On l’a déjà vécu le temps de la révélation. Son talent, il l’a essemé sur de nombreuses pelouses et face à une kyrielle de clubs et de nations. A présent, tout survient telle une prémonition. Une divination. Lionel Messi continue à décliner son récital et à prêcher le génial dans ce sport qu’est le football. La prophétie ne fait aucun doute. Que ce soit à la fleur de l’âge ou quand il est vétéran, la Pulga garde toujours son pouvoir de persuasion. Léo a un cran d’avance avec un pied gauche qui n’a ni semblable ni égal dans le monde.
Parti aux Etats-Unis rejoindre l’Inter Miami il y a de cela trois ans, Messi semblait en avoir fini avec les gros challenges après avoir décroché le seul trophée majeur qui lui manquait pour devenir le plus grand : la Coupe du Monde. En quasi-retraite, il a joué un football aux petits trots, loin du rythme infernal en Europe où il dictait jadis son tempo.
Exquis comme du vin, pétillant comme Hamoud
Vient alors ce Mondial. D’emblée, il n’a pas manqué de rappeler qui il était. Certes, Messi vieillit. Comme tout humain. Car a peut finir par oublier qu’il est mortel. D’ailleurs, c’est la seule chose qu’il partage avec les êtres lambdas en point en commun. Sauf qu’avec lui, le défilement des années fait que son jeu garde le caractère raffiné. Tel du vin. Peu importe l’édition et la cuvée, l’exquis est assuré. Quand on voit le numéro 10 de l’Argentine manier le ballon, on ne peut que s’en délecter. La succulence du divin.
Pour faire dans la sobriété, on le comparera à un verre de Hamoud Boualem “blanche” bien frais même si l’Algérie en a fait les frais en le voyant inscrire, mercredi dernier, un retentissant triplé. Ce lundi, c’était au tour de l’Autriche de manger un doublé et s’incliner devant un Messi millesimé 2010. Une nouvelle fois, il y avait cette impression que le digne héritier de Diego Maradona est inarrêtable. Qu’on s’y mette cinq, à six ou à dix. Sentiment d’impuissance ou aveu de soumission. C’est selon.
Patte gauche immuable, génie sans semblable
La résignation est forcée par un football à la fois simple et inaccessible. Des actions qu’on a vues et revues mais que personne ne peut vraiment anticiper. L’octuple Ballon d’Or est comme un enfant dans la cour de récréation. Sa patte gauche est un sanctuaire de procréation qui donne naissance à des instants d’anthologie. La maestria et la délicatesse domptent des records les plus réticents qui finissent par s’incliner devant une évidente prophétie.
Avec un total porté à 18 buts en CDM, le capitaine de l’Albiceleste prouve qu’il peut encore aller chercher des standards stratosphériques. En ligne de mire, il vise à rester maître du monde et préserver la couronne. Mais disons le clairement, que l’Argentine reste sur le trône où le cède, Léo restera le roi incontesté de la balle ronde. Jusqu’à la fin des temps.

