Mardi, Jaouad Syoud a déroché la première médaille d’or pour l’Algérie lors des 17es Championnats d’Afrique de natation (05-10 mai) qui se déroulent au complexe Miloud Hadefi (Oran). Le nageur était naturellement fier de son exploit (si l’on peut l’appeler ainsi) dans une finale directe qui a enregistré la participation de 5 nageurs seulement dont un du modeste Madagascar qui a été disqualifié. C’est juste pour situer le niveau de performance et rappeler que c’était une finale de circonstance et pas conforme au règlement. Sans parler du chronos qui reste loin des standards mondiaux et des meilleurs temps de Syoud. Décryptage.
Ce qui retient l’attention, c’est la déclaration d’après-course. Syoud se présente face aux médias content de son titre. Jusque-là tout est légitime. Puis, surviennent les plaintes récurrentes. A demi-mots. Telle une rengaine. Des vagues incessantes pour surfer sur un nationalisme de subventions. “Il y a des gens qui ne veulent pas que je réussisse. Il y a des gens qui ne voulaient pas que je vienne ici participer à la compétition. Je ne veux pas parler de ce sujet et les choses négatives parce que la compétition se déroule chez nous”, lâche-t-il.
Le penchant pour le conflictuel est manifeste. Il est greffé à un discours destiné à la consommation comme ce “j’essaie de rendre fiers les Algériens. Je dédie cette médaille aux 69 wilayas et aux Algériens qui vivent à l’étranger.” Pour une médaille d’or dans une compétition sur laquelle les meilleurs nageurs d’Afrique comme Chad Le Clos (pour ne citer que lui) ont fait l’impasse, ce n’est pas “ouf” comme offrande.
Ton satisfaisant, temps décevant
Mais bon, l’essentiel était ailleurs. Loin de la couleur du métal, on va parler de ce chronomètre qui semble convenir au natif de Perpignan. Un 2:00.07 qui n’a rien de prometteur ou d’emballant. En comparaison, Hicham Hamdy Zein (17 ans/Egypte), médaillé d’or “juniors” dans ce rendez-vous, a bouclé la même distance dans la même spécialité avec un 2:00.55.
Pourtant, Syoud dit être “très content du chronos. ça fait très longtemps que je n’ai pas nagé 2:00. C’est vraiment énorme.” Il justifie cela en notant que “samedi j’étais dans la montagne et dimanche je suis venu à Alger puis j’ai rallié Oran. Je pense que j’étais exemplaire dans ma manière de nager et ça s’est vu.” La satisfaction est un sentiment intime auquel on ne peut pas toucher.
Toutefois, dans le domaine natatoire, ce temps est très faible. D’ailleurs, il est à près de 2 secondes de retard des minimas B qualificatifs aux Championnats du Monde et près de 5 secondes pour les minimas A. C’est tout simplement un gouffre. La déception reste légitime compte tenu du potentiel initial de l’athlète. Surtout que les autorités sportives du pays n’ont pas manqué de mettre le paquet sur Syoud depuis plus de 5 ans pour qu’il passe un cap.
Pas de retour sur investissement
Sur ce qu’on voit et à la lumière des récentes participations aux Mondiaux et Jeux Olympiques, on ne peut pas dire qu’il progresse. Il y a même une nette régression pour un sportif qui nageait sous la barre des 2 minutes (1:58 et quelques poussières) dans ses différentes nages sur 200 mètres il y a 4 ans de cela. Sportivement, à 26 ans (il en aura 27 en septembre), il a passé l’âge du pic athlétique. Aujourd’hui, on voit des nageurs devenir champions olympiques et champions du monde à 20 ans à peine pas plus loin que chez nos voisins en Tunisie.
Certes, on n’est pas fou de demander à Syoud d’aller décrocher ce genre de consécrations. Toujours est-il qu’il a constamment été mis dans les meilleures dispositions financières pour gagner des galons dans sa discipline. En vain. Et prétendre le contraire serait irrespectueux envers la Présidence même qui avait pris possession de son dossier le mettant sur le même pied qu’Imane Khelif et Djamel Sedjati pourtant primés à un niveau bien plus élevé.
Chasse aux primes et altruisme vanté
Aujourd’hui, la méconnaissance de la natation fait que de nombreux relais d’information se font duper par ces titres en trompe-l’œil prenant Syoud pour le repère de santé de la natation algérienne. Lui qui cristallise toute la lumière et phagocyte le gros du budget de la Fédération (FAN). Dans ses déclarations, il prétend être solidaire et proche des autres athlètes de la sélection. Ce qui n’est pas vraiment le cas puisqu’il est constamment dans une bulle à part. Il mange seul, s’entraîne seul et dort seul. La concentration est une chose. La sociabilité s’en est une autre.
Pourtant, au sortir de la finale du 200 mètres pap’, il avait déclaré que “c’était très important pour moi de gagner aujourd’hui pour montrer le chemin et l’exemple aux gars qui sont dans les gradins et qui vont nager dans cette compétition et montrer la bonne mentalité. Il faut tout le temps être positif. J’espère qu’ils feront de bons résultats. Je leur souhaite que le meilleur.”
Ce qu’il ne dit pas en revanche c’est qu’il s’était enregistré sur 10 courses avant de renoncer 5 d’entre elles (il choisit celles où il a le plus de chances de terminer 1er) privant d’autres compatriotes de pouvoir être sur le plot de départ ou toucher d’éventuelles primes de victoire (600 000 DA pour l’or africain et 3 fois le smic sur une année) comme il l’a fait dans d’autres compétitions. L’altruisme n’est que prétention. A bon entendeur.
