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Rafik Djebbour: “Bougherra est un très grand entraîneur en devenir !”

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Dans un entretien exclusif accordé à Onze Mondial, l’ancien international algérien Rafik Djebbour (33 sélections, 5 buts entre 2006 et 2014) est revenu sur les meilleurs moments de sa carrière et a donné son point de vue sur la sélection de Belmadi et l’élimination cruelle du Mondial 2022. Aussi, l’ancien buteur de l’Olympiakos s’est enflammé pour son ancien coéquipier Madjid Bougherra qu’il considère comme le prochain grand entraineur du football algérien ! Morceaux choisis.

Que deviens-tu depuis ta fin de carrière de joueur ? 

Comme tout joueur professionnel, après la fin de ma carrière, j’ai fait un petit break. J’ai pris le temps de récupérer et de réfléchir à mon avenir. Le football, ça a été toute ma vie, il m’a tout donné. J’avais à cœur de m’inscrire dans un projet autour du football. Aujourd’hui, je suis manager intermédiaire, une sorte de représentant pour le football grec. De par mes très bons contacts ici, j’ai par exemple facilité les transferts de Djibril Sidibé et de Bakary Sako en Grèce cet été.

Plus précisément, quel est ton vrai rôle ?

Aujourd’hui, en France, on a la chance de fournir énormément de talents. Comme tout le monde le sait, il n’y a pas de place pour tous. Il s’agit quelque part d’aider toutes ces personnes qui n’arrivent pas à trouver une suite pour leur carrière, leur offrir une opportunité de grandir dans un autre environnement et dans un football compétitif. Outre le marché français, et de part mes origines algériennes, c’est important pour moi d’aider également les pays africains et donner des possibilités à tous ces joueurs qui ont du talent mais pas forcément les bonnes personnes pour les guider et leur donner l’opportunité de s’exprimer en Europe.

Pourquoi as-tu choisi de rester en Grèce après ta carrière ?

Parce que c’est un pays qui m’a bien reçu, bien adopté. Surtout, c’est ici que j’ai écrit ma propre histoire footballistique. À partir de là, je trouvais que c’était une suite logique à mon évolution aussi bien privée que professionnelle.

Si tu pouvais revenir en arrière, que changerais-tu dans ta carrière ? 

Si je devais changer des choses…Pour être honnête, peut-être mon professionnalisme. Après, sur les décisions sportives, c’est un peu trop facile de dire j’aurais pu faire ci, j’aurais pu aller là. J’ai écouté mon cœur, j’ai suivi mon destin avec passion pour ne pas regretter mes choix. Dans la vie, on peut toujours faire mieux et c’est facile de parler après. Mais le plus important, je pense, c’est le professionnalisme.

“Le football d’aujourd’hui est plus basé sur du business que du football”

Rafik Djebbour avec l'Olympiakos

En clair, être plus irréprochable que tu ne l’as été ?

Ouais, c’est ça. Aujourd’hui, quand on voit le développement du football, c’est beaucoup basé sur la préparation psychologique, physique, mentale. Je pense que ça, ce sont des détails qui m’ont fait défaut en tant que joueur. Bien entendu que je n’étais pas non plus hors professionnalisme, mais j’aurais pu être plus performant, plus constant et avoir d’autres ambitions.

Tu parlais de faire le pont entre la France, l’Afrique et la Grèce où tu es arrivé à l’âge de 20 ans. Tu pourrais jouer le rôle de grand frère auprès de ces jeunes, ça te plairait ?

Exactement. Grand frère, frère, compatriote ou du moins joueur qui devait avoir un parcours tout autre et qui a su relever la tête. Ma force mentale fait que j’ai réussi à relever des challenges quasi impossibles à la base. Quand il y a des joueurs faits pour réussir en France, mais que ça ne se passe pas bien, je suis là pour les guider aussi bien d’un côté sportif qu’au niveau de l’accueil, car le football méditerranéen ne ressemble en rien à celui plus européen. Il est basé sur la passion, l’agressivité, la résistance mentale, ce sont beaucoup de détails qui ne sont pas forcément appris en académie. En académie, on nous apprend à être plutôt solide sur la base tactique, physique, l’endurance et tout ce qui va avec. Mais sur le côté mental, on ne travaille pas assez. Ici, c’est le cas.

Plus globalement, quelle est ta vision du football actuel ?

Un petit peu contrastée. Pourquoi ? Car le football d’aujourd’hui est plus basé sur du business que du football. J’ai débuté ma carrière quand le football business a commencé à éclater. Mais il y avait encore un environnement de joueurs, d’entraîneurs, de gens autour du terrain passionnés et qui aimaient le football avec ses vraies valeurs. Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est un football de PlayStation. On aime tout ce qui est robotisé, ça parle plus d’argent, de sponsors, que de football.

Tout ce que tu n’as jamais aimé dans ta carrière…

Tout ce que je n’ai jamais aimé parce que comme je l’ai dit, c’était sûr que j’allais revenir dans le football. C’est ce que j’aime le plus, je suis un vrai passionné. Je suis un enfant de L’Équipe du Dimanche, de Téléfoot, de tout ce qui pouvait coller avec le football. Et bien sûr pratiquer ce sport comme tous les enfants des quartiers français, jouer du matin jusqu’au soir. Je suis un peu nostalgique de tout ça et je trouve ce changement dangereux pour la suite.

“Belmadi a mis l’Algérie au sommet du football africain”

Rafik Djebbour avec l'Olympiakos

Est-ce que tu continues à suivre l’actualité de l’équipe d’Algérie ?

Toujours ! Le championnat moins, mais l’équipe d’Algérie, oui. J’ai toujours un œil attentif à ce qui se passe. D’ailleurs j’ai été très touché par l’élimination et comment elle a été éliminée (contre le Cameroun en barrage de la Coupe du Monde, ndlr). Je pense qu’en 2022, ce n’est pas permis surtout quand on parle de VAR et de système de vidéo intelligente qui puisse régler tous les problèmes. Finalement, l’Algérie perd sur une grosse erreur d’arbitrage et quand on voit que le même arbitre a été sélectionné pour la Coupe du Monde, on se pose des questions sur les valeurs du football africain.

Par rapport à l’Algérie, que penses-tu de son évolution depuis l’intronisation de Djamel Belmadi ?

Dans l’ensemble, Djamel Belmadi amène une belle prestation footballistique. Il a ramené une autre envie, un autre regard sur l’Algérie. Il a mis l’Algérie au sommet du football africain, on en parlait même mondialement. Malheureusement, la régularité n’a pas été au jour à cause du vol qu’on a subi en barrage. C’est dommage pour le groupe, pour les joueurs, pour Belmadi. Mais je pense que l’Algérie doit se méfier, les challenges de demain, c’est la formation et on accuse énormément de retard. Là où beaucoup de pays concurrents en Afrique ont développé des académies dans tous les sens, l’Algérie continue à rester sur ses acquis et ça, ça commence à être très dangereux.

Es-tu resté en contact avec des gens du foot ? Si oui, lesquels ?

Oui, pas mal. Lesquels, ça relève du privé. Les gens que j’ai autour de moi sont aussi bien des footballeurs et entraîneurs que j’ai côtoyés que des directeurs sportifs et agents. 80% des gens avec qui je suis en contact ont un rapport avec le football.

Beaucoup de tes anciens coéquipiers en sélection ont rebondi en prenant de nouvelles fonctions après leur carrière. Je pense à Yahia, Matmour ou Bougherra. Pourquoi ne pas avoir pris ce virage ?

Je suis focus sur mes projets personnels même si j’ai eu l’opportunité de travailler avec Madjid (Bougherra, sélectionneur de l’Algérie A’, ndlr). D’ailleurs, pour moi, c’est le futur grand entraîneur du football franco-algérien. C’est un entraîneur complet, il a toutes les qualités d’un entraîneur moderne. Il est très intelligent dans sa manière d’entraîner, sa gestion humaine est extraordinaire, je pense que c’est un entraîneur sur lequel il faudra parier à l’avenir. Il l’a prouvé en gagnant la Coupe Arabe. Un jeune entraîneur sans grande expérience peut créer la sensation. Il a affronté des coachs comme Carlos Queiroz, qui a été l’adjoint de Ferguson et qui est un très gros nom au Portugal et qui était à la tête d’une sélection supérieure à tout le monde car l’équipe d’Égypte était à 70-80% au complet malgré l’absence de Salah. Madjid est un très grand entraîneur en devenir.

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Est-ce qu’il y a d’autres techniciens qui te plaisent dans le football actuel ? 

Ce n’est pas un technicien, mais plutôt un directeur sportif que j’ai envie de citer. Il s’agit de Karim Benounes (ex-international algérien), une personne méconnue mais très douée, très intelligente, qui a un vécu extraordinaire dans le football. Il est très intelligent dans la manière de gérer les attentes des clubs, dans ses choix. Je pense que ça ferait un très grand dirigeant algérien si on venait à le contacter. Je le verrais bien occuper un gros poste à la DTN du fait qu’il possède un vrai bagage, une vraie expérience.

Pour finir, que peut-on te souhaiter pour la suite ? 

En général, j’ai envie de transmettre un message positif et demander aux amoureux de football de ne pas abandonner, de rester dans ce monde et de lutter contre ce football business. Je suis nostalgique des vraies heures de football, des vrais moments, des gens qui aiment le football et qui parlent avec des gens qui aiment aussi le football.

Entretien à retrouver en intégralité sur le Magazine Onze Mondial !

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