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L’histoire passionnelle entre la France et l’Algérie à travers le football

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Stanislas Frenkiel, historien du sport, raconte dans un livre très documenté un siècle d’histoire entre la France et l’Algérie à travers la pratique du ballon rond. De l’équipe du FLN aux binationaux héros au Brésil en 2014, le football algérien s’est émancipé et a continué à faire le lien entre les deux rives de la Méditerranée. Un bel article signé Farid Achache pour RFI qu’on propose à nos lecteurs !

Il est des pays où aller au stade de foot est tout sauf anodin. Il est des pays où l’on assiste aux matches de l’équipe nationale comme on visite une vieille mère, avec une tendresse mêlée de dévotion. Il est des pays où les combats politiques ne restent pas à la porte des stades.

L’histoire du football en Algérie est une épopée que l’universitaire Stanislas Frenkiel a décryptée à merveille dans un ouvrage documenté et passionnant. Grâce à des archives exceptionnelles et des entretiens, il analyse les liens entre la France et l’Algérie à travers le foot. Il raconte les blessures, mais aussi les moments de joie à travers le sport le plus pratiqué et le plus populaire de la planète.

Rachid Mekhloufi, l’AS Saint-Étienne et le FLN

Stanislas Frenkiel raconte entre autres l’histoire des footballeurs de la révolution, par le biais de l’équipe du FLN entre 1958 et 1962. À l’époque, ils sont 29 footballeurs en activité en métropole à rejoindre clandestinement la Tunisie pour mettre leur notoriété au service de leur pays. Un des plus célèbres exemples de la politisation du sport. Alors qu’il compte quatre sélections en équipe de France entre 1956 et 1957, Rachid Mekhloufi de l’AS Saint-Étienne entre dans la clandestinité avec notamment Mokhtar Arribi (ex-Lens) et Abdelhamid Kermali (Olympique lyonnais). Avec l’équipe du FLN, Rachid Mekhloufi dispute des matches de gala à travers le monde afin de mettre en lumière la cause algérienne.

Au sommet de son art, Mustapha Zitouni, arrière-central de l’équipe de France, doit renoncer au Mondial de 1958 en Suède. Entre les Bleus et le FLN, il a choisi son camp. À l’indépendance en 1962, l’équipe est dissoute. Quarante-cinq ans plus tard, Mustapha Zitouni avouera avoir fait son choix par peur de représailles. Rachid Mekhloufi retourne lui à Saint-Étienne, passe par Bastia, avant de prendre en charge l’équipe nationale d’Algérie. En 2012, celui qui a joué plus de 300 matches avec Saint-Étienne est l’un des personnages du film documentaire d’Éric Cantona : les rebelles du football.

1962, indépendance et affiliation à la Fifa

En 1962, la Fédération algérienne de football (FAF) demande son affiliation à la Fédération internationale de football (Fifa). Elle bénéficie du soutien de la France. Les liens avec l’ancienne puissance coloniale ne sont pas rompus. Il faut dire que depuis la naissance du professionnalisme, plus de 500 footballeurs algériens ont joué dans le Championnat de France.

Dahleb dans les années 70

Comme Djamel Belmadi, né en 1976 à Champigny-sur-Marne en banlieue parisienne, enfant de la première génération d’immigrés, fan de Maradona. Lui a fait les beaux jours de l’Olympique de Marseille dans les années 2000, et compte 20 sélections chez les Fennecs. Il a donné le deuxième titre de Champion d’Afrique aux Verts en 2019 en Égypte après celui acquis en 1990 à domicile. Dans l’effectif, un certain Adlène Guedioura, fils de Nacer Guedioura, ancien joueur de football de l’USM Alger, qui a évolué notamment à La Roche-sur-Yon en France. Nacer Guedioura a participé au match historique contre le Yémen du Sud le 17 août 1973, à l’occasion de la Coupe de Palestine à Benghazi en Libye, où l’Algérie s’impose sur le score-fleuve de 15 à 1, qui est la plus large victoire de son histoire.

Des binationaux devenus légitimes

Adlène Guedioura, né à La Roche-sur-Yon, fait partie de ces binationaux qui ont été couronnés en 2019. Si lui a été écarté du voyage au Brésil au Mondial 2014, d’autres comme Riyad Mahrez, Yacine Brahimi ou encore Sofiane Feghouli ont fait vibrer tout un peuple au Brésil lors d’un huitième de finale historique face à l’Allemagne dans le stade de Porto Alegre. Élu en 1997 à la tête de la Fédération algérienne de football, Mohamed Diabi se tourne vers le Championnat de France pour étoffer l’effectif des Verts. Ses successeurs continueront la prospection en France et en Europe.

« En 2010, j’ai profité du règlement de la Fifa qui permet aux jeunes internationaux français de rejoindre leur pays d’origine. J’ai donc pris la décision de jouer avec l’Algérie et aujourd’hui j’en suis très fier », racontait Carl Medjani à RFI en 2012. En ajoutant : « Toute ma famille habite le quartier d’El Harrach (Alger, ndlr) et je supporte l’USM El Harrach. Je m’intéresse tout particulièrement à eux car c’est le club familial, en quelque sorte, celui de mes racines ». En 2014, Carl Medjani vivra l’épopée brésilienne.

cherif oudjani avec la CAN 1990

Il faut se souvenir qu’en 1990, lors du sacre des Verts à la CAN, seul Chérif Oudjani, célèbre pour avoir inscrit le but de la victoire face au Nigeria, faisait figure d’exception dans l’équipe d’Algérie. Il était l’unique joueur à être né en France, à Lens, et non pas en Algérie. Alors âgé de 24 ans, l’attaquant de Sochaux évoluait en pointe aux côtés du célèbre Rabah Madjer, l’un des rares Algériens qui évoluaient alors à l’étranger (FC Porto).

Comme l’écrit l’ancien capitaine et sélectionneur de l’équipe d’Algérie Ali Fergani dans la postface, dans son ouvrage, Stanislas Frenkiel « honore » et « met en valeur les très grandes qualités footballistiques de toutes les générations d’Algériens depuis plus d’un siècle ».

« Le Football des immigrés France-Algérie, l’histoire en partage », de Stanislas Frenkiel, Artois Presses Université, 24 €.

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