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Entretien Exclusif

Pierre Ménès : « Salah Assad était un joueur très élégant »

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Menes assad

Dans le cadre de la saga consacrée aux footballeurs d’Algérie qui ont joué au plus haut niveau en France, La Gazette du Fennec s’est rapprochée du consultant Pierre Ménès. Le quinquagénaire a notamment rencontré Salah Assad dans le cadre d’un article pour France Football en 1984.



Lire le portrait : 

Top 10 : Salah Assad, « El Ghoraf » s’invite à Mulhouse et au PSG

Le témoignage de Pierre Ménès : 

LGDF : Bonjour Pierre Ménès, merci d’avoir répondu à notre sollicitation, comment-allez vous?

Pierre Ménès : Je vous en prie. Ça va très bien merci.

Dans le cadre d’une saga consacrée aux joueurs locaux algériens ayant évolué en D1/Ligue 1 française, nous venons vous solliciter car vous avez côtoyé Salah Assad dans le milieu des années 80. Tout d’abord, quel est votre premier souvenir de Salah Assad?

Je l’ai découvert, un peu comme tout le monde, à la Coupe du Monde 1982. À l’époque, c’était pas si facile de suivre les matchs en dehors de l’hexagone.

 « Salah Assad était un joueur très très élégant. Malheureusement son style de jeu ne lui permettait pas d’être constant »

Dans quel contexte avez-vous rencontré Salah Assad?

En 1984, Salah Assad évoluait à Mulhouse, en D2. Je travaillais à France Football et une double page était dédiée à l’ouverture de la division 2. Cela pouvait être sur un joueur, un club, un entraîneur ou un grand évènement, et on m’a demandé d’aller faire une double page sur Salah Assad. Je suis allé à Mulhouse et il est venu me chercher à la gare avec sa Mercedes. Je monte alors dans sa voiture et je découvre des versets du Coran et un homme très croyant. Nous étions dans une époque où nous ne parlions pas du tout d’islam en France. J’ai découvert le monde musulman avec Salah Assad, du haut de mes 21 ans. Ce fut un moment très agréable.

Salah Assad FC Mulhouse

Une autre époque par rapport à celle que nous vivons actuellement.

Ah oui, à l’époque personne ne parlait d’islam en France. Donc j’arrive chez lui et il me présente sa femme qu’il a rencontré le jour de son mariage. En dehors de l’article sur le joueur, nous avions beaucoup discuté sur la religion pendant le diner. Et l’anecdote c’est que quand il a fallu me trouver une chambre d’hôtel, aucune n’était libre car il y avait le congrès national de la CGT. J’ai donc passé la nuit chez lui, à Mulhouse.

 « À l’époque ce n’était pas facile d’être footballeur et arabe, mais Mustapha Dahleb a su gagner le respect de tous »

Avez-vous eu l’occasion de le recroiser depuis?

Non, je ne l’ai plus revu depuis. Il y a un technicien au Canal Football Club qui le connaît et qui m’a passé plusieurs fois son bonjour mais je n’ai pas eu l’occasion de le revoir malheureusement. De toute façon, je vais bien finir par me rendre en Algérie car j’ai un projet avec Nawell Madani. Je sais que c’est un pays où je suis populaire, même si ce n’est pas pour ça que j’ai envie d’y aller. Je pense que l’accueil sera très bon. Ça a l’air d’être un pays sublime.

Que pensiez-vous du joueur?

C’était un beau joueur, il était très très élégant. Malheureusement, son style de jeu ne lui permettait pas d’être constant.

Après une première saison 82/83 réussie à Mulhouse, il s’envole pour le PSG où il n’est pas aussi flamboyant. Qu’est-ce qu’il lui a manqué selon vous?

Sa blessure au genou l’a vraiment empêché de s’imposer au PSG. À l’époque, lorsque tu te blessais au genou, t’étais vraiment très mal après. Et d’ailleurs, après cette blessure au genou il n’est plus redevenu le joueur qu’il avait été auparavant.

Salah Assad PSG

Le début des années 80 a été marqué par la présence de plusieurs joueurs algériens, lequel vous a le plus impressionné?

De loin, Mustapha Dahleb. Entre lui et les autres, il n’y avait pas photo. Il avait un rôle important au PSG, il était capitaine et avait une aura. À l’époque c’était pas facile d’être footballeur et arabe. Dieu merci, c’est rentré dans les moeurs mais ce n’était pas forcément de la tarte. Mais lui, il a gagné le respect de tous. Aujourd’hui, il figure dans l’équipe de tous les temps du PSG de pas mal de monde.

Nous avons eu un entretien avec Victor Zvunka pour un épisode avec Rabah Madjer et il nous a dit qu’il avait fait des pieds et des mains pour faire signer Dahleb à l’OM mais finalement il s’est engagé au PSG..

Ah très bien. En parlant de Madjer, je l’ai aussi connu lorsqu’il était au RC Paris. Un joueur complètement barjot. Je me souviens du match de barrages face à Nice en 84 (victoire 5-1 du RC Paris), il est sorti du terrain sur blessure dans le temps réglementaire puis est revenu un peu plus tard comme si de rien n’était lors des prolongations. Une chose que je n’ai jamais vu nulle part ailleurs. Il est sorti car il avait mal et que son club était éliminé mais vu qu’ils ont marqué deux buts dans les toutes dernières minutes, il y a eu les prolongations. Il est réapparu comme par miracle. Un match complètement fou!

Un match qui a vu Ben Mabrouk marquer dans les ultimes minutes..

Ah Alim (il se marre), un sacré engin lui aussi! Il coupait du bois sur le terrain.

 « Youcef Atal est beaucoup trop offensif pour être latéral dans un club qui vise la victoire en Ligue des Champions »

L’aura des footballeurs algériens était-elle plus importante qu’aujourd’hui?

Je pense qu’elle était plus importante car à l’époque il y avait des grands joueurs. Aujourd’hui, les meilleurs algériens ne sont pas en France. À part Islam Slimani quand il veut bien jouer ou Youcef Atal quand il n’est pas blessé, les autres ne sortent pas du lot. C’est un peu dilué.

Les plus grands noms sont aujourd’hui à l’étranger..

Oui et je pense que c’est une bonne chose pour le football algérien. Avant, le footballeur algérien qui réussissait, venait jouer en France, aujourd’hui il évolue partout. Je trouve ça plutôt valorisant pour le football algérien. La raison est aussi financière. Prenons l’exemple de Bennacer, aucun club français n’était prêt à mettre l’argent qu’a mis le Milan AC sur lui. Pareil pour Mahrez, il fallait le prendre avant qu’il n’aille à Leicester. Dès lors qu’il a été en Angleterre, c’était difficile de s’aligner sur son salaire et il n’offrait pas les garanties qu’il offre aujourd’hui.

Ismaël Bennacer était dans les plans de Florian Maurice (ex-directeur du recrutement de l’OL). Une piste qui n’a pas plu au reste du board lyonnais..

Une erreur de recrutement de plus, ça arrive partout. Labrune avait refusé Mahrez à l’OM, mais je ne pense pas que c’était parce qu’il est Algérien.

Et puis on ne sait pas ce que serait devenu Riyad Mahrez si il avait signé à l’OM..

Exactement. Il y a la progression du joueur mais aussi le rendement du club, c’est un tout. C’est plus facile de briller à Manchester City avec leur qualité de jeu que dans une équipe de l’OM en permanente reconstruction.

Un mal pour un bien finalement. Revenons sur Youcef Atal, vous avez récemment déclaré qu’il n’était pas assez régulier pour prétendre à un club au plus haut niveau. C’est bien cela?

Je n’ai pas parlé de régularité ou de niveau. J’ai parlé de lui concernant le PSG et force est de constater qu’il est beaucoup trop offensif pour être latéral dans un club qui vise la victoire en Ligue des Champions. La preuve, il joue la moitié de ses matchs en tant qu’ailier droit à Nice.

YOUCEF ATAL OGC NICE

Patrick Vieira ne le fixe pas non plus à un poste précis..

Patrick Vieira fait ce qu’il peut avec le pauvre effectif qu’il a. Je pense que si l’effectif niçois est renforcé la saison prochaine, Youcef Atal sera fixé à son poste d’arrière-droit. Mais il faudra qu’il ait un rendement défensif supérieur car comme il monte beaucoup, c’est parfois compliqué.

 « L’Algérien ou le Franco-Algérien a toujours eu une place spéciale dans le championnat de France »

Ne pensez-vous pas qu’à l’instar des filières argentines et brésiliennes, celle des joueurs algériens a aussi marquée de son empreinte le championnat français?

Dans une moindre mesure, oui. Car tu ne peux pas comparer Lucho Gonzalez et Moussa Saïb ou Neymar et Madjer par exemple. Et puis, il faut accepter le fait que le Brésil soit la référence mondiale en terme de football.

Il y a eu aussi l’époque des années 50-60 avec les Mekhloufi&Co..

Oui durant cette époque-là, il y avait des grandes stars algériennes qui ont marqué le championnat de France. D’ailleurs, l’Algérien ou même le Franco-Algérien a toujours eu une place spéciale. C’est également un constat que l’on peut faire dans le football amateur. Beaucoup de joueurs algériens de DH ont le niveau pour aller au dessus. Et puis, finalement tu ne les revois plus car ils sont plus ou moins réfractaires à toute idée d’autorité, ne sont pas assez sérieux ou ont une famille à faire vivre. À titre de comparaison, je pense que les joueurs noirs ont plus la « dalle ». Qui dit football algérien ou franco-algérien dit souvent banlieue ou cité et ce n’est pas facile de sortir de ces travers et tentations. Tout le monde ne s’appelle pas Kylian Mbappé.

Après plusieurs années compliquées, les joueurs algériens du « cru » se révèlent de plus en plus dans le championnat français. Nous avons parlé de Youcef Atal, quel regard portez-vous sur Ramy Bensebaïni et Hicham Boudaoui?

Hicham Boudaoui a des qualités mais n’a pas encore assez joué pour qu’on puisse le juger. Il ne faut pas qu’il devienne esclave de son dribble car il a vraiment des qualités. Quant à Ramy Bensebaïni, c’est un très bon joueur, il a réussi à Rennes et continue sur sa lancée à Mönchengladbach. Il est porté vers l’avant, la Bundesliga est un championnat qui lui va très bien.

 « L’Algérie a les moyens de conserver son titre et pourquoi pas viser les quarts de finale de la prochaine Coupe du Monde »

Quel regard portez-vous sur l’équipe nationale algérienne?

Grâce notamment à la venue d’un bon sélectionneur, elle a remporté la dernière CAN de manière extrêmement méritée. Il faut capitaliser là dessus, il y a Riyad Mahrez qui fait une grande carrière et puis Ismaël Bennacer m’a vraiment tapé dans l’oeil lors de ce tournoi. Une compétition que je n’ai d’ailleurs pas aimé.

Algérie

Pourquoi?

Beaucoup trop défensive. Et puis c’est quand même une idée du démon de jouer sous des chaleurs accablantes en Égypte au mois de juillet. C’est comme si on avait organisé la Coupe du monde au Qatar à la même époque de l’année. Pour les organismes, c’est aussi très dangereux. La compet’ a été loin de me passionner. Il n’y a eu que l’Algérie et son milieu de terrain qui m’ont plu. Même le Sénégal c’était chiant à mourir, ils ne m’ont pas impressionné. D’ailleurs, pour la finale, Nawall Madani avait organisé une diffusion du match dans un cinéma appartenant à Djamel Bensalah à Paris et j’ai été convié. J’ai regardé la finale avec 300 algériennes, il y a beaucoup d’ambiance, c’était très drôle.

Comment voyez-vous la marge de progression de la sélection?

Je pense qu’ils ont les moyens de conserver leur titre. Après il faut voir, ils ont également la possibilité d’aller en quarts de finale de la prochaine Coupe du Monde. Mais bon, il y aura aussi des clients en face. Il faudra alors s’éviter un huitième de finale trop compliqué.

Un dernier petit message pour le public algérien?

J’espère vraiment venir visiter votre pays un jour.

La Gazette du Fennec vous remercie.

Je vous en prie.

 

Entretien réalisé par Abdelkader Zinou pour La Gazette du Fennec.

 

Bonus Vidéo : Retour sur la carrière de Salah Assad




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