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CAN 1982 : Algérie–Ghana (2-3, après prolongations), la minute de trop

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La Gazette du Fennec continue la saga des matchs qui ont marqué l’histoire des Verts en phase finale de Coupe d’ Afrique des Nations. Après Algérie–Maroc de la CAN-1980, nous avons choisi pour la CAN-1982, le match de la demi-finale qui a, paradoxalement, vu l’équipe d’Algérie se faire éliminer par les Black-stars du Ghana et perdre à une minute près, une occasion en or de gagner sa première coupe d’Afrique.

Les matchs de légende de la CAN

CAN 1982 : Algérie 2 – Ghana 3 (après prolongations), la minute de trop

La fiche technique :

Stade : Stade du 28-Mars de Benghazi –Libye-

Affluence : 5 000 spectateurs

Arbitre : Bester Kalombo (Malawi)

Buts : Zidane (29’), Assad (62’) Algérie

Alhassane (4’ et 103’), Opoku Nti (90’) Ghana

Avertissements : Madjer (33’), Merzekane (42’) Algérie

Expulsion : Fergani (55’) Algérie

Algérie : Cerbah, Larbès, Kouici, Horr, Merzekane (Djenadi 46’), Bencheïkh, Madjer (Yahi 46’), Fergani, Zidane, Belloumi, Assad / Entraîneur : Mahieddine Khalef

Ghana : Mensah, Yusif, Sampson, Lamptey, Paha, Asaase, Essien, Quarshie, Alhassane, Badu, Abbrey (Opoku Nti 46’) / Entraîneur : Charles Gyamfi

onze algerie contre ghana can 1982 en libye

Le compte rendu de l’époque :

L’équipe algérienne n’ira pas en finale. Le verdict est tombé, il n’y aurait peut-être rien à redire si le résultat final se pliait servilement à la loi du sport.

Dans ce match Algérie – Ghana, l’arbitre M. Kalombo (Malawi), a fait ce qu’il a voulu avec sa manière folklorique de concevoir les choses du football. Et là, il y a beaucoup à redire dès lors que le referee fit des siennes en influant grandement sur le cours du match ; le parti-pris était trop fragrant et les décisions arbitraires trop évidentes.

Est-ce ainsi qu’on espère faire progresser le football continental ? Loin de nous l’idée d’expliquer la contreperformance de nos sélectionnés. Mais, force est d’admettre que M. Kalombo a grandement défavorisé nos joueurs, en montrant d’entrée ses intentions, il avait choisi son camp.

D’ailleurs, on arrive mal à expliquer sa désignation imposée par certains, dit-on, alors qu’initialement c’était le Mauricien Picone qui devait officier ce match ?

Il y a quelque chose d’étrange dans cette affaire, parce que c’en est une. En tout cas, c’est un sacré coup porté aux valeurs sportives et ceux qui travaillent en coulisses ne devraient pas en être fiers. Bien plus que le Ghana, l’arbitre fut incontestablement un autre adversaire.

Contre l’adversité, il y a plusieurs manières de faire face. L’équipe nationale n’était-elle pas menée ? Elle a eu l’impulsion opportune de renverser la vapeur. Sur un contre heureux, Alhassane, à la 4’, avait déjà donné l’avantage à son équipe. La riposte algérienne était généreuse, mais encore une fois infructueuse, il a fallu la patte de Zidane pour rétablir l’équilibre (29’). Auparavant, Kouici verra son tir heurter la transversale (7’), alors que Belloumi de la tête percutera le cuir sur le poteau (13’) encore que ce même joueur aurait dû bénéficier d’un penalty (12’) sur lequel évidemment, M. Kalombo, ferma les yeux.

ghana 1982 team

L’équipe algérienne domine son sujet, mais reste très prudente sur les contres adverses.

Sa domination sera d’abord affectée par l’expulsion de Fergani et malgré cet impondérable, l’EN réussira à prendre l’avantage grâce à Assad qui reprendra de la tête un centre de Yahi (63’). Jusque-là, l’équipe algérienne a fait front contre l’adversaire avec beaucoup de courage. Mais, les décisions de l’arbitre finiront par irriter les joueurs. L’EN résiste jusqu’à la dernière minute lorsqu’Opoku Nti, dans un paquet de joueurs, profite d’une erreur de Cerbah et marque. On imagine l’impact psychologique sur le moral de l’équipe, de surcroit diminuée numériquement et au bout de ses forces.

Les prolongations allaient être, de ce fait, pénibles. Malgré cela, la sélection algérienne se créera une multitude d’occasions, mais c’est encore Alhassane qui portera l’estocade à la 103’ profitant d’une grossière erreur de Larbès. Les jeux étaient faits, mais au-delà de la production moyenne de l’équipe, il y a tout lieu de penser que les dés étaient déjà pipés, Kalombo, par sa partialité, a sans doute été le grand vainqueur de ce match qui opposait pourtant deux équipes dont le football bien fait est connu.

Envoyé spécial d’El Moudjahid : Hamid TAHRI

La déclaration :

Mahieddine Khalef : « Nous avions les moyens de remporter cette Coupe d’Afrique »

« Nous nous sommes battus nous-mêmes au cours de cette demi-finale. Certains joueurs ont été trop nerveux et nous avons gâché beaucoup d’occasions. Nous avons un problème au niveau de la finition que nous devons résoudre d’ici au Mondial. Cette défaite est décevante car nous avions les moyens de remporter cette Coupe d’Afrique, mais ce n’est tout de même pas la fin du monde. »

Khalef et Bencheikh can 82

Potins :

Qualifiée pour la CAN-1982, la sélection tunisienne a choisi l’Algérie pour préparer le rendez-vous libyen en raison des excellentes installations en Algérie, mais aussi pour s’habituer au tartan puisque les stades de Tripoli et de Benghazi qui ont abrité les matchs de la CAN étaient dotés de pelouses synthétiques.

Trente-sept pays sur quarante-deux inscrits à la CAF ont participé aux éliminatoires de la 14e édition de la Coupe d’Afrique des Nations. Un record pour le Continent. A noter que Cinquante-quatre pays représentent l’Afrique aujourd’hui.

Les demi-finales et la finale devaient être retransmises en direct sur les télés… chilienne et péruvienne à condition que le Cameroun et l’Algérie, adversaires du Pérou et du Chili en Coupe du monde soient qualifiés.

Le Président de la FIFA M. Joao Havelange et après avoir assisté à l’ouverture de la CAN-82, a effectué un séjour de 24 heures en Algérie où il a été reçu par Abdenour Bekka, ministre de la Jeunesse et des Sports.

Alors que le sélectionneur autrichien a fait le déplacement à Benghazi pour superviser l’Algérie, son adversaire en Coupe du monde, Jupp Derwall s’est contenté de voir des cassettes vidéo des matchs de l’équipe nationale. Résultat des courses, l’Algérie a pu battre l’Allemagne, mais n’a rien pu faire contre l’Autriche. Comme quoi…

Belaïd Lacarne, l’arbitre algérien est l’un des quarante arbitres retenus pour la Coupe du monde en Espagne. La FIFA a communiqué à Zurich la liste des arbitres qui devaient officier durant le rendez-vous planétaire du football.

L’histoire :

Djamel Zidane, premier professionnel algérien à jouer une CAN

Jusqu’aux années 90, les joueurs africains évoluant en Europe avaient du mal à rejoindre leurs sélections pour les rencontres internationales. Il fallait négocier ferme pour chaque rencontre internationale. Si pour l’Euro, la Copa América ou la Coupe du monde qui se déroulaient en été donc en fin de saison, le problème ne se posait pas, la Coupe d’Afrique des nations qui se déroulait en mars jusqu’en 1996 posait une véritable colle aux fédérations de l’époque. Il fallait négocier ferme, mais toujours en position de faiblesse par rapport aux clubs employeurs.

CAN 1982 Zidane Assad contre ghana

C’est pour cette raison que lors des deux premières CAN (68 et 80), il n’y avait aucun joueur évoluant en dehors de l’Algérie. Le premier joueur professionnel convoqué à une CAN a été Djamel Zidane qui évoluait à Courtrai en Belgique et qui n’a été libéré par son club qu’à partir des demi-finales de la Coupe d’Afrique des nations 82. Zidane n’a joué qu’un seul match, celui contre le Ghana et a pu marquer le premier but des Verts. Deux ans après et lors de la CAN-84, cinq joueurs faisaient partie de l’effectif, mais l’un d’eux, Djamel Zidane en l’occurrence, n’a pu rejoindre l’équipe, les autres à savoir Bensaoula (le Havre), Madjer (Racing Paris), Kourichi (Bordeaux) et Mansouri (Montpellier) ont pu se déplacer en Côte d’Ivoire en pleine compétition.

ali Bencheikh 1982 contre ethiopie

Ainsi et à chaque phase finale de Coupe d’Afrique, la Fédération Algérienne de Football tout comme les autres fédérations africaines avaient du mal à bénéficier des services de ses joueurs évoluant à l’étranger. La situation changera à partir de la CAN-1996 avancée à janvier-février, soit pendant une partie de la trêve hivernale dans certains championnats européens, mais il n’était jamais acquis d’avoir tous les joueurs algériens à la disposition du staff technique.

CAN 1982 madjer contre ethiopie

Beaucoup de joueurs ont d’ailleurs perdu leur place en club en raison de leur fidélité à la sélection de leur pays, d’autres ont même vu leurs contrats résiliés comme Karim Maroc et Fawzi Mansouri jusqu’à l’évènement des dates FIFA et le fameux règlement concernant la mise à disposition obligatoire des joueurs professionnels pour leur sélection nationale donc voici le contenu :

Mise à disposition des joueurs pour les équipes représentatives des associations

1 Principes applicables au football masculin

  1. Un club ayant enregistré un joueur doit mettre ce joueur à la disposition de l’association du pays pour lequel le joueur est qualifié, sur la base de sa nationalité, s’il est convoqué par l’association en question. Tout accord contraire entre un joueur et un club est interdit.

L’anecdote :

Rogov remercié après avoir qualifié les Verts en Coupe du monde

Mahieddine Khalef a été installé à la tête de l’équipe nationale, la veille du départ en Libye en remplacement du trio Rogov – Maouche – Saâdane. Ce trio devait faire partie d’un nouvel organigramme décidé par la FAF, mais finalement Khalef continuera l’aventure avec son propre staff. Des décennies plus tard, on apprendra que les autorités ne voulaient pas que la sélection algérienne soit dirigée en Coupe du monde par un étranger, le Russe Rogov en l’occurrence. C’est pourtant ce dernier qui a qualifié les Verts en Coupe du monde en compagnie de Maouche et Saâdane.

Le parcours de l’Algérie :

L’Algérie n’a jamais été aussi proche de remporter la CAN

Deux ans plus tôt, l’Algérie était partie au Nigeria pour découvrir l’Afrique. Elle a non seulement découvert le Continent, mais elle a aussi fait découvrir au monde entier le talent d’une génération exceptionnelle de joueurs. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : Belloumi a été sacré ballon d’or africain en 1981, les joueurs de la CAN-80 ont accumulé deux ans d’expérience, l’Algérie s’était brillamment qualifiée en Coupe du monde et surtout la CAN-82 allait se dérouler en Libye où le climat n’était pas très différent du nôtre et où les terrains étaient dotés de pelouses synthétiques comme en Algérie. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour permettre aux Verts de faire mieux que l’édition précédente et donc de remporter la Coupe d’Afrique. Le cheminement aurait été logique avec la médaille d’or des Jeux méditerranéens en 75, la médaille d’or des Jeux africains en 78, la finale de la CAN-80 et la qualification à la Coupe du monde 82.

CAN 1982 algerie ethiopie belloumi

L’entrée en matière a été prudente avec une victoire à l’arrachée face à la Zambie (1-0), mais le match qui a convaincu les observateurs a été la victoire autoritaire face au Nigeria (2-1) scellant une qualification précoce en demi-finale, le troisième match face à la faible Éthiopie (0-0) étant anecdotique.

Vint par la suite la demi-finale face au Ghana où les Algériens soutenus par les supporters libyens qui rêvaient d’une finale Algérie – Libye, sont passés par toutes les émotions. Celle de remonter brillamment le score grâce à une égalisation de Djamel Zidane puis une double détente et une tête venue d’ailleurs de Salah Assad.

Celle de perdre un joueur en cours de route avec l’expulsion du capitaine Ali Fergani. Celle enfin d’encaisser un but à la dernière minute.

CAN 1982 Algerie Zambie match de classement

L’Algérie tenait en effet sa qualification malgré l’infériorité numérique, mais une erreur d’appréciation de feu Cerbah permit à un joueur ghanéen d’égaliser dans le temps additionnel. Les prolongations seront un supplice pour les Algériens sonnés par cette égalisation cruelle et lessivés sur le plan physique. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, une autre erreur de Larbès amènera le but victorieux des Ghanéens qui sonna le glas pour les Verts.

L’envoyé spécial d’El Moudjahid, Hamid Tahri avait beau dénoncer l’arbitrage du malawite Kalombo, mais comme l’a reconnu Mahieddine Khalef, les Algériens se sont fait battre eux-mêmes. Quel gâchis !

Loin du football :

Élections législatives : Neuf millions d’électeurs doivent se rendre aux urnes pour élire parmi les 843 candidats proposés par le seul parti du FLN, 281 députés qui composeront la seconde Assemblée Populaire Nationale. Pour l’histoire, pour avoir des documents administratifs, il faut obligatoirement présenter la carte de vote…

Guerre civile au Liban : la guerre civile bat son plein au Liban avec plusieurs attentats à la voiture piégée dans diverses régions du pays. Une vague d’attentats pour saborder les initiatives de paix.

Gala de variétés au TNA : le 5 mars 1982 à 20h 30, un grand gala est organisé au Théâtre National d’Alger avec Khelifi Ahmed, Tahar El Fergani, Abdellah El Menaï, Seloua, Chaoui Abdelkader, Zoulikha, El Ghalia et Boualem Chaker entre autres.

Admission de la RASD à l’OUA : le Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine M. Edem Kodji a prononcé l’admission de la République Arabe Sahraouie Démocratique au sein de l’OUA. Cela a été possible grâce à la reconnaissance de la RASD par 26 pays africains.

Procès des putschistes en Espagne : au début des années 80, il y a eu une tentative de putsch en Espagne contre le premier président espagnol démocratiquement élu, Adolfo Suarez en l’occurrence. Cela parait surréaliste, mais c’est une vérité et le procès des putschistes a été largement médiatisé. Quatre ans plus tard, l’Espagne faisait son entrée au sein de la Communauté européenne.

Le témoignage :

Hamid Tahri, envoyé spécial d’El Moudjahid en Libye :

« Les joueurs avaient la tête au Mondial »

hamid tahri journaliste

Aussi talentueux que polyvalent, le journaliste et écrivain Hamid Tahri a été un témoin privilégié de la CAN-1982 en tant qu’envoyé spécial d’El Moudjahid. Il revient avec les lecteurs de La Gazette du Fennec sur le parcours des Verts en Libye.

Dans votre compte rendu du match Algérie – Ghana, vous avez sévèrement critiqué l’arbitre malawite. Il a été ce point mauvais ?

Je ne peux pas me rappeler de mon compte rendu après tant d’années, mais je me souviens qu’il y avait eu un travail en coulisses pour faire en sorte que l’Algérie n’arrive pas en finale. Mais il faut reconnaître qu’en face, on avait un adversaire de qualité qui a d’ailleurs remporté la Coupe d’Afrique. Le Ghana a mérité sa victoire, mais l’arbitre n’a pas été bon en lésant les Algériens sur plusieurs actions.

L’Algérie méritait donc de passer en finale ?

Naturellement puisqu’on menait au score jusqu’à la dernière minute même si on n’était pas à l’abri d’un retour des Ghanéens à tout moment puisque non seulement ils étaient en supériorité numérique, mais c’était des joueurs talentueux.

D’aucuns disent que l’Algérie avait raté une occasion en or de remporter sa première Coupe d’Afrique en Libye. Est-ce votre avis ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Cette Coupe d’Afrique s’est jouée deux ou trois mois avant la première Coupe du monde à laquelle l’Algérie a participé. Il était difficile pour les joueurs algériens de rester concentrés. Ils avaient la tête à la Coupe du monde. Il y a eu des matchs au premier tour où on n’avait pas du tout été bons.

>>Revoir les autres épisodes :

CAN 1980 : Algérie-Maroc (1-0), 90+4 Belloumi crucifie le Maroc

CAN 1982 : Algérie–Ghana (2-3, après prolongations), la minute de trop

CAN 1984 : Algérie-Cameroun (0-0, T.A.B. 4 à 5), Zéro défaite, mais éliminés

CAN 1988 : Nigeria–Algérie (1-1, t.a.b. 9-8), au bout du suspense

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