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Entretien Exclusif

Alain Portes : « Je rêve de disputer les JO 2024 à Paris avec l’Algérie »

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alain portes paris 2024

Après un mois de repos, le sélectionneur national de handball, Alain Portes, revient sur le parcours des Verts durant la Coupe du Monde qui s’est disputée en janvier dernier en Égypte. Pour La Gazette du Fennec, le technicien français fait le bilan de la compétition aussi bien sur le plan tactique que technique. Il se projette aussi sur le TQO de Berlin (du 12 au 14 mars 2021) et son avenir à la tête du Sept National. Entretien sans langue de bois avec un sélectionneur qui marque incontestablement son passage à la tête des Verts et qui souhaite malgré les difficultés y rester encore longtemps !

Bonjour coach et merci encore une fois d’avoir accepté cet entretien pour La Gazette du Fennec. Vous êtes encore en France alors que le stage de l’équipe nationale est prévu en Algérie. Expliquez-nous pourquoi vous n’êtes pas de l’autre côté de la Méditerranée ?

Depuis le mois de septembre, entre la préparation et la coupe du monde, j’ai passé cinq mois avec les joueurs. On savait qu’il y avait une coupure d’un mois et demi jusqu’au tournoi qualificatif olympique (TQO). On avait alors décidé de rendre les joueurs à leurs clubs. J’avais programmé de les retrouver 15 jours avant le début du tournoi c’est-à-dire vers le 1er mars, à Paris. Connaissant les difficultés pour se déplacer, je les subis depuis un an, j’avais décidé de regrouper mes joueurs à Paris et, de là, partir directement à Berlin. Mais entre-temps, les conditions sanitaires se sont aggravées, et les autorités françaises ne nous ont pas accordées les autorisations nécessaires afin qu’on puisse venir en France. Le plan B était de se préparer directement à Berlin. Mais les conditions de voyage et le coût sont trop important pour la fédération. Alors on s’est retourné sur le plan C qui est le stage à Alger. Mais depuis quelques temps, un autre rebondissement est venu compliquer nos retrouvailles. Comme vous le savez les autorités algériennes ont fermé les frontières durant tout le mois de mars. Malgré les insistances du président Labane, je n’ai pas pu, à ce jour, rejoindre mon groupe en Algérie.

« C’est évident, les joueurs d’Algérie progressent en allant en Europe. Mais ce n’est pas mon idée de déshabiller le championnat »

Cette coupure d’un mois et demi ne risque-t-elle pas de perturber la préparation de votre équipe ?

Quand on avait décidé de se séparer des joueurs pendant ce laps de temps, on avait pris en considération le risque de ne pas les revoir en temps voulu. Il faut savoir que nous avons travaillé pendant cinq mois pratiquement dans une bulle. Pendant cinq mois, on se voyait matin et soir et il était interdit de rencontrer d’autres personnes. Tout d’abord sur les hauteurs de Annaba, puis à Alger, on ne sortait pas de l’hôtel et le chemin vers le gymnase était fait en car, sans croiser personne. Je ne parle même pas de notre séjour en Pologne où les conditions étaient encore plus drastiques.

C’est pour cela qu’on avait décidé de libérer un temps les joueurs. Il faut penser aussi à ce côté psychologique, et aussi, les rendre à leurs clubs. Comme il se dessine la reprise du championnat, il était mieux de rendre les joueurs aux clubs. De plus cela sera plus bénéfique pour l’équipe nationale si les clubs travaillent avec leurs meilleurs joueurs.

Qu’a-t-il fait le sélectionneur national durant tout ce mois de février ?

Premièrement je me suis reposé. J’ai récupéré parce que ces mois passés avec les joueurs n’étaient pas de tout repos. Ensuite j’ai gardé le lien, quasiment tous les jours avec l’Algérie. J’ai gardé aussi le lien avec Hicham Boudrali, l’entraîneur des U21, parce que c’est là qu’il y a la relève. J’ai aussi regardé les adversaires du TQO. J’ai suivi l’actualité des joueurs à l’étranger. Je continue de travailler et de préparer la suite.

handball rouge prepa daoud berkous portes

Vous avez donc suivi l’actualité des transferts de quelques joueurs comme Messaoud Berkous qui signe à Istres ou encore Hicham Daoud qui part à Limoges. En espérant d’autres, est-ce que c’est vous qui les incitez à venir en Europe ?

Non pas du tout, je ne m’occupe pas de cela. Si des clubs français me demandent mon avis, je le donne le plus objectivement possible. Mais je ne suis pas là pour déshabiller les clubs algériens de leurs meilleurs joueurs. Lorsque les joueurs ont des propositions, ils peuvent me demander mon avis. Je les conseille, il n’y a pas de souci. Par contre ce n’est pas mon idée de prendre les meilleurs joueurs et de les emmener en Europe. Si cela se fait, tant mieux pour eux, mais je ne provoquerai pas cela.

Au football par exemple, les entraîneurs n’hésitent pas à conseiller les joueurs d’aller sous d’autres cieux afin de s’améliorer. Ce n’est pas votre idée ?

On ne va pas se le cacher, il est plus facile de s’améliorer dans un championnat plus relevé, comme celui de France, qu’en Algérie. Les conditions ne sont pas les mêmes. Cela aide à progresser. C’est évident. On a vu avec les joueurs évoluant en France, comme Ayoub Abdi ou Hicham Daoud, ils ont fait un bon mondial. Mais ce n’est pas mon idée.

Avant de parler du mondial revenons un peu en arrière. Il a eu toute la préparation à Alger, Annaba et en Pologne, puis ce couac du stage à Bahreïn qui a été annulé. Expliquez-nous pourquoi vous n’êtes pas partis dans le Golf ?

Ce n’est pas un couac. C’est un choix de ma part validé par tout mon staff. J’ai l’impression que les gens qui parlent ne regardent pas ce qui se passe dans le monde. Pour voyager et aller d’un pays à un autre, c’est très compliqué. Pour aller à Bahreïn, il fallait qu’on fasse 40 heures de voyage et une nuit blanche dans un aéroport à attendre une correspondance. Pour moi, j’aurais fait une faute professionnelle si j’avais accepté ses conditions de voyage.

Portes

Pourtant un autre moyen d’y aller plus rapidement existe. C’est l’affrètement d’un avion spécial pour votre équipe. Comme pour aller en Égypte, vous auriez pu aller à Bahreïn par ce biais. Cela vous aura évité ces conditions de voyage. D’ailleurs je voudrais vous faire remarquer que la presse, dont LGDF, s’est faite écho de ce manquement afin que vous ayez cet avion.

Effectivement l’avion direct c’est l’idéal. Lorsque nous l’avons pris pour aller en Égypte tout s’est très bien déroulée et même là-bas on a très bien été accueilli. Nous avons beaucoup apprécié le fait de voyager avec l’avion direct sinon cela aurait été encore un voyage très compliqué, pour aller au Caire en passant par Paris. S’il fallait avoir un avion spécial autant que ce soit celui-là. On a continué à nous préparer à Alger, à bien récupérer dans de bonnes conditions sans avoir à préparer nos sacs et prendre de multiples correspondances. Au final, il nous a manqué un ou deux matchs amicaux, je ne pense pas que cela aurait changé la face de l’équipe.

Concernant l’histoire de l’avion spécial reprise par la presse, à ce moment-là j’étais à Alger, et j’ai bien vu que cela a fait beaucoup de bruits. Si cela nous a permis d’avoir ce vol spécial, pour aller en Égypte, c’est très positif.

« Je suis en colère contre Bouchtit, il a manqué de respect à ses coéquipiers ! Concernant Slahdji, il n’a pas été très honnête avec l’EN »

Lorsque vous avez annoncé votre liste des 22 joueurs retenus, le choix des trois gardiens n’a pas fait l’unanimité. Expliquez-nous pourquoi le choix de Benmenni, qui revenait de blessure, à celui de Bouchtit. D’autant plus que Benmenni n’a pas fait une bonne coupe du monde.

L’explication est simple : Abdallah Benmenni a effectué une très bonne préparation, surtout en Pologne. Deuxième chose, Bouchtit n’a aucune sélection à 30 ans. S’il était aussi fort qu’on le prétend, il serait déjà en sélection depuis longtemps. De plus en Pologne, il est tombé malade et il ne s’est pas entraîné 15 jours. Après cela, à Alger, où on a continué à se préparer, il n’était pas performant. Ce qui est normal après 15 jours d’arrêt. Lors du match d’opposition, entre nous, il n’a quasiment fait aucun arrêt. Dans mon esprit, à 12 jours de la compétition, il n’était pas prêt, trop court. Donc je ne l’ai pas pris pour le mondial. Par contre, je voulais le prendre pour le TQO. Sauf qu’après l’annonce de la liste, il a fait des sorties médiatiques qui ne sont pas dignes de lui et d’un joueur de l’équipe nationale. Il a manqué de respect à ses coéquipiers en prétendant qu’il est meilleur qu’eux, et à moi-même, en disant qu’il n’a pas été sélectionné à cause de raisons « algériennes ». Soi-disant j’ai été influencé. Demandez aux Tunisiens si je suis influençable dans mes choix. C’était mon choix, validé à 200 % par mon staff. Aujourd’hui, Je suis toujours en colère et donc je ne le prendrai pas pour le TQO. Il nous a beaucoup déçu.

Il y a aussi le cas de Slahdji, qui devait venir et finalement il n’est pas venu en prétendant que vous ne l’avez pas appelé. Qui a raison dans cette histoire ?

Je l’ai eu au téléphone pour lui demander s’il était prêt afin que je le mette dans la liste des 35. J’ai discuté avec lui et finalement il m’a dit qu’il ne peut pas rentrer en Algérie car il a sa famille au Qatar et ne voudrait pas la laisser seule. Mais Je lui ai quand même donné la date de notre départ pour la Pologne. Quelques jours plus tard, j’ai appris qu’il était quand même rentré en Algérie. J’ai essayé de le joindre en lui laissant des messages afin qu’il nous rejoigne à Alger, pour le stage et le départ en Pologne. Mais il ne m’a pas répondu. Par contre, il a appelé mon adjoint, Tahar Labane, pour lui dire qu’il ne pouvait pas parce qu’il devait rester confiné dans sa maison. Il a refusé de communiquer directement avec moi et il n’a pas été très honnête en disant qu’il était prêt à venir en équipe nationale. J’ai bien sûr gardé tous les messages. S’il n’a pas voulu venir, il aurait dû le dire directement.

zemouchi gardien handball portugal egypt2021

Par contre Zemouchi et Ghedbane ont fait une belle compétition. Surtout Zemouchi qui a été une révélation en Égypte.

Zemouchi a été une révélation mais ce n’est pas une surprise pour moi. C’est un gardien talentueux, il avait raté la coupe d’Afrique 2020 à cause d’une blessure. Même si ses pourcentages d’arrêt ne sont pas exceptionnels, il a fait de beaux matchs.

Pour Khelifa Ghedbane, il est d’accord avec nous, il doit faire beaucoup mieux ! Il doit changer certaines choses dans sa façon de jouer. Je lui ai dit ce que j’attendais de lui. Il fait de bons arrêts aux 6 m, par contre, aux 9 m, il a encore des progrès à faire. Il a le potentiel, mais il doit changer certaines choses, dans sa préparation physique et technique. Moi j’y crois beaucoup. Il est encore jeune et il aura de gros progrès en perspective. Il a passé du temps au Vardar, où il s’est entraîné avec les gardiens Serbes. Pour moi ce type d’entraînement n’est pas adapté à son gabarit. C’est un garçon qui est à l’écoute et qui a envie de réussir. Évidemment je compte beaucoup sur lui.

« Mes regrets du Mondial : la blessure à l’épaule de Chebour et le problème d’adducteurs de Berkous qui a joué diminué »

Walid Badi qui quitte l’équipe, après le stage en Pologne, sur « un commun accord » avec vous. Regrettez-vous ce départ ?

Quand un joueur quitte l’équipe, on regarde qui est à sa place. En l’occurrence pour Walid Badi, il y a Oussama Boudjenah, Hichem Daoud et Ryad Chehbour, qui sont tous de très bons joueurs. Donc pas de regret par rapport au départ de Walid.

Walid Badi a passé un peu de temps avec nous. On a fait sa connaissance, c’est un garçon très positif et très agréable à vivre. À la fin du stage de Pologne, il est venu me voir pour me dire que si je ne le prenais pas, il vaudrait mieux qu’il aille aider son club qui joue des matchs importants pour le maintien, et dans cette perspective, son club a besoin de lui. Après une courte réflexion, et comme il allait jouer des matchs amicaux contre la Tunisie, je me suis dit que cela lui ferait plus de bien que d’aller en stage avec nous et peut-être de ne pas être pris pour la coupe du monde. On a eu une discussion en toute intelligence et transparence. Il est toujours dans mes esprits, je compte toujours sur lui, même si, aujourd’hui, il n’est pas en pole position à son poste.

Mes deux regrets lors de ce mondial sont d’avoir perdu très tôt Riyad Chebour et que Messaoud Berkous ait joué blessé. Riyad s’est blessé à l’épaule au deuxième match alors que Messaoud a joué diminué, à cause d’un adducteur qui a fini par lâcher contre la Suisse.

« Au Mondial, il y a eu de très bons moments et parfois d’autres plus difficiles dans le même match. Cela fait partie de l’apprentissage ! »

Le mondial, on va en parler : quel bilan général et enseignements en tirez-vous, avant de rentrer dans les détails ?

Dans un premier temps je suis très content que l’Algérie ait revécu une grande compétition mondiale. J’ai été parfois content de la prestation des joueurs et parfois on était très loin du haut niveau. Je suis parti à ce mondial justement pour voir à quel niveau on se situe. Pour voir ce qu’il faut améliorer ou changer. Rien que pour cela c’était très enrichissant. C’était très important pour l’équipe nationale de vivre cette compétition. Il y a eu de très bons moments, d’autres moments plus difficiles, parfois dans le même match. Cela fait partie de l’apprentissage. Quand on n’a pas vécu de tels matchs depuis six ans, c’est un peu normal qu’on passe par des hauts et des bas. J’ai bien apprécié quand on était bon, on a présenté une très bonne copie, mais quand on ne l’était pas, par exemple contre l’Islande, notre niveau est descendu trop bas. Mais globalement il y a eu de bonnes réactions.

Le 1er match contre le Maroc, on a vu une équipe nationale à deux visages. En 1ère mi-temps, les Verts ont été méconnaissables, alors qu’en 2ème période, on a retrouvé une équipe conquérante qui a voulu aller chercher la victoire. Quel a été le discours du coach à la pause pour qu’il y ait un tel changement ?

Le discours est une chose mais c’est surtout la tactique qui a changé. On a essayé que la panique change de camp. On a aussi changé notre façon de défendre : un joueur avancé, une puis défense à plat, de temps en temps, une individuelle, et ainsi de suite. On voulait que les Marocains qui récitaient leur handball en toute confiance, se posent des questions et commencent à douter. On a aussi varié notre attaque : jeu à 7, enclenchements différents ce qui a perturbé leur défense avancée. On n’a pas tout réussi, ni été totalement brillant, mais on était mieux dans le match et mieux concentré. On n’a rien lâché et on a joué jusqu’au bout pour remonter les 7 buts d’écart à la mi-temps. Ce qui est un exploit ! J’étais content de leur état d’esprit mais aussi de leur écoute tactique. Évidemment on a aussi joué sur l’orgueil, on leur a dit que ce n’était pas leurs vrais visages qu’on venait de voir lors de la 1ère mi-temps. Il fallait qu’ils se révoltent. Ils ont mieux joué tactiquement même si on a continué à rater des choses. Yacine Idirssi a aussi fait un match exceptionnel et on a fini par gagner la deuxième mi-temps 16 à 8.

joie vestaire algerie handball egypt2021

Comment expliquez-vous tous ces ratés à 6, 7 et 9m ? 

Tout d’abord on s’est retrouvé face à un très bon adversaire avec un gardien exceptionnel, qui lit très bien les tirs de l’adversaire. Il y avait aussi la pression d’un premier match en coupe du monde, tout de suite décisif pour aller au deuxième tour. Pour certains, c’est la première fois qu’il y a un match d’un tel enjeu. Pour d’autres, cela fait six ans qu’ils n’en ont pas vécu. On n’a pas su gérer tout cela d’autant plus qu’on n’a eu pas mal de ratés. Le Maroc a aussi fait un très bon match. Tout cela réunit fait que le Maroc a mené 15 à 8 à mi-temps.

Peut-on considérer que la rencontre contre la France est votre match de référence ?

Le match du Portugal en est aussi une référence. C’est un match très intéressant, on a eu une grosse défense, on a imposé notre rythme, on s’est rassuré après un mauvais match contre l’Islande. Nous avons bien inversé la tendance. Le match de la France est une référence aussi pour moi. L’état d’esprit était parfait, les joueurs se sont lâchés et libérés. Ils ont montré leurs qualités et surtout ils étaient très à l’écoute tactiquement. À chaque fois qu’on proposait quelque chose, ils le faisaient à 200 %, souvent avec succès, ce qui les mettaient dans de bonnes situations. On a fait douter la France ce qui est très bien.

Nous avons aussi fait un très bon match contre la Suisse, qui a dans ses rangs un des meilleurs joueurs du monde, Andy Schmid.  Nous avons fini par le neutraliser avec une défense modifiée, sans le prendre en individuel. C’est le signe d’une équipe qui progresse. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que les joueurs ont progressé dans les matchs. Pour continuer à progresser nous avons besoin de tels matchs.

Que ça soit contre la France ou les pays nordiques, à un moment ou un autre, on a vu les limites physiques de l’équipe d’Algérie. Les joueurs ne peuvent pas répéter les efforts. Est-ce que c’est cela qui explique les scores larges contre l’Islande et la Norvège ?

Les pays nordiques sont très forts techniquement et en plus de cela, ils sont très rapides. Le ballon va très vite, trop vite pour nous. Aujourd’hui nous n’avons pas les armes pour les arrêter. C’est le constat que j’ai fait après ce mondial. Il va falloir trouver une parade puisqu’on va jouer la Suède, vice-champion du monde, lors de ce TQO.

Que ça soit contre Islande ou la Norvège (même si on a été meilleur contre la Norvège), on n’a pas été assez fort physiquement, pas assez rapide pour les contrer et donc on a pris beaucoup de buts. C’est le jeu nordique, dès qu’on perd un ballon, en contre-attaque ça va à 2000 à l’heure.

« Kader Rahim n’a pas la qualité de tir de Hadj Sadok, mais cela n’enlève en rien la confiance que j’ai en lui »

Au fur et à mesure des matchs, vous avez changé de tactique mais aussi d’hommes sur le terrain. Vous êtes parti d’une équipe avec des joueurs locaux et au fur et à mesure vous avez incorporé les professionnels d’Europe. Par exemple, Berriah changé par Abdi ou encore Hadj Sadok par Rahim. N’était-ce pas comme un aveu d’échec ?

Pas du tout ! Ces joueurs sont tous différents. J’ai de la chance d’avoir des joueurs différents au même poste. Quand ça ne marche pas avec l’un, je mets un autre. Mais cela n’a rien à voir avec le fait qu’il soit d’Europe ou d’Algérie. Par exemple, je savais que Kader Brahim avait besoin de beaucoup de travail avec notre équipe avant de l’incorporer. Au quatrième match, contre la France, j’ai vu qu’il était prêt, alors il a joué. Effectivement on peut se dire, après coup, j’aurais dû le titulariser plus tôt ou non. Cette question peut se poser pour d’autres joueurs. Quand on perd un match on se dit toujours qu’on aurait dû faire jouer un tel joueur à la place de l’autre. Kader Rahim n’a pas la qualité de tir de Hadj Sadok. Quand on sait que Berkous est diminué, on aimerait avoir un autre tireur à côté de lui. Cela n’enlève en rien la confiance que j’ai en Kader qui a d’autres qualités, de leadership, de passes et d’organisation. D’ailleurs je lui ai montré après. J’aime aussi surprendre mon adversaire, qu’il ne sache pas avec quel joueur je vais commencer. Concernant Ayoub Abdi, il a été tellement bon que je ne pouvais pas m’en passer. Berriah nous a été d’un grand secours en défense.

kader rahimi algerie handball egypt2021

À la fin du match contre la France, vous avez noté un message sur le tableau blanc : « bravo et choukrane ». Au vu de vos relations avec les dirigeants du handball français, est ce que vous l’auriez écrit si c’était un autre pays que la France ?

Non, cela n’a rien à voir avec les joueurs ou le staff que nous avons rencontré. J’ai juste mis bravo parce qu’être à égalité avec une telle équipe de la France, à trois minutes de la fin, c’était super.

« Le comportement du Ministre des Sports est une grande preuve de respect de l’Algérie pour moi »

En parlant d’émotions, on vous a vu très ému par le message du Ministre des sports, quand il vous a rendu visite, juste avant le départ vers l’Égypte. 

Oui je l’avoue. Un ministre qui se déplace pour encourager son équipe, qui a fait en sorte que nous ayons un vol spécial pour l’Égypte, qui prend la peine de s’exprimer en français pour me remercier publiquement sur mon investissement, c’est une grande preuve de respect de l’Algérie pour moi. Comme je respecte beaucoup les Algériens, cela m’a fait plaisir d’avoir un tel retour. Je me dis qu’en France on pourrait s’inspirer un peu plus de ce qui se passe à l’étranger.

Après de moult changements de programme, des retards de salaires, la pénibilité des voyages, les conditions d’entraînement qui ne sont pas idéales, ce respect est-il l’explication du fait que vous soyez encore à la tête du Sept national ? 

Rien à voir avec tout ça, si je suis ici, c’est que je suis bien avec mon équipe. Mon contrat va jusqu’au 31 juillet 2021. Au départ, c’était jusqu’à la fin des Jeux Méditerranéens, mais comme ils sont reportés à juin 2022, la tendance est que mon contrat soit reconduit aussi jusqu’en 2022. Mais depuis le mondial, je n’ai pas encore rencontré le président Habib Labane pour en discuter. En tout cas mon idée est que je ne pars pas. Après, on ne sait pas ce qui peut se passer. Cette situation sanitaire peut tout changer. Tout peut arriver. Par contre, pour moi, si je continue dans les mêmes conditions, il n’y a pas de problèmes. Je prends beaucoup de plaisir à être avec mon équipe.

habib labane berkous khaldi souakri handball 2021

Des échéances à courts ou moyens termes, TQO et JM, arrivent rapidement. Comment allez-vous faire pour travailler sereinement avec des joueurs qui ne sont pas compétitifs par manque d’entraînement ou de compétition ? 

J’espère qu’ils vont reprendre. De toute façon, il faut absolument qu’ils reprennent car on ne peut pas continuer comme ça. Lors de la coupe du monde beaucoup de techniciens étrangers sont venus me voir pour me dire qu’ils n’attendaient pas l’Algérie à un tel niveau. Un championnat à l’arrêt depuis un an, des frontières fermées, c’est très difficile de se préparer. Nous avons été quatre mois sur cinq ensembles. Le seul mois où on s’est séparé c’est lorsque beaucoup de nos joueurs ont eu le Covid. Mais ils sont tellement courageux et sérieux qu’ils ont continué à travailler seuls. Je les ai récupérés physiquement très bien. Tout le monde s’est beaucoup investi, ils ont fait des sacrifices, mais rien ne remplace la compétition. Donc pour avoir des ambitions, il faudrait que la compétition reprenne.

Pour ce TQO à Berlin, y aura-t-il de nouveaux joueurs ?

J’ai donné une liste de 22 joueurs à la fédération. Il y a trois nouveaux visages, sans qu’il ne soit vraiment nouveaux puisqu’ils étaient dans la liste élargie de la coupe du monde. On retrouve Nassim Bellahcene de Massy, Bastien Khermouche de Dijon et le jeune Elias Bahna qui joue en Suisse. J’ai repris les 3 mêmes Gardiens. Sinon c’est du classique : ce sont les joueurs qui étaient au mondial. Le problème, aujourd’hui, est toujours lié à la situation sanitaire. Je ne sais pas quand est-ce que les joueurs évoluant en France pourront venir. Je ne sais pas, non plus, si les joueurs évoluant au Qatar auront à temps leurs visas. Il y a tellement d’incertitudes. Actuellement j’attends ce qu’il va se passer. C’est très dur de se préparer dans ces conditions, il faudra que je m’adapte et je ferais au mieux dans ce contexte.

« Le TQO à Berlin sera très relevé ! L’objectif est de montrer notre meilleur visage et voir jusqu’où on peut élever notre niveau »

Après le TQO, est-ce que vous allez construire une équipe plus jeune autour de Ghedbane, Naim, Hellal, Abdi, qui eux sont encore jeunes ? 

Oui bien sûr ! Il y a sûrement des joueurs qui voudront arrêter après le TQO. On va aussi les aider à s’arrêter parce qu’ils ont tellement donné à l’équipe nationale. Forcément cela ouvrira des portes aux plus jeunes.

Qu’elles sont vos ambitions pour le TQO ?

Le premier jour quand je me suis présenté devant mes joueurs, je leur ai dit : « mon objectif est de jouer les jeux olympiques avec eux. Je ne sais pas si cela sera en 2021 ou en 2024, mais j’aimerais bien les jouer avec vous ». Je pense que cela sera très difficile en 2021 (rire), parce que le TQO, qui nous est proposé, est extrêmement relevé. Il y a l’Allemagne, au complet chez elle, la Suède, vice-champion du monde et en pleine confiance et il y a la Slovénie qui est une très bonne nation de handball. J’aurais préféré jouer le TQO en Norvège, qui est moins relevées, avec la Corée, le Chili et le Brésil. Mais bon, on ne choisit pas. L’objectif est comme au mondial, on va essayer de montrer notre meilleur visage, pour voir jusqu’où on peut élever notre niveau. Si on peut les bousculer, on les bousculera.

handball portes banc algerie

En restant dans les ambitions, est-ce que l’ambition d’être finaliste à la prochaine coupe d’Afrique, qui se déroulera au Maroc, est-elle réalisable ?

C’est encore trop tôt pour le dire. Nous sommes dans une telle incertitude que je ne sais pas ce qui se passera dans un an. Aujourd’hui, je ne travaille pas comme je voudrais et je ne fais pas le travail que je voulais faire. Par exemple, cet été, j’avais prévu d’aller voir le championnat du monde U21. C’est lors de ce championnat qu’on trouve la relève de demain. Mais comme ce championnat est annulé, je ne pourrais le faire. J’avais aussi prévu l’année dernière, d’amener l’équipe nationale au tournoi Caraty, à Brest, où chaque année des équipes de première division du championnat de France se rencontrent. L’organisateur, que je connais bien, nous a invité cette année pour être la quatrième équipe. Mais à cause de la pandémie, il n’y a pas eu de tournoi cette année. Je ne travaille pas comme je voudrais, donc dire dans un an, on fera ceci cela, c’est impossible. Dans les conditions normales, j’aurais peut-être dit oui, on vise à la finale. Mais aujourd’hui les conditions sont tellement spéciales qu’on ne peut rien prévoir.

« Il y a très peu de binationaux qui veulent rejoindre l’EN ! Je ne compte pas sur ceux qui ne sont pas motivés à porter le maillot algérien »

Y a-t-il des joueurs binationaux qui peuvent aider l’équipe nationale ?

Il faut savoir qu’il y a très peu de joueurs binationaux qui veulent rejoindre l’équipe nationale. J’ai appelé certains d’entre eux mais très souvent la réponse est qu’ils veulent réfléchir à la nationalité du pays qu’ils veulent rejoindre. Ma réponse est tout aussi claire : je ne compte pas sur les joueurs qui ne sont pas motivés à porter le maillot algérien. D’autres comme le jeune joueur d’Ivry, Mohamed, ont déjà joué avec les sélections de jeunes de France, il faut donc attendre 3 ans pour pouvoir être autorisé à jouer pour une autre nation.

Merci coach pour la confiance que vous portez à notre site. On se donne RDV après le TQO. 

Avec plaisir, merci à vous.

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