avait convoqué quand j’ai été appelé par Mekhloufi pour me dire qu’il valait mieux que je soit français car selon eux l’Équipe de France c’était mieux pour ma carrière mais aussi pour le club car je risquais d’être compté comme étranger dans l‘effectif. Finalement pas la suite j’ai bénéficié du statut de joueur assimilé comme mes ainés Dahleb (PSG) et Djaadaoui (Sochaux) qui sont nés avant 1962. On était ni français, ni étranger mais assimilé. Je pouvais donc jouer avec la sélection nationale de mon pays mais je ne comptais pas comme un joueur étranger dans le championnat de France.

« Aucun copain de ma génération n’a choisi de jouer pour l’Équipe de France, on est tous parti pour l’Algérie. C’était inconcevable de porter le maillot français à notre époque… pour Farès Bousdira, c’était politique ! »

Donc pour vous c’était un choix naturel de jouer pour l’EN d’Algérie ?

Ah oui ! A l’époque ce n’était pas comme maintenant. C’était un choix naturel de jouer pour l’Algérie. Aujourd’hui je comprends le choix de joueurs comme Zidane. A l’époque on ne se serait pas senti à l’aise, c’était évident qu’il fallait jouer pour l’Algérie. Aucun copain de ma génération n’a choisi de jouer pour l’Équipe de France, on est tous parti pour l’Algérie…

Pourtant en 1976, il y a eu un joueur, Farès Bousdira, qui a joué en Équipe de France A ?

Pour Farès Bousdira, c’était différent, j’ai joué avec Farès et puis je l’ai eu comme entraineur, lui c’était un peu politique…c’est le neveu de Ferhat Abbas (NDLR : grand héros de la Révolution algérienne) ! Sa convocation en Équipe de France, il y avait de la politique là-dessous, je n’ai jamais eu le fin mot de l’histoire mais pour lui ce n’était pas pareil.

Après Bousdira, dont la famille a quitté l’Algérie en 1965, il y a eu ensuite Omar Sahnoun en Équipe de France en 1977 mais lui était fils de harki ?

Il n’y a eu que ces deux cas, à part Bousdira et Sahnoun, qui était aussi un grand joueur et un chic type, tous les autres on a choisi l’Algérie. Je pense à Nordine Kourichi, Karim Maroc, tout ceux de mon époque.  C’était inconcevable qu’on joue pour l’Équipe de France à l’époque. C’était comme ça, c’était dans les règles de la famille, des amis. Jamais quelqu’un ne nous aurait vu porter le maillot de la France, à l’époque je parle.

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Une structure existait à l’époque qui s’appelait l’Amicale des Algériens en Europe. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

L’Amicale des Algériens en Europe, c’est elle qui nous a fait connaître au football algérien. Le type qui s’en occupait s’appelait Ben Drama. Sous l’égide du consulat, il nous contactait tous, de la 1ère jusqu’à la 3ème division, et nous emmenait faire des matchs en Algérie pour nous faire connaître par la Fédération et les gens là-bas. C’est comme ça que c’est parti puis la Fédération récupérait les joueurs qu’elle voulait. Je me souviens d’un match au stade du 5 Juillet qui a été un grand succès contre une équipe yougoslave. On était 7 ou 8 joueurs renforcés par Assad, Cerbah et j’avais également mon frère qui était stagiaire au Matra Racing et qui jouait avant-centre.

« J’ai participé à tous les stages avant le Mondial 1982 en Espagne et ma mise à l’écart de la liste des 22 avec Djaadaoui était douloureuse »

Pour en revenir à votre parcours en Équipe nationale vous comptez combien de sélections ?

J’ai joué en sélection de 1981 à 1986, j’ai fait les éliminatoires pour le Mondial 1982 j’étais tout le temps dans les 22, j’ai notamment joué contre le Nigeria à Lagos. J’ai disputé des matchs amicaux contre le Real Madrid, contre la Juventus j’étais remplaçant. Je n’ai pas loupé un match, j’étais tout le temps convoqué. Au final j’étais dans la liste des 24 puis quand la liste pour la Coupe du Monde 1982 a été réduite à 22, on a enlevé Djaadaoui et moi. C’était douloureux, on l’a ressenti comme une injustice. Je n’étais pas venu une ou deux fois en sélection, j’étais venu 16 fois. Dès qu’il y avait un match, moi j’étais systématiquement appelé. Titulaire ou remplaçant ce n’était pas un problème. Je n’ai pas loupé un match pendant les 1 an et demi qui ont précédé la Coupe du Monde 1982. Je ne sais même pas de qui était la décision, en Algérie c’est spécial, tout le monde se mêlait de l’Équipe Nationale. J’ai eu Rogov, Maouche, Saadane, Mekhloufi, Khalef…j’en ai vu passer des entraineurs. Avant le mondial, on a fait un stage près de Genève en Suisse pendant 35 jours puis une journée avant la fin du stage avant de rallier Alger pour partir en Espagne j’ai reçu un coup de fil du secrétaire général de la FAF qui me disait qu’ils ne me prenaient pas. Juste avant que je parte de Lyon pour prendre l’avion à Alger. J’ai été prévenu à deux heures près alors que j’avais fais tous les stages.

preparation 1981 khalef chebel ben drama

Ce n’était pas justement Ben Drama qui vous avait appelé pour vous annoncer la mauvaise nouvelle ?

Ah non c’était le Secrétaire Général de la Fédération. Ensuite, moi et Djaadaoui, ils nous ont rappelé dans la foulée, un jour après le rassemblement pour partir à Gijon, pour nous annoncer qu’on était tout de même convoqué sur décision du Ministre des Sports, Houhou, pour accompagner l’équipe nationale en Espagne. On y allait comme accompagnateurs, on était dans l’équipe mais sans y être. Donc moi j’ai refusé et Djaadaoui aussi. Après il faut dire qu’il y avait une belle équipe aussi. C’est simple, l’effectif de 82 à 86 n’a pas beaucoup bougé. J’ai pratiquement toujours vu les mêmes joueurs à quelques exceptions près.

Qui étaient vos concurrents à votre poste justement ?

Oh  je ne sais pas mais il y avait de la place pour tout le monde. Sur 22 joueurs, il y avait de la place. Après en 1982 j’ai rejoins le Matra Racing, le milieu de terrain c’était Madjer, Ben Mabrouk et moi. J’étais titulaire à part entière dans mon club. C’était une surprise pour moi qu’on ne me prenne pas en 1982 par contre en 1986 ils m’ont appelé pour le Mondial alors que je n’avais pas fait les éliminatoires. Mais je n’ai pas joué pour autant durant le Mondial au Mexique, je suis resté sur le banc. Je devais jouer le troisième match contre l’Espagne (défaite 3-0), j’ai été prévenu la veille que j’étais dans le onze puis le lendemain matin du match on m’a expliqué que je n’étais plus dans l’équipe. C’était comme ça. Ces choses là arrivent dans toutes les sélections je pense. Finalement, je ne garde quand même que le positif de tout ça, j’étais très content de jouer pour le bled.

chebel madjer ben mabrouk racingclubdeparis1983 84

Après la Coupe du Monde 1986 vous n’avez plus été rappelé. Pourquoi ?

Après 1986 l’équipe a complètement changé car la génération 82-86 on avait à peu près le même âge. On avait 30 ans pour les plus jeunes et 32 ou 33 ans pour les plus vieux.

Vous avez donc côtoyé l’EN de 1981 à 1986. Quel a été votre plus grand souvenir ?

Mon plus grand souvenir c’était le match épique qu’on devait absolument gagner à Lagos au Nigeria (NDLR : victoire 2-0 à Lagos avec Chebel titulaire). On avait une superbe équipe. Il y avait 8 professionnels titulaires sur les 11 joueurs de départ (NDLR : 5 en réalité). C’était à la vie à la mort, d’ailleurs il y a eu 11 morts au Nigeria le jour du match. Il fallait des guerriers là-bas, c’était un des matchs très difficile qu’on a eu a livré. C’était soit nous, soit le Nigeria car c’était le dernier tour. Au final, heureusement qu’on a été gagné à Lagos avant le match retour à Constantine (NDLR : victoire 2-1). Le Nigeria, était Champion d’Afrique en titre et avait de supers joueurs, la plupart professionnels en Angleterre. Nous aussi on avait une grosse ossature de joueurs professionnels en France.

Vous avez côtoyé beaucoup de bons joueurs dans cette équipe d’Algérie. Lesquels sont à retenir ?

Ils étaient tous très très bons, entre 1980 et 1986 j’ai connu des grands joueurs algériens de l’époque comme Bencheikh, Tlemçani, Betrouni qui finissait sa carrière. J’ai connu de grands joueurs qui auraient mérité de jouer plus. Un joueur comme Djamel Tlemcani c’était quelque chose. L’avant centre de la JET, Djamel Menad aussi était un sacré joueur. L’arrière gauche du NAHD j’étais bien copain avec lui.

« Il n’y avait pas que Belloumi, Assad ou Madjer mais toute une génération vraiment exceptionnelle ! »

Quels étaient justement les rapports qu’on disait difficiles entre les joueurs venus de France et ceux d’Algérie ?

Au début, c’est vrai, cela a créée de la concurrence et de l’émulation. Certains joueurs se sont sublimés car les joueurs du pays ont voulu montré qu’en jouant au bled ils étaient aussi bons que des professionnels d’Europe. Cela a crée une émulation. Après tout le monde n’était pas copains comme dans toutes les équipes mais relativement ça c’est bien passé. Moi j’étais copain avec tout le monde. J’ai même été le témoin de mariage de Belloumi, j’étais proche de Cerbah. Jusqu’à maintenant j’ai gardé des contacts avec mes anciens coéquipiers. On a fait des tournées au Canada, à Paris etc… Avec Belloumi, Assad ou Madjer on se fréquentait beaucoup d’ailleurs j’ai joué avec Madjer au Matra. On était très proches les uns des autres, c’était vraiment des supers joueurs.

chebel liegeon dahleb team 1981

Un mot sur les réticences des clubs français à l’époque qui ne laissaient pas partir leurs joueurs vers la sélection. C’était vraiment difficile ?

Oui car il n’y avait pas d’harmonisation du calendrier à l’époque donc c’était compliqué. Les matchs en Afrique n’avaient pas toujours lieu aux mêmes dates que l’Équipe de France par exemple. On a laissé des plumes au niveau financier car on avait des amendes quand on partait en sélection. Toutefois les clubs ne pouvaient pas nous suspendre car la FIFA veillait à ce qu’on ne soit pas sanctionné mais ce n’était pas si simple que ça à l’époque. Moi personnellement je n’ai pas payé les pots cassés mais mes coéquipiers à Montpellier comme Maroc et Mansouri ont eu des soucis. Moi à Nancy et au Matra Racing je n’ai jamais eu de problème particulier.

« Mustapha Dahleb, c’était le plus grand footballeur de mon époque ! Avec Michel Platini c’était vraiment des monstres ! »

Vous avez joué avec Mustapha Dahleb en sélection algérienne et Michel Platini en club à Nancy. Quelles comparaisons vous pouvez faire sur ces deux grands joueurs ?

Pour moi Dahleb c’était le plus grand des Algériens que j’ai vu joué. Bon avant il y a eu Lalmas et Mekhloufi que j’ai vu un peu jouer, c’était aussi le haut du panier, mais Dahleb dans le football de mon époque c’était le plus grand de tous. C’est simple, quand il jouait en championnat au Parc des Princes, lorsqu’il était dans l’équipe, le stade était plein avec 45 000 spectateurs et lorsqu’il était absent pour cause de blessure ou suspension il y avait 20 000 personnes. Les gens venaient au stade pour lui. Même Safet Susic ou Raï n’avaient pas ce privilège. Les gens savaient que Dahleb jouait donc ils allaient au stade. Quand Dahleb prenait le ballon au Parc, moi j’étais au Matra Racing à l’époque, on jouait en alternance avec le PSG, quand par exemple ils jouaient le vendredi nous on jouait le samedi donc j’allais les voir et Dahleb, quand il prenait le ballon, les spectateurs en tribune se levaient pour voir ce qu’il allait faire comme dribble. C’est quelque chose qui ne se faisait jamais au stade, les gens restaient assis et se levaient lorsqu’il y a un but mais là avec Dahleb c’était quelque chose… je me rappelle aussi une fois quand j’étais à Nancy, on était la bête noire du PSG au Parc, mais quand il venait à Nancy, le PSG nous battait tout le temps et j’ai un souvenir pour l’un de mes premiers matchs que Dahleb avait pris le ballon de son camp aux 18 mètres et avait dribblé toute notre équipe avant d’arriver devant notre gardien Moutier, il l’a fait plongé une fois dans un sens puis une autre fois dans l’autre et là le public de Nancy s’est levé pour l’applaudir. On avait perdu 3-0 et il avait inscrit les trois buts dont ce dernier sous les applaudissements de tout le monde, public et joueurs. Je n’avais jamais vu ça de ma vie, jamais !

dahleb platini juventus

Et en comparaison avec Michel Platini justement qui était votre coéquipier ?

Platini c’était pareil, il prenait le ballon, il dribblait tout le monde. Mais c’était un autre genre de joueur. Platini dribblait en accélération, Dahleb dribblait sur place, avec des feintes, sans toucher le ballon. Grand grand respect pour Mustapha Dahleb, et Platini pareil, en Italie, c’était quelque chose, il était capable de faire gagner son équipe à lui tout seul, comme Dahleb ! J’ai eu la chance de jouer avec eux, Dahleb ou Platini c’est des monstres. En charisme et en simplicité aussi, j’ai vu Dahleb parler avec le gardien du stade comme si c’était un copain à lui. Tout le monde à Paris l’adorait. Quand tu te promènes avec lui à Paris c’était incroyable. Personne n’a été autant adulé que Dahleb à Paris.

Il a porté le maillot de l’Algérie avec fierté mais Dahleb aurait eu sa place en Équipe de France 82 dans le carré magique avec Platini, Giresse, Tigana ?

Si vous voulez en avoir le cœur net appelez Platini et demandez lui ce qu’il pense de Dahleb. Pour lui, c’est le plus grand joueur étranger qui a joué dans le championnat de France. J’ai joué par la suite au Variété Football Club avec les anciens internationaux français, les amis de Platini comme Giresse, Tigana, on était trois Algériens à y jouer, Dahleb, Djaadaoui et moi. Il fallait voir sur le terrain quand Platini et Dahleb jouaient ensemble c’était quelque chose. Entre les deux, c’était la grand classe et un respect mutuel !

« Le joueur que j’apprécie et qui a un talent fou, c’est Ryad Boudebouz ! Il n’a pas été reconnu à sa juste valeur en Algérie ! C’est comme pour Ali Benarbia avec qui j’ai joué à Martigues. Son cas est un grand gâchis ! »

Du côté de l’Algérie vous avez aussi joué avec des cracks comme Assad, Belloumi ou Madjer. Un mot sur ces joueurs ?

Belloumi, Madjer et Assad c’était quelque chose mais il n’y avait pas que ces trois là c’était toute une génération. Assad a prouvé à Mulhouse et au PSG, malgré les blessures, qu’il avait sa place dans n’importe quelle équipe. C’étaient des joueurs exceptionnels. Madjer on en parle pas, c’était un super joueur et Belloumi pareil, il aurait été dans n’importe quelle équipe. Belloumi c’était l’équivalent d’un Bousdira ou Sahnoune, il aurait jouer en Équipe de France il aurait fait la même carrière qu’eux. Même Menad ou Bencheikh qui avait eu un contact avec Nantes à mon époque. Dommage qu’ils ont été bloqués, ils ne pouvaient pas venir jouer à l’étranger (NDLR : une loi en Algérie empêchait les joueurs de quitter le pays avant d’avoir 27-28 ans).

Aujourd’hui vous suivez encore les performances de l’Équipe nationale ? Quel est votre avis sur la génération actuelle ?

Oui forcément quand on fait partie d’une sélection nationale on reste attaché à vie. Aujourd’hui je suis encore branché avec l’Équipe Nationale bien sûr. Le joueur que j’aime bien et qui a un talent fou c’est celui de Saint-Étienne, Ryad Boudebouz. Il n’a pas été reconnu à sa juste valeur au bled. Lui c’est un super joueur. Maintenant c’est vrai que tous les joueurs convoqués en sélection jouent dans de très bons clubs en France et même en Europe mais un joueur comme Boudebouz aurait du être mieux utilisé en sélection, il me fait penser à un autre joueur que j’ai connu qui est Ali Benarbia. J’ai joué avec lui à Martigues, à l’époque les autorités ne se sont pas trop bien comportées avec lui c’est pour ça qu’il y a eu un petit clash mais autrement c’était un super joueur avec une très bonne mentalité. Il n’est pas tombé à la bonne époque, son cas est un véritable gâchis. On se voient de temps en temps à Paris, on en parle et ça lui laisse des regrets.

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Au final vous avez vraiment côtoyé énormément de bons joueurs durant votre carrière ?

J’ai été professionnel pendant 17 ans, j’ai commencé à 17 ans à Nancy et j’ai fini à 37 ans à Lens. Ensuite, j’ai été entraîneur à La Réunion mais ça ne m’attirait pas trop. J’ai signé pour 1 an et je suis resté 8 ans. C’est Bousdira qui m’a emmené là-bas, il prenait toujours un ou deux anciens pros dans son équipe. Il y avait Papin, Roger Milla, Paganelli et aussi Belloumi qui a fait un passage éclair pendant 3 mois. En tant que joueur et entraineur j’ai connu du monde. Après quand je suis rentré en France j’ai rejoins le Variété avec Platini, j’avais comme parrain Dahleb et là il y avait toutes les stars du foot français. On jouait tous les dimanches avec eux pour la bonne cause. Maintenant ça fait 7 ou 8 as qu’on y va plus car on est vieux.

« Aujourd’hui je ne fais plus rien. Je suis retraité et je joue au golf tous les jours ! Sinon je vais en Algérie régulièrement, au moins une fois par an »

Alors justement que devenez-vous aujourd’hui en 2020 ?

Aujourd’hui je suis rentré dans ma région d’origine à Lyon, et depuis 3 ans je ne fais absolument rien (rires). Je suis retraité et je joue au golf tous les jours. Avec Platini, Kombouaré, Alain Roche, José Touré, mes copains de golf du moment… J’ai l’impression que dans ma vie je n’ai fait que du football et du golf, ce n’est pas mal non ? Sinon l’Algérie je reste bien entendu connecté au pays. J’y vais régulièrement au moins une fois par an avec ma maman. J’ai encore une sœur qui habite là-bas et des tantes et des oncles. On est du coté de Constantine.

Un dernier mot pour conclure cet entretien ?

J’espère que le football algérien va continuer à progresser comme il le fait brillamment actuellement avec Djamel Belmadi à sa tête, qu’on se maintienne à notre rang au niveau africain et qu’on soit régulièrement dans le haut du tableau. Je ne connais pas un ancien joueur de l’Équipe nationale qui ne regarde pas les résultats de la sélection. Le football reste une passion, on s’intéresse toujours aux résultats des clubs où on est passé mais surtout à notre Équipe Nationale, c’est encore au dessus !

L’entretien avec Fathi Chebel en audio :

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