L’après Coupe du Monde doit servir normalement à mettre les choses à plat et à analyser, loin de la frénésie ambiante, les vraies raisons de l’échec des Verts. En lieu et place, c’est un véritable tribunal populaire qui est installé où les mêmes font office de juges et de bourreaux, clouant au pilori le sélectionneur national, le président de la fédération. Même l’attaché médias est jeté à la vindicte populaire. Trois coupables tout trouvés. Et les joueurs ? Étonnement, personne n’en parle. Ou peu…
Vladimir Petkovic est le premier à avoir trinqué après l’élimination de l’Algérie des seizièmes de finale de la Coupe du Monde par la Suisse (2-0). C’est la loi du jeu. Comme dit l’adage footballistique, on ne peut pas virer les joueurs, alors on vire l’entraîneur. Petkovic lui n’a pas attendu qu’on éjecte son siège. Dès le retour de l’équipe à l’hôtel et sentant la colère du public à son égard, il a fait part au président de la FAF de son souhait de partir.
Petkovic a heurté la sensibilité et fait les mauvaises compo’
La décision de Petkovic est à la fois logique et salutaire. Parce qu’il ne faut pas aller trop vite en besogne et croire que le Suisso-Bosnien est exempt de tout reproche. Loin s’en faut. Lui aussi a sa part de responsabilité et pas qu’un peu. Il est coupable de ne pas avoir mis en place une équipe après deux ans et demi à la tête des Verts. De ne pas avoir privilégié la continuité, donnant plus l’impression de faire dans les sautes d’humeur que de travailler sur le moyen terme.
Quatre matches, quatre équipes, cela montre le degré d’incertitudes et de versatilité qui ont marqué l’ère Petkovic. On peut également parler de son attitude après le match. L’homme n’a fait preuve d’aucune retenue, cédant presque à ses émotions au point de heurter la sensibilité du public, alors qu’il aurait peut être mieux fait d’attendre d’être dans un cadre plus intime du vestiaire pour féliciter ses anciens joueurs et les congratuler, si cela lui chantait.
Les joueurs doivent aussi assumer l’échec
Tous ces griefs sont à mettre sur le dos de l’entraîneur. Son départ est inévitable. Encore heureux que son nouveau contrat courant jusqu’en 2028 ne devrait pas être un frein pour une séparation sans de gros dégâts financiers. Et c’est là que la responsabilité de Walid Sadi, président de la FAF, a été pointée du doigt. Pour d’aucuns, l’actuel ministre des Sports aurait dû attendre la fin de la Coupe du Monde pour envisager une prolongation. C’est peut être vrai. Comme il est vrai aussi qu’on l’aurait blâmé de ne pas s’y être pris plus tôt si l’Algérie avait passé l’écueil des seizièmes et que Valdimir Petkovic avait réalisé des merveilles. C’est tout le paradoxe de la situation.
Walid Sadi a sans doute lui aussi des choses à se reprocher, tout comme son sélectionneur, puisque tout compte fait, chaque responsable est responsable de sa politique. Cependant, essayer d’endosser la responsabilité de l’échec de l’équipe nationale à un attaché médias est au mieux un règlement de comptes personnel, au pire de l’amateurisme béat. Parce que dans ce procès frénétique, les vrais coupables échappe à la barre. On peut toujours trouver à tout ce beau monde une part de responsabilité. Il n’en demeure pas mois que les joueurs assument le gros de l’échec des Fennecs.
Manque de rage de vaincre et des erreurs impardonnables
Faute d’un niveau technique au diapason de la Coupe du Monde, d’une rage de vaincre ou tout au moins d’une volonté de se surpasser, les coéquipiers de Riyad Mahrez sont passés à côté. Mis à part la parenthèse de l’Autriche, et encore il y a tant à dire sur les trois buts encaissés, les Verts ont commis tellement de fautes techniques individuelles que même le plus fin des tacticiens n’aurait rien changé au destin de l’Algérie pendant ce tournoi.
Avec deux gardiens incapables de répondre présents dans les moments clés du match, une défense qui prend l’eau de toutes parts, un milieu pris entre deux feux, ne sachant pas s’il faut défendre ou attaquer, le naufrage était inévitable. Et à chaque fois, la responsabilité individuelle des joueurs est engagée, soit par une passe latérale, ou un défenseur qui se fait déborder comme un débutant ou un mauvais positionnement pour jouer la ligne de hors jeu…etc. Ainsi pourrait-on énumérer toutes ces erreurs qu’on ne pardonne pas à ce niveau de la compétition ou la justesse technique est de rigueur.
Vancouver quittée sans regarder en arrière
C’est pourquoi il y a ce sentiment général aujourd’hui qu’on a cité tous les coupables, mais pas les vrais. A voir comment le Cap Vert et l’Egypte ont donné des sueurs froides à l’Argentine, on mesure l’ampleur de la faillite des Guerriers du Désert. L’état d’esprit n’y était pas. Preuve en est, dès la fin de l’aventure, la majorité a quitté Vancouver sans regarder en arrière.
Le lendemain, c’est shopping et croisière s’amuse, pendant qu’au pays, on tape sur un attaché médias qui aurait commis le crime de lèse-majesté de sortir l’équipe qui allait jouer. Ce qui est d’abord faux, puis aberrant à l’ère où les équipes circulent des jours avant. Messieurs, les adversaire analysent les systèmes de jeu, les forces et les faiblesses. Pas qui de Benbot ou Zidane sera le numéro 1.


