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La rivalité Égypte/Algérie : « Oum Dourman », quand le football prend une ampleur démesurée

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Egypte-Algérie. Quand deux pays de football s’affrontent dans un contexte poudré d’animosité, cela donne lieu à une rencontre épique et à des événements inédits. Retour sur le “match du siècle” et sur son récit hors du commun. Un très bel article signé Malik Massrali pour le site Derniers Défenseurs qu’on recommande fortement à nos lecteurs ! Bonne lecture…

Plus qu’un match : une bataille qui vient clore une campagne de qualifications riche en évènements. Le 18 novembre 2009, tous les yeux sont rivés vers le Soudan, qui accueille le match d’appui opposant l’Égypte à l’Algérie. L’enjeu est simple, le vainqueur décroche le dernier billet pour le Mondial sud-africain. La défaite est plus que jamais interdite pour les deux équipes qui voient leurs nations retenir leurs souffles. Retour sur les évènements qui ont précédé et suivi cette rencontre historique ainsi que sur les tensions diplomatiques et sociales qu’elle a engendré dans deux grands pays où le football est une religion.

Une éternelle animosité entre les deux équipes

Pour comprendre l’hostilité entre ces deux sélections rivales, il faut remonter en 1989. L’Algérie de Rabah Madjer et Belloumi se déplace au Caire, pour chercher une qualification à la Coupe du Monde 1990. Mais le football laissera place à la violence, puisque des émeutes vont éclater en plein match.

Au coup de sifflet final (1-0), les supporters égyptiens prennent à partie les joueurs algériens, Lakhdar Belloumi est accusé d’avoir crevé l’œil d’un membre du staff adverse, et sera le sujet d’un mandat d’arrêt international  qui empêche la star des Fennecs de quitter le pays.

Football Rivalries That Led to Hellbent Drama (And Some Civil Unrest) | Identity Magazine
Match aller Algérie-Egypte à Constantine en 1989 – Source : Identity Magazine

Une rivalité, deux ambiances

Vingt ans plus tard, c’est une toute autre histoire. La génération dorée des Pharaons remporte les deux dernières CAN (une troisième d’affilée un an plus tard), portée par le très grand Aboutreika, le capitaine Ahmed Hassan, ou encore l’indétrônable gardien Essam El Hadary. La plupart de l’effectif évoluant dans les deux principaux clubs de la capitale : Al-Ahly et le Zamalek, les joueurs se connaissent bien et règnent sur le continent africain depuis un moment.

Cependant, les hommes d’Hassan Shehata n’ont désormais qu’un objectif : une participation à la Coupe du Monde 2010, ultime opportunité pour ces joueurs de confirmer leur domination en Afrique et d’enfin briller sur la scène internationale.

Pour cela, il faut terminer premier du Groupe C, composé de l’Algérie, de la Zambie, et du Rwanda. Aucun doute, ce groupe est à leur portée même si il faudra se méfier des Verts, un effectif jeune et dynamique en pleine reconstruction qui hérite de talentueux binationaux (grâce à la « loi Bahamas* » adoptée par la FIFA) à l’image de Karim Ziani ou Mourad Meghni. Dès le début des éliminatoires, l’Algérie est tenue en échec au Rwanda (0-0) alors que l’Egypte se fait surprendre par la Zambie (1-1).

Lors de la deuxième journée, les Fennecs, toujours invaincus au stade Mustapha Tchaker, accueillent Aboutreika et ses coéquipiers. Après une première mi-temps serrée avec un score nul et vierge,  l’Algérie rentre des vestiaires et inscrit trois buts en un peu plus d’un quart d’heure.

L’euphorie est à son apogée à Blida, malgré la réduction du score des égyptiens à la dernière minute. Il s’agit donc d’une énorme déception pour les favoris du groupe qui, dès la deuxième journée, n’ont pas leur avenir en mains et doivent espérer un faux pas de leurs rivaux.

S’ensuit un parcours sans faute des deux équipes, qui remportent leurs trois autres rencontres avec la même différence de buts, et doivent donc s’affronter le 14 novembre au Caire pour le compte de la dernière journée des éliminatoires…

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L’équipe d’Egypte face au Brésil lors de la Coupe des Confédérations 2009 © Shaun Botterill

Une tension naissante

      Vous l’aurez compris, l’enjeu est immense, l’animosité omniprésente, et le scénario ébouriffant. Ces deux nations qui respirent le football espèrent une qualification depuis une vingtaine d’années, et l’Algérie, avec sa victoire au match aller part avec un avantage, une défaite sur la plus petite des marges est suffisante pour décrocher son billet sud-africain au coup de sifflet final. La pression est énorme sur les épaules des Pharaons, pourtant favoris du groupe, et la tension monte dès l’arrivée des algériens au Caire.

La délégation se retrouve attaquée par les supporters locaux en rejoignant l’hôtel. Le bus est caillassé, les images sont filmées par les joueurs et font le tour du monde, certains cadres de l’effectif, à l’image de Rafik Halliche ou Khaled Lemmouchia, sortent du bus le visage couvert de sang. L’accueil est glacial, la guerre est déclarée, la minorité de supporters algériens présents dans la capitale égyptienne se retrouvent attaqués devant les caméras de Canal+.

Pourtant, malgré des preuves à l’appui, la version officielle relayée par la presse locale insiste sur le fait qu’il s’agirait d’une mascarade des algériens, prétendant que les projectiles ont été jetés à partir de l’intérieur du bus. Le sang et les blessures sur les visages des joueurs ne seraient autres que de la sauce tomate.

Côté algérien, la colère monte au sein des joueurs mais aussi du peuple. À Alger, les bureaux de certaines sociétés égyptiennes sont saccagés pendant la nuit et ces derniers crient au scandale. La tension diplomatique semble inévitable : l’Égypte rappelle son ambassadeur à Alger et le président de l’époque, Hosni Mubarak, n’hésite pas à sauter sur l’occasion pour faire grimper sa cote de popularité auprès d’un peuple mécontent.

Tout un processus de récupération et d’instrumentalisation politique est alors mis en place, et les fils Alaa et Gamal Mubarak autrefois mal-aimés, sont présentés comme des héros qui se battent pour la dignité de leur pays après une interview de ce dernier diffusé sur la télévision nationale.

La veille du match, les égyptiens se réunissent devant l’hôtel de la délégation algérienne et ne cessent de klaxonner jusqu’à 3 heures du matin. Le Jour J, la situation est telle que Rafik Saifi et ses coéquipiers sont escortés par des tanks militaires. La sécurité est renforcée à son plus haut point, dans un contexte alors inédit pour un match de football.

C’est dans ce climat pour le moins hostile que les Fennecs entrent sur la pelouse du Stade International du Caire, minuscules devant les 100 000 spectateurs qui huent leur hymne et qui déploient la fameuse banderole « Welcome to hell » (Bienvenue en enfer). Minuscules, mais aussi impuissants face à l’ouverture du score de Zaki d’entrée de jeu, suite à un cafouillage dans la surface.

Le périple se poursuit pour les algériens lorsque tout un stade saute d’euphorie, mais avec ce score ils restent virtuellement qualifiés pour le Mondial 2010. Il fallait un écart de 3 buts pour que l’Egypte se qualifie, mais un écart de deux buts leur permettrait tout de même de forcer un match d’appui sur terrain neutre.

Les hommes de Rabah Saadane, victimes deux jours plus tôt d’une terrible agression lors de leur arrivée, ont tenus à jouer cette rencontre comme prévu. Même s’il fallait aligner des blessés sur le terrain, ils s’accrochent à l’exploit en résistant à l’ogre africain.

A quelques secondes de l’Afrique du Sud, et de faire taire tous les débats, les algériens ont leur ticket à portée de main. Mais, sur un centre dangereux à la 96eme minute de jeu, Madjid Bougherra repousse le ballon, qui atterrit dans les pieds d’Ahmed Fathi aux abords de la surface, s’ensuit un centre au second poteau pour Imad Meteb, pourtant en position d’hors-jeu, qui parvient à mettre le ballon de la tête dans les filets.

En un instant, 100 000 spectateurs, à l’image des 80 millions d’égyptiens sont en ébullition. Les Pharaons n’avaient pas gagné un match, non, ils avaient remporté une bataille décisive, synonyme d’énorme espoir de voir cette génération dorée participer à la Coupe du Monde.

Amr Hassan Zaki - Amr Hassan Zaki Photos - Egypt v Algeria - FIFA2010 World Cup Qualifier - Zimbio
Amr Zaki et ses coéquipiers célèbrent l’ouverture du score à la deuxième minute de jeu face aux Fennecs ©Clive Mason/Getty Images Europe

Les joueurs, les supporters, la presse sentaient déjà une belle odeur d’Afrique du Sud. Le pays entier est en fête, les algériens, eux, sont crucifiés. Le moral au plus bas, inconsolables après être passés proches d’un si bel exploit suite à une performance héroïque dans les conditions les plus difficiles.

En quelques secondes, les Verts ont vu leur billet changer de destination : s’ils veulent rejoindre l’Afrique du Sud, il faudra faire escale au Soudan pour battre Aboutreika et ses coéquipiers en pleine confiance et logiquement favoris.

Match du siècle sur terrain neutre

A Alger, la foule est immense devant les agences de voyages et à l’aéroport, où certains supporters campent pendant des jours afin de se procurer les premiers billets vers Khartoum. Le gouvernement affrète une trentaine d’avions, et des vols sont subventionnés ou encore gratuits. L’Algérie veut faire du Soudan son jardin et jouer à domicile sur terrain neutre lors de ce match plus qu’historique, symbolique.

En Egypte, le peuple est confiant d’enfin voir sa grande équipe exposée sur la scène internationale. Fiers de leur récente victoire face aux algériens, ils sont conscients d’affronter une équipe perturbée, voire traumatisée par le contexte, et dont certains cadres de l’effectif sont blessés depuis leur périple Cairote.

Les fils du président Mubarak, ainsi que la plupart de l’élite égyptienne font le déplacement, les célébrités locales sont très volubiles sur cette rencontre qui fait couler énormément d’encre.

Sur place, le chef d’Etat soudanais fait fermer les écoles, bureaux et certains commerces d’Oum Dourman le jour de la rencontre. Des milliers de soldats sont déployés, et les forces de l’ordre sont omniprésentes dans la ville voisine de la capitale soudanaise.

Rafik Halliche - Rafik Halliche Photos - Egypt v Algeria - FIFA2010 World Cup Qualifier - Zimbio
Rafik Halliche, blessé lors du caillassage du bus algérien, est désemparé à la fin d’Egypte-Algerie (2-0) © Clive Mason/Getty Images Europe

Les supporters égyptiens arrivent en premier et ne croisent à aucun moment les supporters adverses. Toute une ville s’est réorganisée le temps d’une journée ! Ce sport n’a jamais pris autant de proportions, la pression est considérable et la tension de plus en plus palpable. Le stade est bondé dès l’après-midi, et malgré une ambiance favorable aux algériens dans les tribunes, tous les éléments semblent pencher en faveur des égyptiens, favoris comme ils l’ont toujours été en Afrique.

Les Fennecs sortent d’un tunnel, en face d’eux, les Pharaons descendent les escaliers qui mènent au terrain. Les hymnes retentissent, Ziani et ses coéquipiers tournent le dos à leurs adversaires avant d’entonner Kassaman avec les 15000 supporters des Verts présents au stade. Premier geste fort de la soirée qui ne vient que de débuter, les 22 acteurs sont sur la pelouse, devant eux, 90 minutes pour écrire l’histoire, une histoire qui ne sera jamais oubliée quoiqu’il arrive.

L’arbitre siffle le coup d’envoi et les deux camps sont conscients qu’ils ont tout à perdre dans ce qui est bien plus qu’un simple match de football, le ballon rond a pris une ampleur sans précédent, remarque-t-on en apercevant les militaires soudanais qui encerclent le terrain. Un match à faire grincer des dents, comme on pouvait s’y attendre, les deux gardiens se distinguent, aucune équipe ne se démarque, avant ce moment, qui restera à jamais gravé dans les annales du football africain.

Long ballon de Karim Ziani vers la surface, le ballon rebondit, avant qu’Antar Yahia au second poteau délivre tout un pays et en crucifie un autre sur une demi-volée qui effleure la barre transversale avant d’atterrir dans les filets d’El Hadary. On joue la 40eme minute, Algerie 1, Egypte 0. Le score restera le même au coup de sifflet final, donnant lieu à des scènes de liesse aux quatre coins du globe.

Un héros est né ce jour-là au Merreikh Stadium, le portier des Fennecs Faouzi Chaouchi qui lors de sa troisième sélection seulement, remplaçant Gaouaoui suspendu, a magnifiquement gardé sa cage inviolée face aux doubles champions d’Afrique en titre.

Il y a 10 ans, Oumdourman - Le récit d'un exploit majuscule
Le gardien algérien Faouzi Chaouchi euphorique après le coup de sifflet final à Oum Dourman

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